Débordements à la manifestation anti-mariage gay en France

25/03/13 à 09:54 - Mise à jour à 09:54

Source: Le Vif

La mobilisation contre le "mariage pour tous" a été forte, dimanche, avec entre 300 000 (police) et 1,4 million (organisateurs) de participants. Mais la journée a aussi été émaillée d'incidents entre manifestants et forces de l'ordre. La tentative de certains manifestants d'accéder aux Champs-Élysées interdits a été approuvée par certains élus tandis que, sur le terrain, forces de l'ordre et organisateurs ont eu bien du mal à l'empêcher.

Débordements à la manifestation anti-mariage gay en France

© Image Globe

La place de l'Étoile à Paris a été ce dimanche le théâtre de débordements qui ont perturbé la manifestation des opposants au projet de loi de mariage pour tous. Ces accrochages entre manifestants et forces de l'ordre ont quelque peu entaché un événement que les organisateurs espéraient voir se dérouler dans une ambiance familiale et bon enfant.

Prétexte de ces violences, l'arrêté préfectoral interdisant l'accès aux Champs-Élysées et à la Place de l'Étoile a exaspéré quelques centaines de participants qui ont fini par exprimer violemment leur colère, étonnamment soutenus par certains élus présents.

Mais si les CRS chargés du bon déroulement de la manifestation ont quelques fois été dépassés par des mouvements de foule imprévisibles, les membres organisateurs du collectif "La Manif pour Tous", majoritairement bénévoles, ne semblaient pas non plus en avoir le contrôle.

Une manifestation victime de son succès? Comme nous le disait avant le début des affrontements Priscille, bénévole chargée de l'accueil des manifestants, "l'attitude du gouvernement nous a poussés à bout". Et son voisin, Pierre-Louis, étudiant en médecine et lui aussi bénévole de "La Manif pour Tous", de renchérir: "Le but de cette journée était de rassembler et fédérer l'ensemble des mécontentements afin de demander un dialogue citoyen qui manque cruellement sur le sujet."

Les organisateurs ont sans aucun doute réussi à rassembler les mécontents, mais ils ont eu plus de peine à les contenir. À tel point que vers 17h, un "chef de secteur" chargé de coordonner les bénévoles finit par donner comme consigne à ses acolytes de ne porter aucun signe distinctif permettant de les identifier comme appartenant au collectif, dans le cas où ils souhaiteraient se joindre aux manifestants présents illégalement sur la Place de l'Étoile et à l'entrée des Champs-Élysées.

Des manifestants dont certains, militant à l'extrême droite, avaient manifestement envie d'en découdre.

Frigide Barjot, porte-parole du collectif "La Manif pour Tous", a immédiatement tenu à désolidariser son mouvement de ces manifestants faisant preuve de violences envers les policiers et autres CRS chargés d'encadrer la manifestation. Dans certains cas, les membres du collectif eux-mêmes se retrouvaient confrontés aux manifestants et tentaient de faire preuve de fermeté. Mais le plus surprenant fut le discours qu'ont tenu certains élus venus de toute la France apporter leur soutien.

"Nous ne sommes pas entendus quand nous sommes des Bisounours!"

Si la plupart des élus se tenaient à l'écart des échauffourées, certains trouvaient normal de voir s'exprimer une telle frustration, voire cautionnaient les agissements des manifestants souhaitant se rendre sur les Champs-Élysées. Un maire du département de l'Aube confiait ainsi qu'il était normal de faire preuve de désobéissance. "Ce que fait l'État en nous interdisant l'accès est illégal! À des moments il faut donc savoir adapter la loi à ce que veut le peuple." Une élue venue de la région lyonnaise parlait d'un "véritable déni de démocratie dont fait preuve l'État en entravant notre circulation. Mais il suffit de pousser un peu".

"Nous ne sommes pas entendus quand nous sommes des Bisounours donc nous passons à l'étape supérieure", déclarait même l'ancienne ministre Christine Boutin, qui exhortait la foule à se joindre à elle sur la Place de l'Étoile. "C'est une forme de désobéissance douce justifiée!" concluait l'actuelle présidente du Parti chrétien-démocrate. L'ancienne candidate à l'élection présidentielle a elle-même dû être évacuée après des jets de gaz lacrymogènes.

Les responsables de l'UMP, eux, ont souhaité apporter leur soutien aux manifestants. "Je veux dire mon indignation en apprenant qu'on avait utilisé, semble-t-il, des gaz lacrymogènes contre des familles qui étaient présentes avec leurs enfants et qu'un certain nombre avaient été gazées", a-t-il déclaré à l'AFP par téléphone, depuis la place de l'Étoile.

Laurent Wauquiez, vice-président de l'UMP, interrogé sur BFM TV, a qualifié d'"inacceptable" le fait "d'envoyer des gaz contre des enfants". Il a demandé que "la préfecture de police soit sanctionnée" pour la "façon dont elle a géré ce mouvement".

Pour le député UMP Henri Guaino, sur i-télé, "avoir refusé à ces manifestants les Champs-Élysées est une honte et une erreur".

Samuel Baudoui

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