Comprendre l'escroquerie de la "Madoff de Touraine"

30/12/11 à 18:56 - Mise à jour à 18:56

Source: Le Vif

Sylviane Hamon, ex-employée de banque, est soupçonnée d'avoir détourné près de trois millions d'euros à son entourage. Qui sont les protagonistes de l'affaire? Quelle est la nature de l'escroquerie? LeVif.be fait le point sur cette escroquerie qui secoue la France.

Comprendre l'escroquerie de la "Madoff de Touraine"

© Reuters

Depuis mardi, une vaste affaire d'escroquerie touche la Touraine, où une femme est soupçonnée d'avoir détourné plusieurs millions d'euros à des proches.

Qui est cette femme?

Surnommée la "Madoff de Touraine", Sylviane Hamon, 49 ans, est en apparence madame tout le monde. Ex-employée de banque à la BNP de Saumur (Maine-et-Loire) puis de Bourgueil (Indre-et-Loire), elle est licenciée en 2007, pour des raisons qui restent obscures. En parallèle de sa profession, elle est aussi conseillère municipale de Benais de 2001 à 2008, une petite commune de 900 âmes où elle a élu résidence avec son mari.

Dans son village, "les gens sont sous le choc de découvrir qu'une personne qui semblait au-dessus de tout soupçon ait pu agir de la sorte", témoigne Roger Le Coz, l'ancien maire de Benais. "Elle était toujours accueillante, souriante, elle avait une facilité d'expression. C'est ce qui fait que les gens lui ont fait confiance", explique-t-il.
À Bourgueil, ville où elle a travaillé, Sylviane Hamon dépensait sans compter chez de nombreux commerçants, explique l'un d'eux. "Elle n'avait aucune pudeur avec l'argent, selon cette commerçante qui requiert l'anonymat. Elle portait des vêtements de luxe, elle avait des sacs de luxe, elle dépensait beaucoup dans les boutiques." Des goûts de luxe qui pourrait expliquer le cambriolage et l'incendie de sa maison ce vendredi. "C'est peut-être un vol d'opportunité ou une vengeance" a indiqué le vice-procureur de Tours Michel Cruz.

Récemment, elle aurait aussi demandé à des proches de lui prêter de l'argent "par exemple pour payer l'école de ses enfants". "Je pense qu'à la fin, elle avait une véritable addiction à l'argent", estime-t-elle. Une addiction telle, qu'elle aurait mené Sylviane Hamon à escroquer plusieurs dizaines de personnes. Mardi, elle a été mise en examen pour abus de confiance et placée en détention provisoire. Son mari a également été mis en examen pour recel et placé sous contrôle judiciaire.

Quelle est la nature de l'escroquerie?

Sylviane Hamon est soupçonnée, comme l'escroc new-yorkais Bernard Madoff, d'avoir fait miroiter à ses victimes, pendant plusieurs années, des placements juteux. Ceux-ci étaient censés rapporter jusqu'à 30%, à des personnes qui lui faisaient confiance. Elle ciblait des amis, des voisins, et des membres de sa propre famille ou belle-famille.

L'ex-employée de banque aurait commencé cette escroquerie à la suite de son licenciement en 2007. Depuis, elle affirmait travailler pour le compte d'une société de crédit et promettait des rendements mirobolants en faisant valoir ses contacts dans le milieu bancaire.

Au total, elle est soupçonnée d'avoir soutiré près de trois millions d'euros à ses victimes avec un mode opératoire qui fonctionnait selon le schéma des escroqueries pyramidales. C'est-à-dire que les intérêts versés aux premiers "investisseurs" étaient payés par les capitaux investis par les nouveaux arrivants.

Un homme dont l'épouse, atteinte d'un cancer, avait été approchée raconte à La Nouvelle République: "Mon épouse devait remettre à cette femme 40 000 euros. Elle lui avait promis un rendement de 10%. Elle lui avait demandé de ne pas en parler, mais heureusement ma femme n'a pas respecté la consigne".

Quel avenir pour les victimes?

Comme cette femme, de nombreuses victimes ont voulu témoigner de l'escroquerie. Jeudi, une cinquantaine de personnes de tous âges se sont retrouvées à la gendarmerie de Chinon (Indre-et-Loire) pour une réunion d'information sur leurs droits. Cette rencontre a été organisée par l'Association d'aide aux victimes d'infractions pénales (Adavip), mandatée par le procureur de Tours pour venir en aide aux victimes. Une trentaine de personnes ont déjà déposé plainte, ou sont sur le point de le faire.
À la sortie de la réunion, les victimes escroquées par cette ex-employée de banque oscillaient entre stupeur et incrédulité. "Ils sont réellement abasourdis, déçus et honteux et dans une situation psychologique, pour certains, très délicate" a expliqué la directrice de Adavip, Marie-Paule Carrey.

Selon cette dernière, la procédure d'indemnisation des victimes s'annonce "très longue". "Un fonds d'indemnisation existe, mais il est réservé aux personnes aux ressources les plus limitées", explique-t-elle.

Les victimes savent qu'elles risquent de ne récupérer qu'une petite partie des sommes parfois colossales engagées par certains d'entre eux, selon Marie-Paule Carrey. "Mais pour l'instant leur priorité est de comprendre comment ils ont pu en arriver là."

LeVif.be avec L'express.fr

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