Crash en Egypte: des "bruits inhabituels" enregistrés dans le cockpit?

03/11/15 à 15:27 - Mise à jour à 19:12

Source: Belga

Les enquêteurs ont commencé mardi à analyser le contenu des boîtes noires de l'Airbus russe pour tenter de déterminer si son crash a été provoqué par un accident ou un attentat, mais le président égyptien a prévenu que l'enquête pourrait être longue.

Crash en Egypte: des "bruits inhabituels" enregistrés dans le cockpit?

© REUTERS

L'analyse des boites noires de l'Airbus russe qui s'est écrasé dans le désert du Sinai samedi dernier a commencé ce mardi au Caire. Un élément ressort déjà de cette analyse. Juste avant le crash, des "bruits inabituels" auraient été entendus dans le cockpit. Ces sons ont été enregistrés par l'une des boîtes noires, selon des sources égyptiennes citées par l'agence de presse russe Interfax. Un peu plus tôt, l'hypothèse d'un missile a été exclue.

"Avant que l'avion ne disparaisse des radars, des bruits qui ne sont pas caractéristiques d'un vol normal ont été enregistrés ", avance Interfax qui cite une source anonyme égyptienne. Un peu avant le crash, le pilote s'entretenait normalement avec les contrôleurs du ciel.

Une bombe?

Un satellite militaire américain a détecté samedi un flash de chaleur venant de l'Airbus russe de Metrojet qui s'est écrasé peu après dans le désert du Sinaï en Egypte, affirme, de son côté, la chaîne de télévision CNN.

La chaîne américaine, qui cite un responsable américain anonyme, ne donne pas d'autre détail sur ce qui a été observé par les instruments du satellite.

Le renseignement américain a exclu que l'avion a été abattu par un missile mais le flash de chaleur observé par le satellite "suggère qu'un événement catastrophique - y compris peut-être une bombe - s'est produit en vol", indique CNN, tout en soulignant que les experts examinent d'autres possibilités.

Pour l'heure aucune explication officielle étayée par les analyses de l'épave et des enregistreurs de bord n'a été avancée.

Les boites noires en analyse

Les enquêteurs ont commencé mardi à analyser le contenu des boîtes noires de l'Airbus, qui pourrait permettre de déterminer la cause du crash qui a fait 224 victimes.

Le groupe Etat islamique a affirmé samedi, dans un communiqué, avoir "fait tomber" l'Airbus A321 en représailles aux bombardements russes en Syrie.

Une revendication qualifiée de propagande par le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi.

En l'absence de toute certitude sur les causes du crash, les autorités attendent beaucoup de l'analyse des "boîtes noires", les deux enregistreurs de vol - l'un enregistrant les conversations à bord, l'autre les paramètres de vol - qui a commencé en début d'après-midi dans les locaux du ministère de l'Aviation civile au Caire, a annoncé à l'AFP un haut responsable de cette administration, sous couvert de l'anonymat.

L'opération peut prendre beaucoup de temps, en fonction de l'état des deux enregistreurs.

Parallèlement, les recherches continuent pour retrouver les derniers corps des 224 victimes et d'éventuels indices disséminés sur une large zone dans le désert du Sinaï.

Outre les experts russes, une dizaine d'enquêteurs français sont à l'oeuvre, représentant Airbus mais aussi le Bureau Enquête Accidents (BEA), aux côtés d'homologues allemands du Bundesstelle für Flugunfalluntersuchung (BFU), comme le prévoit la procédure internationale pour ces deux pays piliers du consortium européen Airbus.

De son côté, la commission gouvernementale supervisant le versant russe de l'enquête devait se réunir à Moscou pour faire le point.

Metrojet, la compagnie russe exploitant l'appareil qui appartient au transporteur Kogalymavia, a assuré lundi que seul un facteur "extérieur", qu'elle n'a pas précisé, pouvait expliquer le crash. Elle a ainsi rejeté la possibilité d'"une défaillance technique ou une erreur de pilotage" et souligné l'"excellent état" de l'avion.

L'agence fédérale russe chargée du transport aérien, Rosaviatsia, a toutefois qualifié de "prématurées" les premières conclusions de Metrojet. "Il n'y a aucune raison de tirer des conclusions sur les causes de la destruction en vol de l'appareil", a déclaré son directeur Alexandre Neradko, prédisant "beaucoup de travail".

Le président égyptien Sissi a également affirmé que "cela prendra du temps pour clarifier cet incident". "Voyez le vol de la Pan American qui s'est écrasé en Europe (à Lockerbie en 1988), cela a pris des années avant de trouver la vérité, les raisons du crash. Nous ne pouvons pas simplement tirer des conclusions hâtives", a-t-il ajouté sur la BBC.

Il a également fustigé, dans un entretien à la BBC, la "propagande" du groupe Etat islamique (EI), qui a affirmé samedi avoir "fait tomber" l'Airbus A321 en représailles aux bombardements russes en Syrie.

Le 21 décembre 1988, un Boeing 747 de la compagnie américaine s'était désintégré au-dessus de la ville écossaise de Lockerbie quelques minutes après son décollage, d'une manière semblable à ce qui est arrivé samedi à l'Airbus A321 de la compagnie russe Metrojet.

Un choc extrême soudain

Vingt-trois minutes après avoir décollé samedi à l'aube de la station balnéaire de Charm el-Cheikh, l'Airbus s'est totalement disloqué en vol comme en atteste l'extrême dispersion des débris et des corps au sol, sur plus de 100 km2 selon certains enquêteurs.

Selon des experts interrogés par l'AFP, l'appareil a dû subir un choc extrêmement soudain, quel qu'il soit, au point que le pilote en a instantanément perdu le contrôle.

Tout le monde exclut qu'il ait pu être atteint à 10.000 m d'altitude par un missile tiré de l'épaule, du type de ceux dont dispose l'EI dans le Sinaï. Restent donc deux hypothèses: un problème technique qui provoque une explosion et une dislocation immédiate de l'appareil ne laissant pas le temps au pilote de communiquer -cas rarissime selon les experts-, ou une bombe, apportée dans l'appareil par un occupant ou placée à bord par un membre du personnel au sol.

Pour les experts, même un engin explosif de petite taille est suffisant pour ouvrir une brèche dans la carlingue et disloquer ainsi l'appareil en vol en raison de la pressurisation à haute altitude.

A Saint-Pétersbourg (nord-ouest de la Russie), d'où étaient originaires la majorité des 224 passagers, les familles des victimes ont commencé lundi à identifier les 140 corps arrivés dans l'ancienne capitale impériale. "C'est un travail long et laborieux qui durera aussi longtemps que nécessaire", a déclaré Igor Albine, le vice-gouverneur de l'ancienne capitale impériale.

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