Débat Trump - Clinton: après le show, la course et les sondages repartent

27/09/16 à 18:50 - Mise à jour à 18:51

Source: Afp

Hillary Clinton est apparue requinquée mardi au lendemain d'un débat tendu qui l'a remise en selle face à Donald Trump, décochant de nouvelles piques à son adversaire, reparti comme elle vers des Etats-clés de l'élection présidentielle de novembre.

Débat Trump - Clinton: après le show, la course et les sondages repartent

Les deux candidats à la Maison Blanche se serrent la main, en conclusion de leur débat télévisé, le 27 septembre 2016 © Reuters

Les deux camps criaient victoire mardi matin, mais avec plus de conviction chez Hillary Clinton, qui a montré après sa pneumonie et deux semaines de quasi-absence qu'elle était en forme et n'avait rien perdu de sa vigueur, le républicain n'ayant pas réussi à la déstabiliser.

Tout sourire dans l'avion qui devait l'emmener en Caroline du Nord, Mme Clinton s'est félicité d'avoir vécu "un très grand moment" lundi soir, exposant son programme "sans véritable proposition de (son) opposant". "Tout le monde a pu voir son attitude, son tempérament, son comportement sur le plateau et les gens ont pu en tirer leurs conclusions", a-t-elle estimé.

Visiblement ravie, elle n'a pas manqué de moucher son adversaire, qui l'avait accusée de manquer "d'énergie" et s'était plaint après le débat d'avoir eu un mauvais micro. "Si on se plaint du micro, c'est qu'on ne passe pas une bonne soirée", a lancé Mme Clinton.

'Manque de carburant'

"Et avec cette tendance à renifler, à boire plein d'eau et à agripper le pupitre, il a semblé vraiment en manque de carburant", a renchéri le président de son équipe de campagne, John Podesta.

Les prétendants à la succession de Barack Obama capitaliseront chacun sur l'émission, regardée par des dizaines de millions d'électeurs, lors de meetings en Caroline du Nord pour Hillary Clinton et en Floride pour Donald Trump, deux grands Etats où ils sont au coude-à-coude.

L'objectif reste de convaincre les Américains qui sont indécis à 42 jours du scrutin. Les sondages montraient auparavant un resserrement de la course, Hillary Clinton recueillant 43% des intentions de vote contre 41,5% pour Donald Trump, selon la moyenne calculée par le site Real Clear Politics.

Le milliardaire populiste a fait passer son message durant les 90 minutes d'échanges, reléguant sa rivale au rang des professionnels de la politique, au bilan lamentable. "Hillary a de l'expérience, mais de la mauvaise expérience", a-t-il dit.

Sa directrice de campagne, Kellyanne Conway, s'est félicitée qu'il ait été "poli et un gentleman à son égard, notamment à la fin lorsqu'il a retenu le plus grand des coups possibles".

'Plus fort la prochaine fois'

Donald Trump a en effet annoncé sur scène qu'il avait finalement décidé de ne pas dire "quelque chose d'extrêmement dur contre Hillary et sa famille", une allusion aux frasques sexuelles de Bill Clinton. Il a semblé sur la défensive mardi, promettant sur Fox News que "la prochaine fois", il "taperait plus fort".

Lors du débat, le milliardaire, ancien organisateur de Miss Univers, est tombé dans un piège tendu par la candidate qui lui a rappelé ses critiques de la gagnante du concours 1996 parce qu'elle avait pris du poids, Trump la qualifiant de "Miss Piggy" ("Miss Peggy la cochonne").

Au lieu d'ignorer la polémique, Donald Trump est revenu à la charge mardi affirmant sur Fox que l'ancienne Miss "avait beaucoup grossi, c'était un vrai problème".

La candidate de bientôt 69 ans était venue préparée, glissant des saillies visiblement répétées, puisant dans le passé de "Donald" et profitant d'une partie internationale pour démontrer sa connaissance des dossiers.

L'objectif de l'ancienne secrétaire d'Etat, jugée indigne de confiance par quelque 60% des Américains, était aussi d'adoucir son image; elle est donc restée impassible, droite, souriante. Celle qui s'est souvent vu reprocher de crier en meetings a refusé tout pugilat, laissant Donald Trump l'interrompre.

Le républicain est apparu relativement discipliné mais plus véhément qu'elle.

Focalisé sur la conquête des électeurs de la classe moyenne, le populiste a emprunté aux registres de la droite et de la gauche pour dénoncer les effets nocifs de la mondialisation, plaçant Clinton sur la défensive.

Mais il s'est retrouvé dans l'embarras plusieurs fois, notamment sur son refus de publier sa feuille d'impôts.

Clinton domine le premier débat, mais les retombées sont incertaines

Mieux préparée, calme tout du long, Hillary Clinton a dominé lundi soir le premier débat présidentiel américain face à Donald Trump selon de nombreux commentateurs, mais l'impact sur les sondages, extrêmement serrés à six semaines de l'élection, pourrait être limité.

Mardi, les deux camps se disaient satisfaits de leur performance, après un débat très tendu.

Les deux candidats à la Maison Blanche, aux parcours aux antipodes, se sont affrontés sur leur vision pour l'avenir, sur l'économie, la sécurité, la politique étrangère, et d'autre sujets qui leur collent à la peau comme la déclaration d'impôts de Trump --qu'il refuse de rendre publique-- ou les emails effacés d'Hillary Clinton.

"Nous avons passé un très bon moment la nuit dernière", a commenté mardi l'ex-Première dame dans son avion, en repartant en campagne en Caroline du Nord (sud-est). "Je pense que les gens ont vu des différences claires entre nous".

Le milliardaire, qui a déclaré à l'AFP que cela s'était "très bien passé" pour lui, s'est vanté sur Twitter d'avoir gagné "tous les sondages" sur le débat, sauf "le petit" de CNN. La chaine d'informations en continu a interrogé 521 électeurs et donné la candidate démocrate gagnante, à 62% contre 27%. Un sondage en ligne de CNBC donnait à l'inverse Mme Clinton à 35%, son adversaire républicain à 65%.

Clinton plus informée

"Clinton était de loin la débatteuse la plus informée et habile", a déclaré à l'AFP Steffen Schmidt, professeur de sciences politiques à l'université de l'Etat de l'Iowa. Mais "Trump n'a pas explosé, et il s'est montré plus présidentiel qu'attendu sauf à la fin".

La performance d'Hillary Clinton était excellente et elle est "restée concentrée sur son message", a aussi estimé Michael Heaney, de l'université du Michigan.

Selon lui, elle avait davantage de répartie que son adversaire, sur la défensive et moins bien préparé, qui s'est souvent limité à des généralités sur les dossiers et a multiplié les attaques personnelles.

A la fin du débat, M. Trump a notamment affirmé que Mme Clinton n'avait "pas l'énergie (...) Pour être président de ce pays, vous avez besoin d'une énergie phénoménale".

"Quand il aura voyagé dans 112 pays et négocié un accord de paix, un cessez-le-feu, la libération de dissidents (...) ou même qu'il aura passé 11 heures à témoigner devant une commission au Congrès, il pourra me parler d'énergie", a rétorqué calmement Hillary Clinton.

"Vous n'avez pas tant vu une performance parfaite d'Hillary Clinton qu'une performance aussi imparfaite que possible de son opposant", a aussi estimé John Hudak, de la Brookings Institution à Washington. "Clinton a dominé du début à la fin", a-t-il dit à l'AFP.

Ce premier débat présidentiel a été regardé par des dizaines de millions d'Américains, dans une élection extrêmement polarisée, où les deux candidats sont au coude à coude à six semaines de l'élection du 8 novembre.

Une majorité des électeurs américains n'aiment ni Hillary Clinton ni Donald Trump, et beaucoup restent encore indécis.

Minimisant les attentes sur l'impact de ce premier débat présidentiel, le vice-président potentiel de Mme Clinton, Tim Kaine, a estimé mardi qu'il ferait "une petite différence. Mais nous devons convaincre tous les jours", a-t-il déclaré sur MSNBC.

"C'était un débat extrêmement important pour les deux candidats. Il aurait pu clairement changer la direction de la course, je ne pense pas qu'il le fera", a commenté M. Heaney.

"Je ne pense pas que nous verrons un grand changement vers l'un ou l'autre des candidats", a-t-il ajouté.

Mme Clinton est donnée gagnante de la présidentielle, mais les enquêtes d'opinion se sont récemment resserrés. Son avance dans les sondages nationaux, dans une course à quatre incluant deux petits candidats, a fondu de quelque 7 points en moyenne début août à 1,6 aujourd'hui. Et ils se sont aussi resserrés dans plusieurs Etats clés, où se décidera l'élection.

Deux autres débats présidentiels sont prévus les 9 et 19 octobre.

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