Corruption en Espagne: Luis Barcenas, l'homme qui fait trembler Mariano Rajoy

15/07/13 à 18:06 - Mise à jour à 18:06

Source: Le Vif

Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy est en position délicate ce lundi après de nouvelles informations sur une possible comptabilité occulte de son parti. Portrait de l'homme à l'origine de ces révélations, l'ex-trésorier Luis Bárcenas.

Corruption en Espagne: Luis Barcenas, l'homme qui fait trembler Mariano Rajoy

© AFP

Il ne tombera pas tout seul. Luis Bárcenas l'a juré depuis la prison de Soto del Real, près de Madrid, où il est incarcéré depuis le 27 juin dernier, accusé en corruption, de blanchiment d'argent et de fraude fiscale. L'ex-trésorier du parti populaire avait fait passer le message à ses anciens compagnons. Et tout spécialement au leader du parti et chef du gouvernement, Mariano Rajoy, celui sur lequel il comptait après son arrivée au pouvoir en novembre 2011 pour freiner la justice et le tirer du pétrin. Sinon...

Il vient de mettre ses menaces à exécution et a accepté, ce lundi 15 juillet, de collaborer avec la justice en fournissant au juge Pablo Ruz qui instruit le dossier une clé USB contenant des documents qui devraient permettre de décortiquer le système de financement occulte du PP depuis plus de 20 ans.

A 55 ans, dont 28 ans aux commandes des finances du grand parti de la droite espagnole, Luis Bárcenas s'est longtemps senti à l'abri de la justice. Sûr du soutien inconditionnel de ses camarades de parti. Son implication dans l'enquête ouverte en 2009 sur un réseau de corruption compromettant d'élus locaux dans l'attribution de contrats publics? Une broutille dont il sortirait en deux coups de fil.

Cheveu gominé poivre et sel jeté en arrière, menton carré et oeil inquisiteur, Luis Bárcenas avait pris l'habitude de fendre la foule des journalistes et des photographes campés au pied de son immeuble, situé dans le Madrid le plus chic, forcément.

Restaurants de luxe, cigares, expéditions en Alaska ou en Nouvelle-Zélande...

Arrogant, agressif, capable de faire un doigt d'honneur aux reporters importuns, il n'a pas changé ses habitudes à mesure que l'enquête avançait. Restaurants de luxe, cigares, expéditions en Alaska ou en Nouvelle-Zélande pour quelques descentes de ski héliportées... et de fréquents voyages en Suisse pour visiter ses montagnes et ses banques. Il a réussi à engranger jusqu'à 38 millions sur ses comptes helvètes. Mais depuis l'ouverture de l'enquête, il a pris la précaution de dévier une bonne partie de ces fonds vers des banques latino-américaines et d'autres paradis fiscaux.

D'où vient cette fortune? Et à qui est-elle vraiment? C'est là toute la question. Selon les confidences de Bárcenas, elle serait le fruit de commissions payées durant des années par des entreprises désireuses de décrocher des contrats publics. Une partie du butin aurait servi à financer illégalement le parti populaire et à payer des campagnes électorales et des "enveloppes" en liquide aux principaux dirigeants du parti, dont Mariano Rajoy ou José Maria Aznar.

Il a su distiller les documents compromettants à la presse pour appuyer ses dires

Hier si discret, l'ancien trésorier est devenu le pire cauchemar de Rajoy. Il est devenu prolixe en détails compromettants pour le parti qui l'a, à ses yeux, trahi. L'ancien trésorier est devenu un bavard intarissable qui a su distiller les documents compromettants à la presse pour appuyer ses dires Avec l'espoir, toujours, que Rajoy face pression sur la justice. En vain.

Ce lundi 15 juin, Luis Bárcenas a cessé d'attendre. Il a décidé de collaborer avec la justice et de déballer les détails du fonctionnement de la caisse noire du parti. L'opposition crie au scandale et appelle à la démission de Rajoy. Au parti populaire, on s'indigne contre les propos d'un "délinquant présumé, qui n'obtiendra rien de nous" martèle Carlos Floriano, porte-parole du PP. "Un délinquant peut-être, mais votre délinquant", rétorque Alfredo Perez Rubalcaba, le chef de l'opposition socialiste qui a réclamé la démission de Mariano Rajoy.

De notre correspondante Cécile Thibaud, à Madrid

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