Comprendre la crise en Ukraine

03/12/13 à 12:20 - Mise à jour à 12:20

Source: Le Vif

Plusieurs milliers d'Ukrainiens manifestent ce mardi devant le parlement, dix jours après le début d'un mouvement de contestation né du rejet par le gouvernement d'un accord d'association avec l'Union européenne. Où en est le mouvement?

Comprendre la crise en Ukraine

© Reuters

Où en est le mouvement de contestation en Ukraine? Après dix jours de manifestations, la mobilisation ne faiblit pas ce mardi. Plus d'un millier de personnes ont passé la nuit sur la Place Maidan (place de l'Indépendance) et ont afflué vers le Parlement qui doit qui examiner dans la journée une motion de défiance du gouvernement. Dans un geste de conciliation envers l'opposition, le président de la Rada, Volodymir Rybak, un proche du président Viktor Ianoukovitch, a annoncé mettre à l'ordre du jour mardi la question de la défiance du gouvernement, comme le réclamait l'opposition.

Que veulent les manifestants?

Ils sont descendus dans la rue quand le gouvernement ukrainien a annoncé qu'il renonçait à signer l'accord d'association avec l'Union européenne, pourtant en cours de discussion depuis plusieurs années. Mais après les violences policières du weekend contre les manifestants, leur revendication a évolué. Les leaders de l'opposition demandent, depuis lundi, la démission de Ianoukovitch. Mais alors qu'à l'échelle du pays, la mobilisation reste relativement modeste, le rapport de force ne semble pas, à ce stade, en mesure d'arriver à cette issue. La plupart des spécialistes insistent sur le fait les Ukrainiens descendus dans la rue regrettent peut-être que leur pays tourne le dos à Bruxelles, mais Ils ne veulent pas pour autant rompre le lien fort qui les unit à la Russie. L'assemblée est dominée par le Parti des régions du président Viktor Ianoukovitch.

"Ce que nous exigeons, c'est d'abord de voter un texte sur le départ du gouvernement et ensuite de soumettre au vote la libération (de l'opposante Ioulia) Timochenko et de trois militants arrêtés illégalement", a déclaré lundi soir l'un des leaders de l'opposition, Arseni Iatseniouk, proche de l'ex-Premier ministre emprisonnée.
Pour le chef du gouvernement Mykola Azarov, les manifestations de l'opposition, pro-européenne sont devenues "incontrôlables" et leurs instigateurs utilisent des "méthodes illégales" pour renverser le pouvoir. Il y voyait lundi une ressemblance avec "un coup d'Etat".

Quel est le rôle joué par la Russie?

C'est sous la pression de la Russie que Kiev a renoncé au rapprochement entre l'ancien pays de l'URSS et l'UE. Vladimir Poutine veut garder le contrôle sur les anciens satellites de la Russie. Moscou ne pouvait pas admettre que le plus grand pays d'Europe centrale s'arrime à Bruxelles plutôt qu'à Moscou. Le Kremlin n'a pas lésiné sur les moyens pour l'empêcher, en usant à la fois de la carotte et du bâton, les menaces de rétorsion économique et les promesse de soutien, et notamment de facilités pour le paiement de sa facture gazière.
Face à la montée de la contestation, le président russe a encore durci le ton, fustigeant, lundi, les manifestations, "préparées de l'extérieur" et qui "ressemblent plus à un pogrom qu'à une révolution".

Vers quoi peut évoluer le mouvement ?

La situation est différente de celle de la "Révolution orange" en 2004 où les protestataires condamnaient la fraude électorale, et avaient obtenu un nouveau scrutin et l'élection du candidat de l'opposition. Cette fois, l'enjeu est lié à la négociation avec l'Union européenne. Or, "le sommet de Vilnius est passé et reprendre rendez-vous avec l'UE ne se décide pas du jour au lendemain", explique à L'Express la spécialiste de l'Ukraine Alexandra Goujon. Le président Ianoukovich choisira-t-il la voie de la répression? Prendra-t-il le risque de faire évoluer son pays vers le modèle autocratique de la Biélorussie voisine? "L'Union européenne, plaide le chercheur George Mink interrogé par Libération, peut retenter les négociations avec Viktor Ianoukovitch, en essayant d'organiser une table ronde pour apaiser les tensions et essayer de le convaincre"...

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