Comprendre la crise en Tunisie

24/10/13 à 19:48 - Mise à jour à 19:48

Source: Le Vif

La tension ne cesse de monter à Tunis où le gouvernement et l'opposition, empêtrés depuis trois mois dans une profonde crise politique, doivent, avec 48h de retard, entamer le dialogue national vendredi. Explications.

Comprendre la crise en Tunisie

© REUTERS

La tension ne cesse de monter en Tunisie. Censé démarrer mercredi, le "dialogue national" destiné à trouver une issue à la crise politique a été reporté à vendredi. Faisant monter la pression d'un cran, le parti d'opposition Nidaa Tounès, a exclu, ce jeudi, le lancement des négociations vendredi sans un engagement écrit du gouvernement à démissionner. Quelles sont les raisons de cet imbroglio?

Aux origines de la crise: les assassinats politiques

L'assassinat du député d'opposition, Mohamed Brahmi, attribué à la mouvance djihadiste, est à l'origine de la grave crise politique qui paralyse aujourd'hui la Tunisie. L'opposition accuse le gouvernement dominé par les islamistes d'Ennahda d'avoir fait preuve de faiblesse vis-à-vis des extrémistes. Un premier gouvernement dirigé par Ennahda avait déjà été poussé à la démission après l'assassinat de l'opposant Chokri Belaïd en février.

Les opposants reprochent surtout aux autorités, plus de deux ans après la chute de l'ancien despote Zine el Abidine Ben Ali, l'impasse dans laquelle se trouve la Tunisie: impasse politique et institutionnelle et marasme économique.

L'imbroglio de la constitution

Le processus de transition lancé après le renversement de Ben Ali prévoyait l'élection d'une Assemblée constituante, en octobre 2011, censée doter, dans un délai d'un an, le pays d'une constitution et préparer des élections législatives et présidentielle. L'opposition estime que l'Assemblée constituante n'est plus légitime puisqu'elle a largement dépassé la durée prévue pour l'élaboration d'une nouvelle constitution. Après l'assassinat de Mohamed Brahimi en juillet, 60 députés s'étaient retirés de cette Assemblée.

Un dialogue reporté à plusieurs reprises

Pour tenter de sortir de cette impasse, un "dialogue national" a été lancé sous la houlette du puissant syndicat UGTT, le 5 octobre. Il a été avalisé par Rached Ghannouchi, le chef du parti islamiste Ennahda, au pouvoir. Mais depuis, les pourparlers trainent en longueur. Une "feuille de route" rédigée par quatre médiateurs prévoyait quatre semaines de négociations pour former un gouvernement indépendant, après la démission du gouvernement actuel. Un nouveau Premier ministre indépendant doit être désigné par l'ensemble de la classe politique une semaine après le début du dialogue et un cabinet de technocrates doit être formé dans les deux semaines qui suivent.

Le désaccord porte notamment sur le moment où la démission du gouvernement d'Ali Larayedhdoit intervenir. Avant, pendant, ou une fois le "dialogue national" entamé.

La menace djihadiste

Ennahda est accusée d'avoir, volontairement ou non, favorisé l'essor des extrémistes. Le parti islamiste avait fait de choix de ne pas fermer la porte aux salafistes - de les manipuler disent ses adversaires- afin d' empêcher qu'ils ne sortent du jeu politique et qu'ils ne basculent dans la violence. Cette stratégie semble avoir échoué. Le désordre qui règne dans l'ensemble du Sahel a permis aux djihadistes de se renforcer. Ils ont créé des bases solides, notamment dans la région du mont Chaambi, où l'armée ne parvient pas à les déloger.

Le pays a encore été endeuillé mercredi par des combats avec un groupe armé qui ont coûté la vie à six gendarmes. L'exaspération des forces de l'ordre ne cesse de croître. Au point que des dizaines de militants de syndicats de policiers ont chassé le président et le Premier ministre d'une cérémonie à la mémoire de gendarmes tués, le 18 octobre.

Quelles sont les prochaines étapes pour sortir la Tunisie de la crise?

Une fois que les partenaires se seront mis d'accord sur la formation d'un gouvernement de techniciens, l'opposition et Ennahda doivent s'entendre sur le contenu de la nouvelle Constitution, rédiger une loi électorale, former l'instance chargée d'organiser les élections et fixer le calendrier pour les prochains scrutins. Du pain sur la planche.

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