Crash en Ukraine : un entretien téléphonique incriminant les rebelles authentifié

20/07/14 à 14:52 - Mise à jour à 14:52

Source: Le Vif

Un entretien téléphonique entre deux chefs rebelles enregistré par les services de sécurité ukrainiens et prouvant que leurs hommes ont abattu un avion civil a été authentifié par des experts américains, a annoncé dimanche l'ambassade des Etats-Unis à Kiev.

Crash en Ukraine : un entretien téléphonique incriminant les rebelles authentifié

© Reuters

"Les données audio fournies à la presse par le service de sécurité ukrainien ont été examinées par des analystes de la communauté du renseignement qui ont confirmé qu'il s'agissait de conversations authentiques entre des leaders séparatistes connus, en se fondant sur la comparaison entre les enregistrements audio avec des enregistrements de séparatistes connus", a indiqué l'ambassade dans un communiqué.

Selon ce communiqué, la thèse principale, "fondée sur plusieurs éléments", est que "le vol MH17 a été probablement abattu par un missile sol-air SA-11 (Bouk) tiré depuis le territoire contrôlé par les séparatistes dans l'est de l'Ukraine".

Les services de sécurité ukrainiens (SBU) avaient publié jeudi soir l'interception de ce qu'ils ont présenté comme une conversation entre deux chefs rebelles après l'examen du lieu du crash.

- "Ce sont les gars du check-point Tchernoukhine qui ont abattu l'avion. Il s'est désintégré dans l'air", dit l'un d'eux, "Major". - "Et alors? " demande l'autre, "Grek". - "C'est un avion civil à 100%" (...). - "Y a-t-il des armes? " - "Non, rien, seulement des affaires civiles". - "Des documents? " - "Il y en a un d'un étudiant indonésien".

Cet enregistrement était précédé par une conversation entre le chef rebelle Igor Bezler, un citoyen russe qui parle au colonel du renseignement militaire russe Vassili Guéranine, son officier traitant, selon Kiev.

- "Nous venons d'abattre un avion (...) On est parti le chercher et prendre en photo", dit Bezler. En présentant ces éléments, le chef des services de sécurité ukrainien Valentin Nalyvaïtchenko avait déclaré qu'il s'agissait de conversations "d'officiers du GRU (renseignement militaire russe) interceptées et transcrites en conformité avec la loi".

Les rebelles prorusses pourraient avoir les "boîtes noires"

Les rebelles prorusses ont trouvé "certains matériels qui pourraient être les boîtes noires" de l'avion malaisien probablement abattu par un missile jeudi dans l'est de l'Ukraine, a annoncé dimanche un de leurs chefs, Alexandre Borodaï.

Il a affirmé être prêt à les remettre aux experts internationaux chargés d'élucider les causes du crash, expliquant que les rebelles "n'avaient pas de spécialistes pour les analyser" et ne faisaient "pas confiance" aux experts ukrainiens. "Ces éléments sont à Donetsk et entre mes mains", a-t-il précisé.

Poutine doit obtenir des séparatistes un accès total au site du crash

Le président russe Vladimir Poutine doit "obtenir" des séparatistes prorusses dans l'est de l'Ukraine un accès "libre et total" à la zone du crash du vol MH17, ont "exigé" dimanche le président français François Hollande, la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique David Cameron.

"Ils sont convenus d'exiger aujourd'hui auprès de M. Poutine qu'il obtienne des séparatistes ukrainiens que les secours et les enquêteurs aient enfin libre et total accès à la zone de la catastrophe du vol MH-17 pour accomplir leur mission", indique la présidence française dans un communiqué après des conversations téléphoniques entre le chef de l'Etat français et les dirigeants britannique et allemand.

"Si la Russie ne prend pas immédiatement les mesures nécessaires, les conséquences en seront tirées par l'Union Européenne à l'occasion du Conseil Affaires Etrangères qui se tiendra mardi", préviennent-ils. "La Russie doit comprendre que le règlement de la crise ukrainienne est plus que jamais un impératif après cette tragédie qui a outragé le monde entier", conclut le communiqué.

Vendredi et samedi, une trentaine d'inspecteurs de l'OSCE, première équipe internationale arrivée sur les lieux, n'a obtenu qu'un "accès limité" au site étendu sur plusieurs kilomètres où gisent valises éparses, livres, jeux d'enfants et passeports.

Certains débris "semblent avoir été déplacés" sur le site du crash du Boeing 777 de la Malaysia Airlines, a déclaré samedi soir à Donetsk Michael Bociurkiw, porte-parole de la mission d'observation de l'OSCE.

Dimanche, l'OSCE a déclaré que ses observateurs ont été informés que 169 corps enlevés du site du crash de l'avion malaisien avaient été placés à bord d'un train réfrigéré en attendant l'arrivée des experts internationaux. Selon un journaliste de l'AFP sur place, plus aucun corps n'était visible sur le site principal du crash de l'avion malaisien sous contrôle des séparatistes.

Un chef rebelle s'explique sur le déplacement des corps

Un chef rebelle, Alexandre Borodaï, a expliqué dimanche à Donetsk que le déplacement des corps de passagers du vol malaisien, qui a suscité de fortes critiques à l'étranger, avait été nécessaire pour les protéger de la chaleur et d'animaux sauvages.

"Hier, nous avons commencé à déplacer les corps car nous ne pouvions plus attendre, à cause de la chaleur et aussi de la zone où il y a beaucoup de chiens et de bêtes sauvages", a expliqué le "Premier ministre" de la république autoproclamée de Donetsk, lors d'une conférence de presse. "Nous avons bougé les corps par respect pour les familles", a-t-il poursuivi, "car cela devenait inhumain dans ces conditions". "156 corps ont été déplacés à Torez (une ville proche du site du crash - ndlr) dans des wagons réfrigérés" et "ils ne vont nulle part, ils restent à Torez en attendant que les experts arrivent", a-t-il ajouté.

Un journaliste de l'AFP a vu dimanche après-midi cinq voitures réfrigérées sans fenêtres stationnant en gare de Torez. Le moteur de la locomotive tournait, probablement pour alimenter le système de réfrigération, tandis qu'une employée des chemins de fer déclarait "attendre les ordres" et ne pas savoir si et quand le train pourrait partir.

Une certaine confusion demeurait sur le nombre des corps placés à bord du train, un porte-parole de l'OSCE ayant indiqué, citant les rebelles, qu'ils étaient 169, alors qu'un responsable ukrainien a évoqué "192 corps et huit fragments de corps".

Le chef rebelle n'a pas donné de renseignements sur le sort des autres corps, tandis que selon les autorités ukrainiennes, 38 d'entre eux auraient été transportés au service de médecine légale d'un hôpital régional.

298 personnes avaient péri à bord du vol MH17, dont 192 Néerlandais.
M. Borodaï s'est également étonné que les experts internationaux ne soient pas encore sur la zone.

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