Coup d'envoi des primaires républicaines aux Etats-Unis

03/01/12 à 07:57 - Mise à jour à 07:57

Source: Le Vif

L'Iowa donne le coup d'envoi des primaires républicaines ce mardi. Et, Mitt Romney, le favori de l'establishment espère l'emporter devant ses concurrents qui ont presque tous eu leur heure de gloire dans les sondages. L'équipe de campagne d'Obama craint que les attaques des républicains nuisent durablement à la candidature démocrate et commence déjà à bander ses muscles.

Coup d'envoi des primaires républicaines aux Etats-Unis

© Reuters

L'Iowa ouvre le bal des primaires républicaines, ce mardi. Les prétendants échangent des amabilités depuis des semaines, sillonnent méticuleusement les 99 comtés de l'État, et leurs équipes de campagne harcèlent les habitants de cet État conservateur pour qu'ils participent au "caucus" le plus proche de chez eux. Les favoris souhaitent confirmer leur statut, tandis que les petits candidats ne veulent pas voir leurs chances réduites à néant dès la première consultation...

Et s'il ne reste qu'une chose pour les réunir, c'est leur cible principale: Barack Obama. Mitt Romney l'accuse de "ne jamais avoir connu la vraie vie" pour mieux mettre en avant son propre bilan économique. Le compare à Kim Kardashian ou Marie Antoinette... Newt Gingrich l'a aussi qualifié de "candidat en chef", davantage préoccupé par sa réélection que par les problèmes des Américains. Et plus récemment, Rick Santorum, ne se sentant plus de joie après sa percée dans les sondages, s'en est pris au président-candidat qui "écrase les entreprises", entre autres critiques. Diagnostic sans appel: "Il doit être remplacé".
Contrer l'Obama-bashing

Pendant ce temps, la cote de popularité de Barack Obama est tombée à un nouveau niveau plancher. Certes, il devance toujours tous ses rivaux potentiels, mais il n'obtient que 48% d'opinions "favorables", selon un sondage ABC/Washington Post, mi-décembre. Pour la première fois, il récolte davantage d'opinions défavorables, 49%, soit le taux le plus élevé de sa présidence entamée en janvier 2009.

Au niveau national, il se positionne depuis des mois comme le défenseur de la classe moyenne face à ses adversaires républicains dominant la chambre des représentants et arbitrant les majorités au Sénat. Fin février, son équipe tentera de mêler le candidat putatif du parti aux prochaines disputes budgétaires.
Mais devrait-il occuper davantage le terrain, localement, dans l'Iowa comme dans le New Hampshire qui se prononce le 10 janvier prochain? Faut-il attendre de connaître le visage de "l'ennemi" pour le combattre, face à face, sachant que le candidat républicain pourrait mettre des mois à sortir du lot? A moins qu'il soit plus judicieux de contrer dès maintenant "l'Obama-bashing" que les républicains déclinent, note le site Politico.

Réactiver le réseau de 2008

Le staff du président-candidat a déjà commencé à muscler sa campagne dans ces deux États dont le vote précoce a toujours eu une "portée symbolique et historique". Les démocrates ont entrepris de "réactiver" son redoutable réseau de 2008 et "ouvrir des bureaux de campagne" locaux. Car, côté républicain, les vifs débats des primaires ont incité de nombreux Américains à s'inscrire sur les listes électorales, un mauvais signe pour les démocrates dans quelques mois, souligne une journaliste de CBS News.

Pas de tournée sur le terrain dans l'Iowa, en revanche, pour Barack Obama qui préfère se déplacer dans l'Ohio, un autre État clé du centre des Etats-Unis, ce mercredi. Son discours consacré à l'économie sera une occasion de répondre aux critiques les plus acerbes des républicains et à la déception des démocrates qui attendaient plus de sa présidence. Mais saura-t-il relancer la machine à rêves de 2008, en pleine crise? Nul doute, en tout cas, que le président-candidat saura occuper l'espace médiatique alors que les commentateurs décortiqueront les résultats de l'Iowa.

Mitt Romney mise beaucoup sur l'Iowa Mitt Romney a bon espoir de conquérir l'Iowa... "qui l'a pourtant rejeté" lors des primaires républicaines de 2008, rappelle le New York Times. Militants et sympathisants du Grand Old Party sont appelés à participer aux "caucus" de cet État rural et conservateur ce mardi 3 janvier pour désigner celui qui doit, à leurs yeux, défier Barack Obama en novembre 2012.

L'Iowa domine l'agenda du candidat et de son équipe de campagne. Il devrait même rester sur place mardi soir, "signe qu'il a confiance" en sa victoire, selon le quotidien américain. Pourtant cet État peu réceptif à ses discours n'a pas toujours été prioritaire dans l'esprit du candidat: cet été, il a même boudé un "scrutin de paille", avant que son équipe se mette en branle pour remobiliser les réseaux tissés en 2008.

Campagne plus offensive

Mitt Romney espère ainsi marquer les esprits dès le premier vote des primaires alors que son statut de favori a été remis en question au fil des sondages. Chacun de ses rivaux a eu son heure de gloire: Rick Perry, Herman Cain (sorti de la course), Newt Gingrich, Ron Paul et même Rick Santorum tout récemment. Mais, dans la dernière ligne droite, le Washington Post parie sur la victoire de Mitt Romney.

"Vous vous demandez pourquoi la cote de Newt Gingrich (un autre candidat de poids du camp républicain, ndlr) chute dans l'Iowa? Mitt Romney (et les 'Super PAC' qui le soutiennent) a dépensé 34 fois plus que Gingrich au cours de la semaine passée", relève la société de consulting Anzalone Liszt Research, proche du Parti démocrate de Barack Obama. Conseiller de longue date de Mitt Romney, Eric Fehrnstrom confirme que l'équipe de campagne de l'ex-gouverneur du Massachusetts, qui dispose de loin des ressources financières les plus importantes parmi les prétendants à l'investiture républicaine, s'était préparée à un mois de décembre tendu. "Nous avons toujours pensé que la concurrence et l'intensité s'accentueraient à l'approche des votes. (...) La dynamique est en notre faveur", dit-il. La dynamique financière, mais aussi le rapprochement de grands noms susceptibles d'apporter des voix dans leur sillage, comme Chris Christie, gouverneur du New Jersey un temps poussé à se présenter lui-même, qui était là pour lancer le meeting de Mitt Romney ce vendredi.

Les modérés, un tremplin pour lui?

Le candidat mormon a-t-il vraiment une chance dans l'Iowa, qui lui avait préféré Mike Huckabee, pasteur évangélique, en 2008? L'électorat conservateur, puissant dans cet État, lui reproche son soutien au droit à l'avortement ainsi que la loi sur la protection médicale adoptée lorsqu'il était gouverneur et perçue comme l'inspiratrice de la réforme fédérale de la santé menée par l'administration Obama.

Mais ces voix devraient se répartir ce mardi entre Ron Paul, Newt Gingrich, Michelle Bachmann et Rick Santorum qui arriverait en troisième position dans cet État, faisant le jeu de Mitt Romney. Il n'a pas totalement renoncé à les séduire, il n'a cessé de "reaganiser" son discours, note le blog Politico. Mais il compte pour le moment mobiliser les modérés, plus sensibles à son charme politique.

Mitt Romney est plus modéré que les grenouilles de bénitier
Une récente enquête montre que parmi les électeurs appelés à participer au caucus de l'Iowa, sept sur 10 sont des conservateurs et 19% se définissent comme modérés. Ces derniers sont donc minoritaires, mais constituent un groupe politique non négligeable. "Si les centristes se mobilisent le jour du scrutin, Romney peut gagner", estime Maggie Tinsman, sénatrice de l'État depuis 18 ans. "Nous sommes un groupe en déclin, une espèce en voie de disparition. Beaucoup de modérés ne participent plus au caucus", reconnaît Joy Corning, ancienne vice-gouverneur de l'Iowa et sénatrice de l'État dont elle préside le groupe des modérés. "Toutefois, les modérés que je connais seront là pour soutenir Romney. Ils le perçoivent comme plus modéré que les grenouilles de bénitier". Mitt Romney est pour beaucoup le rival le plus dangereux pour le président sortant (qu'il compare à Marie Antoinette, "déconnecté de la réalité"...), en raison de son expérience dans le monde des affaires et de sa volonté de travailler avec les démocrates, dans un contexte de crise sans précédent. Pour Joy Corning, bien plus que ses concurrents directs, "il est capable de remporter une élection nationale". Mais novembre est si loin: avant, il faudra voter dans les autres États américains, les uns après les autres. Mitt Romney a-t-il l'âme d'un marathonien?

LeVif.be avec Marie Simon

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