Crise migratoire : la réponse européenne est trop lente

17/12/15 à 22:03 - Mise à jour à 22:02

Source: Afp

Accord avec la Turquie, répartition des réfugiés, protection des frontières : les Etats européens ont reconnu jeudi qu'ils devaient accélérer le mouvement pour concrétiser sur le terrain les décisions prises ces derniers mois face à la crise migratoire.

Crise migratoire : la réponse européenne est trop lente

© AFP

Le flux de migrants vers l'Europe ne s'arrêtant pas, "la mise en oeuvre est insuffisante et doit être accélérée", selon le projet de conclusions du sommet européen qui se déroule jusqu'à vendredi à Bruxelles, consulté par l'AFP. Les dirigeants de l'UE, qui ont multiplié les décisions ces derniers mois, ont eu sur leur table jeudi un rapport décevant sur leur application.

L'accord scellé fin novembre avec la Turquie pour que celle-ci freine les flux de migrants vers l'UE ne produit pas encore les effets escomptés, relève le document préparé par la présidence luxembourgeoise du Conseil de l'UE.

"En décembre, le nombre enregistré d'arrivées par la mer depuis la Turquie vers la Grèce était en moyenne d'environ 4.000 personnes par jour. C'est une diminution légère si on compare aux chiffres élevés de novembre (5.000 à 6.000 par jour)", souligne-t-il.

"Cette diminution peut cependant aussi être attribuée à d'autres facteurs", est-il souligné. L'hiver notamment, avec ses conditions de navigation plus dangereuses en Méditerranée, a sans doute contribué à ralentir les flux. Outre l'aide de trois milliards d'euros que l'UE s'est engagée à apporter à Ankara, pour l'accueil de réfugiés sur son sol, certains Etats membres ont commencé à se pencher sur des mesures complémentaires en vue de soulager les Turcs.

Inextricable

Réunis sous la houlette de la chancelière allemande Angela Merkel, en amont du sommet des 28, dix pays de l'UE ont discuté jeudi de plans de "réinstallations" dans l'UE de personnes réfugiées en Turquie.

"Mais cela ne pourra se faire que si les flux commencent à s'approcher de zéro", a prévenu à l'issue de ce mini-sommet le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, qui a proposé d'organiser en 2016 un sommet avec la Turquie autour de cette question, auquel les 28 seraient conviés.

Aucun engagement n'a été pris à l'issue de cette réunion entre pays de "bonne volonté", ni aucune évaluation chiffrée retenue. Le chancelier autrichien Werner Faymann avait évoqué dans la presse cette semaine "40.000 à 50.000 personnes" à "réinstaller".

En réalité, peu d'Etats sont enclins à se lancer dans ces nouveaux plans, alors que la "relocalisation" de réfugiés à partir de l'Italie et de la Grèce, obligatoire (même si le mécanisme est contesté devant la justice par la Hongrie et la Slovaquie), a tant de mal à se concrétiser. Sur les 160.000 demandeurs d'asile que les Etats européens se sont mis d'accord pour répartir dans l'UE, "seules 184 personnes ont été relocalisées" au 16 décembre, selon le rapport luxembourgeois.

Les Etats membres tardent à signaler des places immédiatement disponibles. Et certains "demandeurs d'asile s'avèrent réticents à être envoyés vers la plupart des Etats membres" qui leur sont proposés.

Parallèlement, les "hotspots" en Grèce et en Italie, points de départ des "relocalisations", tardent à se mettre en place. Seuls "deux des 11 hotspots prévus sont actuellement opérationnels", est-il indiqué dans le rapport.

Le problème semble inextricable: les "hotspots", où est censé se faire le tri entre réfugiés et migrants illégaux, doivent fonctionner correctement pour permettre la relocalisation, soulignent certains. Mais si les relocalisations ne démarrent pas, les hotspots sont voués à la saturation, observent d'autres.

Tous les Etats européens ont fait front commun jeudi pour rappeler l'urgence de mieux protéger les frontières extérieures de l'Union, franchies illégalement près d'un million et demi de fois depuis le début de l'année selon la Commission.

Mais le projet de l'exécutif européen de créer un corps de gardes-frontières européen est loin de susciter une vague d'enthousiasme.

L'exécutif européen souhaite en effet que cette force puisse intervenir en dernier ressort sur une frontière, y compris contre le souhait d'un Etat concerné. La Pologne a déjà fait part de son hostilité, partagée par plusieurs Etats membres selon des sources diplomatiques. "Déployer des gardes-frontières contre la volonté farouche d'un Etat-membre, ce serait envoyer une armée d'occupation", c'est "inimaginable", a dit l'une d'elle. Il faudra "rapidement examiner" ce projet, devait se contenter de décider le Conseil européen.

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