Congo : une farce judiciaire coloniale revue 89 ans plus tard ?

25/06/10 à 09:32 - Mise à jour à 09:32

Source: Le Vif

Simon Kimbangu, Congolais messianique et pré-indépendantiste, avait été condamné à la hussarde, en 1921. Sa famille demande désormais la révision de son procès. L'avocat bruxellois Pierre Chomé avance des arguments de poids avec un historique édifiant.

Congo : une farce judiciaire coloniale revue 89 ans plus tard ?

© Belga

Après l'annonce récente d'une plainte visant douze Belges en relation avec l'assassinat de l'ancien Premier ministre congolais Patrice Lumumba, quarante-neuf ans après sa mise à mort au Katanga, une autre démarche judiciaire relative à l'ancienne colonie belge retient l'attention, à quelques jours du cinquantenaire de l'indépendance du Congo - sans doute pas un hasard.

Plusieurs des petits-enfants de Simon Kimbangu, catéchiste congolais mort en prison en 1951, veulent en effet la révision du procès que les Belges lui firent sans grands égards pour l'équité. Simon Kimbangu ? Ce fervent catholique était devenu un prédicateur très influent au début des années 20, car il disait avoir reçu des ordres divins et pratiquait des guérisons apparemment miraculeuses. Sa seule présence drainait les foules et, s'il prônait la non-violence, son message déplaisait fortement à l'establishment colonial, car il suscitait la méfiance des Noirs à son égard.

A la chicote

Dure fut la riposte. Sa zone tribale fut déclarée sous administration militaire le 2 août 1921, au prétexte qu'elle était séditieuse - vu lesdits mouvements de foule. Le conseil de guerre fut établi. Le 15 septembre, il était arrêté. Et, le 3 octobre, il était condamné à mort (peine commuée en détention à perpétuité par le roi Albert 1er).

Mais plusieurs des petits-enfants de Simon Kimbangu viennent de charger le pénaliste bruxellois Pierre Chomé d'obtenir la révision du procès. Il s'agit d'une procédure assez rare. En vingt ans, on n'a parlé que des cas d'Irma Laplasse (collaboration avec les nazis) et de Carmelo Bongiorno (négrier de la construction). Et lourde : pour l'entamer, un requérant doit obtenir l'aval de trois avocats ayant au moins dix ans de barreau et passer par un avocat dit de cassation, puisque c'est devant cette haute instance qu'une telle manoeuvre doit être introduite.

On ignore, bien sûr, quel sort sera réservé à cette procédure qui débute ces jours-ci. Mais Me Chomé pourrait obtenir gain de cause. Il avance en tout cas des arguments frappants. Aussi frappants, d'ailleurs, que la chicote avec laquelle on "calmait" Simon Kimbangu durant son procès, à la façon de ce que les colons violents pratiquaient régulièrement. La chicote ? Un genre de fouet dur dont l'usage montrait que l'époque n'était pas encore habitée par les droits de l'homme.

Capture, enquête et jugement en 18 jours

Bref, les arguments bientôt plaidés pour une révision sont divers. D'abord, l'arrestation, l'enquête, l'instruction d'audience et le jugement étaient intervenus, tous ensemble, en seulement 18 jours. Sans bien entendu laisser de place à la recherche de preuves et contre-preuves, sans laisser d'espace non plus à la défense (inexistante, puisque Simon Kimbangu, comparaissant enchaîné à raison de 51 heures, n'avait pas eu droit à un avocat, rappelle celui qui l'est devenu presque nonante ans plus tard, Me Pierre Chomé).

Piquant : le commandant militaire de la place, qui procéda à son arrestation en tant que représentant du pouvoir exécutif, fut également son juge unique au conseil de guerre, personnifiant cette fois un genre de pouvoir judiciaire. Il n'était guère question de la séparation des pouvoirs, dans l'Afrique en noir et blanc du colonialisme belge... De plus, en droit, l'incrimination initiale (risque de troubles de l'ordre public) aurait été insuffisamment précise et qualifiée.

Finalement, Simon Kimbangu avait pourri durant trente années en prison, avant d'y périr. Sa mémoire, pour discutable que soit l'exploitation qui en a parfois été faite, pourrait donc sortir grandie d'un nouvel éventuel épisode judiciaire. A suivre... après les festivités du cinquantenaire qu'on entame la semaine prochaine.

Roland Planchar

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