Craignant une explosion de violence, Israël interdit l'accès à la Vieille ville de Jérusalem aux Palestiniens

04/10/15 à 17:21 - Mise à jour à 17:23

Source: Afp

Israël a pris dimanche la mesure exceptionnelle de boucler pour deux jours la Vieille ville de Jérusalem aux Palestiniens devant un accès de fièvre dans la ville et en Cisjordanie qui fait redouter une explosion de violence.

Craignant une explosion de violence, Israël interdit l'accès à la Vieille ville de Jérusalem aux Palestiniens

Snipers des forces de sécurité israélienne face aux manifestant palestiniens, le 4 octobre 2015, dans Jérusalem est . © Belga Image

C'est la première fois depuis des années que la Vieille ville est fermée aux Palestiniens. Le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan a parlé d'une mesure "sans précédent". Elle a été prise à la suite de deux attaques au couteau qui ont fait deux morts israéliens samedi et très tôt dimanche.

Habituellement grouillante, la partie orientale de la Vieille ville avait des airs à la fois de ville fantôme et de camp retranché, avec ses magasins fermés, ses ruelles parcourues seulement par les touristes et ses portes gardées par des centaines de policiers, ont constaté les journalistes de l'AFP.

Non loin de la porte des Lions, les policiers israéliens ont dispersé à coups de grenades assourdissantes et de projectiles caoutchoutés quelques dizaines de manifestants qui protestaient contre les restrictions imposées par les autorités israéliennes.

"C'est mon devoir national et mon devoir religieux de défendre Al-Aqsa", la mosquée qui se trouve sur l'esplanade des Mosquées en surplomb de la Vieille ville, a expliqué l'une des manifestantes, Oum Mohammed.

A l'extérieur de la Vieille ville, dans le quartier d'Essaouiya (Jérusalem-Est), des dizaines de jeunes masqués ont fait tomber sur les policiers israéliens une pluie de pierres à laquelle les policiers répliquaient par des tirs de projectiles anti-émeutes, dans des scènes réminiscentes des intifadas passées.

Les colons attaquent les Palestiniens

La Cisjordanie est elle aussi en proie aux tensions. Le Croissant-Rouge a dit avoir recensé en 24 heures 77 blessés par balles réelles et balles en caoutchouc à travers le territoire palestinien occupé. De multiples accrochages entre Palestiniens et soldats israéliens ainsi que des attaques de colons israéliens contre des Palestiniens ont été rapportés depuis le meurtre, jeudi soir, de deux colons criblés de balles sous les yeux de leurs quatre enfants.

Dimanche après-midi, des dizaines de colons ont attaqué un village du nord de la Cisjordanie et les tirs de l'armée israélienne ont fait au moins sept blessés, ont indiqué les secours palestiniens.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devait réunir ses principaux responsables de sécurité dimanche soir dès son retour des Etats-Unis.

La fermeture de la Vieille ville concerne l'immense majorité des quelque 300.000 Palestiniens de Jérusalem-Est (partie de Jérusalem occupée en 1967 et annexée par Israël) qui ne vivent pas dans la Vieille ville.

Pendant deux jours, seuls les Israéliens, les résidents de la Vieille ville, les touristes, les commerçants et les élèves des écoles situées entre les remparts pourront pénétrer dans la Vieille ville.

Les Arabes israéliens (détenteurs de la nationalité israélienne), dont bon nombre se considèrent comme Palestiniens et ont été solidaires ou acteurs des récentes protestations palestiniennes, sont autorisés à entrer.

Des dizaines de morts en 2015

L'esplanade, troisième lieu saint des musulmans, est, elle, restée ouverte alors qu'elle avait été fermée de manière exceptionnelle le 30 octobre dans un climat de tensions déjà vives. L'accès y était cependant interdit aux hommes de moins de 50 ans, et les fidèles musulmans autorisés à s'y rendre ont attendu la mi-journée pour pouvoir le faire.

La montée des tensions à Jérusalem et en Cisjordanie a coïncidé avec le début il y a trois semaines des grandes fêtes juives qui s'achèvent lundi. Elle se sont cristallisées autour de l'esplanade des Mosquées, mais parcourent également Jérusalem-Est et la Cisjordanie. Palestiniens et opposition israélienne ont évoqué le danger d'une troisième intifada.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon s'est inquiété que les évènements récents "témoignent d'un dérapage dangereux vers une escalade", et a lancé un appel au calme.

Samedi soir, un Palestinien de 19 ans originaire des environs de Ramallah (Cisjordanie), Mohannad Shafiq Halani, a mortellement poignardé deux Israéliens dans la Vieille ville. Un enfant de deux ans a été blessé et une femme hospitalisée dans un état "sérieux".

L'auteur a été abattu par les policiers. Le Jihad islamique, deuxième force islamiste palestinienne considérée comme terroriste par Israël, l'a présenté comme l'un de ses membres.

Dimanche avant l'aube, un autre Palestinien de 19 ans, identifié par les médias palestiniens comme Fadi Alloun, du quartier d'Essaouiya à Jérusalem-Est, a grièvement blessé à coups de couteau un passant à Jérusalem-Ouest. Lui aussi a été abattu par les policiers.

Avec la mort de deux colons jeudi soir, cela porte à au moins huit le nombre d'Israéliens tués en 2015 dans les violences liées au conflit, selon un décompte de l'AFP. Au moins 29 personnes ont été tuées côté palestinien.

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