Dans le Grand Nord, l'étrange condition imposée aux réfugiés pour passer la frontière

12/11/15 à 15:44 - Mise à jour à 16:09

Source: Le Monde

Dans le Grand Nord, un passage moins médiatisé s'ouvre aux réfugiés. L'une des conditions sine qua non pour franchir le poste-frontière entre la Russie et la Norvège est d'être...juché sur un vélo.

Dans le Grand Nord, l'étrange condition imposée aux réfugiés pour passer la frontière

© REUTERS

Appelée "route du cercle polaire", la voie n'est empruntée que par peu de réfugiés - syriens, afghans, irakiens ou encore somaliens - fuyant leur pays en guerre. Leur nombre a pourtant augmenté exponentiellement en un an. D'une dizaine de personnes en 2014, ils sont plus d'un millier de demandeurs d'asile à avoir emprunté cette route migratoire entre la Russie et la Norvège sur le seul mois d'octobre et 4 000 depuis août.

Ils sont nombreux à être attirés par cette alternative, bien moins dangereuse que la traversée de la Méditerranée ou la route des Balkans, et par les promesses de bons traitements accordés par les autorités norvégiennes, relate Le Monde.

Pour un Syrien, il est apparemment facile de décrocher un visa pour la Russie. Après un vol vers Moscou, les candidats à l'exil séjournent quelque temps dans le pays ou rejoignent directement Mourmansk, grande ville du nord-ouest de la Russie, en train, puis Nikel, à une vingtaine de kilomètres de la Norvège, pays membre de l'espace Schengen à défaut d'appartenir à l'Union européenne.

Mais au poste frontière de Storskog, le seul checkpoint entre les deux pays, pour poser le pied sur le sol norvégien, il y a une condition assez insolite imposée aux demandeurs d'asile: rouler à vélo, ou du moins, être équipé d'un deux-roues pour parcourir les 100 mètres du No Man's Land qui sépare la Russie de la Norvège. La législation russe interdit en effet le passage de sa frontière à pieds et la Norvège exige des papiers en règle à toute personne désirant rentrer sur ses terres en voiture, une mesure prise pour lutter contre le trafic d'êtres humains.

Dans le Grand Nord, l'étrange condition imposée aux réfugiés pour passer la frontière

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Les bicyclettes, souvent des modèles pour enfants, se monnaient à des prix élevés dans cette zone, parfois plus de 150 euros. Elles sont abandonnées dès le poste frontière franchi. Selon le photographe Allesandro Movino, qui publie un reportage sur le site du Monde, toute la région est dominée par des mafias locales qui y contrôlent douanes, hôtels, polices, taxis...Les migrants doivent payer entre 90 et 230 euros le passage. Bien que longue, froide et bientôt dans la pénombre permanente de l'hiver polaire, la route est de plus en plus prisée par les réfugiés pour entrer en Europe note Reuters.

Ce détour par le Nord est en effet plus sûr et économique que les autres itinéraires empruntés au sud de l'Europe. En Norvège, les réfugiés sont accueillis dans un centre d'accueil 600 places qui vient d'être inauguré, libres alors à eux de rester dans le pays ou de redescendre vers le sud.

Le succès de la route migratoire par l'Arctique inquiète pourtant et agace la Norvège, pays qui cherche à renvoyer rapidement les nouveaux arrivants vers la Russie coupable, selon certains, de faire de la provocation. Que les Russes les laissent parcourir une région hautement militarisée est parfois perçu comme une volonté de déstabilisation, commente l'AFP.

L'hiver venu, certains observateurs craignent que cet intinéraire devienne aussi mortel que le passage de la Méditerranée. Les réfugiés "ont perçu cette route vers l'Europe comme sûre. Ça va changer maintenant que l'hiver arrive", a déclaré le secrétaire d'État à la Justice, Jøran Kallmyr. "Cela peut être une route (...) encore plus dangereuse que la traversée de la Méditerranée en bateau", a-t-il dit, citant le risque de tempêtes de neige soudaines et potentiellement fatales pour les cyclistes. Le gouvernement norvège exclut toutefois, à ce stade, de fermer sa frontière.

Le nouveau centre d'accueil pour réfugiés à Kirkenes, Norvège.

Le nouveau centre d'accueil pour réfugiés à Kirkenes, Norvège. © REUTERS

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