Coups de feu dans le Thalys: ce que l'on sait

22/08/15 à 08:04 - Mise à jour à 23/08/15 à 09:27

Un carnage a été évité vendredi dans un train Thalys reliant Amsterdam à Paris par deux militaires américains. Le suspect était monté à Bruxelles. Il y a deux blessés. Voici ce que l'on sait sur l'attaque.

Coups de feu dans le Thalys: ce que l'on sait

© AFP

Un carnage a été évité vendredi dans un train Thalys reliant Amsterdam à Paris lorsque des militaires américains ont maîtrisé un homme lourdement armé qui a ouvert le feu, une attaque vraisemblablement terroriste menée huit mois après les attentats de janvier à Paris. Deux des militaires ont été blessés, l'un par balle, l'autre par arme blanche, mais leurs jours ne sont pas en danger. Le président américain Barack Obama a salué leur action "héroïque", qui a probablement empêché une "tragédie bien pire". Charles Michel a dénoncé une "attaque terroriste".

Les faits

Vendredi, l'homme est monté dans le Thalys 9364 à Bruxelles. Armé d'un fusil d'assaut kalachnikov avec neuf chargeurs, d'un pistolet automatique Luger et d'un cutter, il a ouvert le feu à 17h50, peu après le passage de la frontière française. Il a été maitrisé par des militaires américains et interpellé en gare d'Arras (nord), où le Thalys a été arrêté, et placé en garde à vue.

Qui est le tireur présumé ?

Ayoub El Khazzani avait été signalé en février 2014 par les services espagnols à leurs confrères français comme appartenant à la mouvance islamiste radicale. Ce Marocain, qui aura 26 ans le 3 septembre, a vécu entre 2007 et mars 2014 en Espagne, d'abord à Madrid puis à Algesiras (sud), où il était connu pour trafic de drogue, selon une source des services antiterroristes espagnols, qui avaient d'abord évoqué un séjour espagnol de 2013 à 2014. Le 10 mai 2015, le jeune homme était localisé à Berlin, où il embarquait pour la Turquie, selon les renseignements français, qui auraient appris ensuite des Espagnols que cet homme était installé en Belgique. Selon Madrid, le suspect serait en fait parti de France pour se rendre en Syrie et serait ensuite revenu dans l'Hexagone, mais les services espagnols disent ne pas en avoir informé la France parce qu'"ils ne le savaient pas à l'époque".

L'homme, qui a blessé deux passagers dont un par balle, a nié à ce stade tout caractère terroriste à son action, sans convaincre au vu de son profil. Le suspect avait en effet été "signalé en février 2014 du fait de son appartenance à la mouvance islamiste radicale" par les services espagnols, a précisé le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve. Suite à ce signalement, une fiche dite "S" (pour sûreté de l'Etat), n'impliquant pas forcément une surveillance, avait été établie par les services français "afin de pouvoir le repérer dans le cadre de son éventuelle venue sur le territoire national", a indiqué le ministre. Selon des témoins le suspect "était torse nu, assez fin et sec." L'auteur des tirs, qui était en possession d'un fusil d'assaut kalachnikov, d'un pistolet automatique, de neuf chargeurs et d'un cutter, selon une source policière, a été maîtrisé par deux militaires américains qui l'auraient entendu recharger une arme dans les toilettes.

Le parquet fédéral belge ouvre une enquête

A la suite de l'agression armée dans un train Thalys, vendredi en fin d'après-midi sur le sol français, le parquet fédéral a finalement décidé d'ouvrir une enquête sur base du fait que l'individu armé est monté dans le train à Bruxelles, indique samedi matin Éric Van Der Sypt, porte-parole du parquet fédéral. Il précise que les autorités judiciaires belges travaillent en étroite collaboration avec la France. Des enquêteurs belges se sont d'ailleurs rendus à Paris.

Un drame évité grâce à la présence de deux militaires américains

Sur des images filmées au téléphone portable à l'intérieur du train et diffusées par des télévisions, on peut voir l'assaillant, un jeune homme mince, portant un pantalon clair et torse nu, plaqué au sol sur le ventre, les mains attachées dans le dos. Une kalachnikov est posée contre un siège et du sang est visible sur une vitre du wagon. Des images diffusées par la chaîne de télévision américaine CNN,. Elle a aussi montré sur son site internet une première version des faits recueillie auprès des "héros" américains ayant maitrisé le tireur. En effet, l'homme a été stoppé net dans son action grâce à l'intervention d'un groupe d'amis américains en vacances, dont deux militaires, qui ont réussi à le maîtriser. Les hommes, dont un a été blessé, ont été salués comme des héros par les autorités françaises et par le président américain Barack Obama, qui leur a exprimé sa "profonde gratitude". "On a entendu un coup de feu et du verre brisé," a raconté Alex Skarlatos, 22 ans, membre de la garde nationale de l'état de l'Oregon, rentré il y a peu d'une mission en Afghanistan, dans des images diffusées par des télévisions. "J'ai vu un homme entrer dans le wagon avec une kalachnikov", a-t-il dit sur la chaîne BFMTV. "Alex a dit à Spencer (Stone, un autre militaire américain du groupe), va le choper", a poursuivi Chris Norman, un Britannique qui voyageait dans le même wagon. "Le gars a sorti un cutter et il a tailladé Spencer à l'arrière du cou, il lui a pratiquement coupé le pouce aussi, Spencer l'a tenu et on l'a finalement maîtrisé, il était inconscient, on a fini par l'attacher". "Spencer a bien couru dix mètres jusqu'au type. On s'est mis à le taper à la tête jusqu'à ce qu'il s'écroule", selon M. Skarlatos. M. Stone, qui a été hospitalisé, "va bien", ont précisé ses amis.

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Les trois Américains sont un membre de l'Air Force, un membre inactif de la Garde Nationale et un civil.

Le ministre de l'Intérieur français Bernard Cazeneuve, qui s'est rendu à la gare d'Arras, a salué ces Américains "particulièrement courageux", le Premier ministre Manuel Valls leur exprimant sa "gratitude".

Les autres passagers du Thalys, filiale de la SNCF (chemins de fer français), ont été pris en charge dans un gymnase tout proche de la gare d'Arras. Pendant ce temps, la police technique et scientifique a fouillé le train, ne retrouvant qu'une seule douille, selon une source proche du dossier. Les identités des 554 passagers du train Thalys ont été vérifiées et leurs bagages fouillés. Les passagers ont ensuite été acheminés à Paris, où un premier train est arrivé à 22h36 GMT à la gare du Nord.

Depuis les attentats du 7 janvier qui ont visé la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo et le supermarché parisien Hyper Casher, faisant 17 morts, un plan de lutte antiterroriste a été mis en place dans tous les lieux publics et considérés comme sensibles en France. Plusieurs attentats ont depuis janvier été déjoués sur le territoire français, selon les autorités, dont une attaque visant une église près de Paris au printemps et un projet d'attaque contre un site militaire dans le sud de la France

'Ça a fait +clic-clic-clic+': Les témoignages

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Un passager originaire de Paris décrit à l'AFP lorsque l'homme a tiré, "ça a fait +clic-clic-clic+, sans faire de coup de feu comme dans les films". "Une personne avec un tee-shirt vert, rasé, (selon les premiers éléments le militaire américain, ndlr) l'a vu, s'est jeté sur lui et l'a plaqué au sol", a-t-il ajouté.

"J'ai entendu des coups de feu, sans doute deux, et un type s'est écroulé", a relaté Christina Cathleen Coons, New-Yorkaise de 28 ans, en vacances en Europe. Il y avait "du sang partout", a-t-elle poursuivi, montrant des photos de la scène, qui font désormais le tour du monde des réseaux sociaux. "C'était comme dans un film sauf que c'était la réalité", a témoigné une autre passagère, Arcange Shannon. En descendant du train elle a vu "une personne sur une chaise avec les mains en sang et le visage tuméfié".

"J'étais en train de lire un magazine et lorsque j'ai entendu du bruit dans l'autre wagon, je me suis levé", explique cet homme originaire de Paris, dans un gymnase d'Arras (nord) où ont été accueillis les passagers de ce Thalys. "Je me suis dit qu'il y avait une embrouille entre deux personnes. J'ai vu alors une personne avec un tee-shirt noir aller au fond de mon wagon, comme s'il s'échappait", détaille-t-il, alors qu'il était en voiture 13.

Une autre personne, le tireur présumé, qui était torse nu, "s'est arrêté entre les deux wagons, il a tiré, ça a fait +clic-clic-clic+, sans faire de coup de feu comme dans les films", a-t-il dit, précisant qu'il n'avait pas entendu le bruit des balles. "Le mec torse nu est ensuite retourné dans le wagon 12 et une personne avec un tee-shirt vert, rasé, (selon les premiers éléments le militaire américain, ndlr) l'a vu, s'est jeté sur lui et l'a plaqué au sol".

Quand on lui demande à quoi ressemble le suspect, Damien répond: "j'ai vu qu'il était torse nu, assez fin et sec, mais quand il est arrivé, j'ai bloqué sur le flingue", dit-il encore sous le choc d'une scène "qui n'a pas duré plus de quinze secondes". Christina Cathleen Coons, New-Yorkaise en vacances en Europe, se trouvait, elle, en voiture 12. "Nous avons entendu une fusillade. J'ai entendu des coups de feu, sans doute deux, et un type s'est écroulé", relate-t-elle. "Une femme au fond, peut-être une quarantaine d'années, à côté de son époux, a vu la vitre au-dessus d'elle se briser à cause du coup de feu, la balle aurait pu l'atteindre", glisse cette passagère de 28 ans, menue, cheveux bruns coupés courts.

"Un type est tombé sur le sol et avait du sang partout, apparemment il était touché au cou", poursuit-elle, montrant des photos de la scène, qui font désormais le tour du monde des réseaux sociaux.

Christina Cathleen Coons est resté plaquée au sol, d'où elle a pris ces photos avec son smartphone: "je pensais qu'il y allait avoir une fusillade dans le train", ajoute-t-elle. "Des gens sont venus pour le soigner", raconte-elle encore au milieu du gymnase où le personnel de la Croix-rouge distribue des bouteilles d'eau aux passagers.

'Il a reçu une balle!'

D'un pas lent, transportant de nombreux bagages, Amy quitte le gymnase où elle a répondu aux questions de la police judiciaire, comme de nombreux autres passagers du Thalys. Encore choquée, son mari Joe la réconforte. Elle était tranquillement assise dans le train quand la vitre derrière elle s'est soudainement brisée par un impact de balle. "Nous exprimons notre grande gratitude envers ces messieurs, ces deux hommes qui ont arrêté le tireur. Je n'ai pas vu la fusillade", témoigne cette Américaine, habituée à voyager en Europe avec son mari. "J'ai vu la vitre tomber au-dessus des épaules de ma femme", explique son mari. "Je remercie ces deux hommes qui avaient un tee shirt des Lakers et un maillot de football. Je suis fier qu'ils aient réagi rapidement, empêchant un désastre", ajoute-t-il, précisant qu'il n'y avait "pas plus de six ou de sept personnes dans ce wagon, une première classe" du Thalys.

Laurent, lui, était monté à Anvers, et était dans le wagon suivant. "Le personnel du Thalys s'est rué dans notre voiture en courant, on se demandait ce qui se passait", explique ce Parisien d'une quarantaine d'années. "Une dame est arrivée dans notre train criant +il a reçu une balle, il perd du sang ! est ce qu'il y a un médecin ?+"

"J'ai hésité à y aller car comme il y avait une blessure par balle, il y avait peut-être un tireur, d'autres personnes sont revenues disant que la personne a été neutralisée, j'y suis allé", explique-t-il. "J'ai vu une personne au sol, une autre personne lui faisait un garrot au niveau du cou, je le voyais bouger", dit cet homme, qui dit avoir des notions de secourisme. "La dame était paniquée, demandant pourquoi le train continuait à rouler et pourquoi les secours n'étaient pas là, on l'a rassurée", ajoute-t-il. "Il y avait aussi une personne ligotée au sol, saucissonnée", dit-il, faisant allusion au tireur. "Il y a eu énormément de panique", conclut-il, avant de rejoindre la gare d'Arras pour regagner enfin Paris.

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