De Vargas à Lula, le destin tragique des présidents brésiliens

09/04/18 à 09:28 - Mise à jour à 09:28

Source: Afp

Suicide, putsch, prison: être élu président du Brésil, c'est la garantie d'inscrire son nom dans les livres d'Histoire, mais rarement avec une fin heureuse, y compris pour le plus célèbre d'entre eux, Luiz Inacio Lula da Silva, derrière les barreaux à 72 ans.

De Vargas à Lula, le destin tragique des présidents brésiliens

© Reuters

La vision de Lula incarcéré samedi soir pour purger une peine de 12 ans pour corruption a fait l'effet d'une bombe.

Huit ans après avoir quitté le pouvoir avec une popularité record à l'issue de ses deux mandats (2003-2010), l'icône de gauche est en tête des intentions de vote pour la présidentielle d'octobre, mais a été rattrapé par les affaires et n'a pas pu éviter la prison.

Le destin de l'ancien métallo parvenu au sommet de l'État est toutefois loin d'être le plus tragique de celui des présidents brésiliens.

Dans le plus grand pays d'Amérique Latine, le chef de l'Etat vit au palais du Planalto, un bâtiment imposant aux lignes modernes conçu par l'architecte de génie Oscar Niemeyer, le père de Brasilia.

Il est à la tête d'un territoire aux richesses naturelles abondantes, avec une population jeune de 209 millions d'habitants, une forêt amazonienne gigantesque connue comme le "poumon de la planète" et des joueurs qui font rêver les amateurs de football du monde entier.

- Déboires avec la justice -

Mais la vie d'un président brésilien est loin d'être un long fleuve tranquille. Lula, au moins, a eu le privilège de terminer ses deux mandats. Sa dauphine, Dilma Rousseff (2011-2016), a été brutalement destituée à la moitié du second, pour maquillage des comptes publics.

Elle a été remplacée par son vice-président, le conservateur Michel Temer, lui aussi fortement secoué par les scandales.

Premier président brésilien formellement mis en accusation - deux fois - pour corruption, il a sauvé son mandat à chaque fois grâce au Parlement qui a refusé de lever son immunité, mais risque fort d'être mis en examen après avoir quitté le pouvoir.

Pour Fernando Collor de Mello, qui a démissionné en 1992, quand il était sur le point d'être destitué, les déboires avec la justice continuent aujourd'hui. En 2015, les autorités ont saisi sa fabuleuse collection de voitures de luxe.

En 1990, il incarnait pourtant l'espoir, devenant le premier président élu au suffrage universel avec le retour à la démocratie après la dictature militaire (1964-1985).

"Faire de la politique, c'est une opération à risque", explique Angela Alonso dans l'édition de dimanche du journal Folha de S.Paulo. "Au Brésil, on risque de perdre une élection, la liberté ou la vie".

- "Instabilité" -

Un des exemples les plus emblématiques: Joao Goulart, plus connu sous le surnom de Jango. Président aux idées progressistes qui effrayaient certains milieux conservateurs en pleine guerre froide, il est arrivé au pouvoir en 1961, après la démission de Janio Quadros, qui n'est resté que six mois au palais de Planalto.

Mais Goulart n'a pas non plus fait long feu: en 1964, il a été renversé par le coup d'Etat qui a installé la dictature militaire pour plus de vingt ans.

Jango a passé le reste de sa vie en exil, en Argentine, avant de trépasser en 1976, officiellement d'une crise cardiaque, même si des rumeurs évoquent un empoisonnement.

Pour Mauricio Santoro, professeur en relations internationales à l'Université de l'Etat de Rio de Janeiro (Uerj), la vie tumultueuse des présidents reflète la fragilité de la démocratie brésilienne.

"Aujourd'hui, la démocratie est bien plus enracinée qu'avant, mais reste marquée par l'instabilité, c'est pourquoi les présidents ont plus de mal à mettre en place des politiques de long terme", explique-t-il.

Leader populiste et par périodes autoritaire, Getulio Vargas a passé au total 18 ans au pouvoir (1930-1945 et 1951-1954). Il a largement contribué à façonner le Brésil tel qu'il est aujourd'hui, mais son destin est des plus tragiques.

Le 24 août 1954, il s'est suicidé d'une balle dans le coeur, laissant une lettre au peuple brésilien: "Je vous ai donné ma vie, je vous donne à présent ma mort".

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