Comment " Israël a perdu la guerre des images "

01/06/10 à 13:43 - Mise à jour à 13:43

Source: Le Vif

Au lendemain de l'assaut lancé contre la flottille internationale à Gaza, les principaux grands titres israéliens affichent leurs divergences politiques, mais tous admettent que l'épisode ternira l'image du pays.

Comment " Israël a perdu la guerre des images "

© Reuters

Par Anne-Laurence Gollion

"Israël a sous-estimé l'hostilité qu'il allait rencontrer". David Horovitz du Jerusalem Post l'admet: l'Etat hébreu a mal préparé son opération, accumulant maladresses et erreurs de stratégie. "L'expédition 'd'aide humanitaire' était une initiative pernicieusement bien construite, pour laquelle Israël était mal préparée. A présent, il s'agit de ne plus perdre temps, dans une course pour limiter les dégâts", lit-on dans les colonnes du quotidien de référence classé à droite.

Pour "limiter les dégâts", l'éditorialiste suggère qu'Israël aurait du "mettre à profit six décennies de relations diplomatiques avec la Turquie - dont le gouvernement finance majoritairement cette flottille, et dont plusieurs ressortissants font partie des victimes. L'ancien ambassadeur israélien en Turquie, Alon Liel, a appelé Israël à demander à Ankara d'envoyer des vaisseaux pour escorter la flottille lors de son retour en Turquie. Cela vaudrait mieux que de retenir les navires et leurs passagers à Ashdod", un port du nord d'Israël où les six bateaux composant le convoi ont été escortés après l'assaut meurtrier.

Gideon Levy, éditorial au journal de gauche Ha'Aretz, évoque également la précipitation avec laquelle a réagi l'armée et la phase "grotesque", selon les mots de l'écrivain péruvien Mario Vargas Llosa, un "ami d'Israël" dans laquelle est entrée le pays. Levy s'interroge: qui comprendra qu'Israël souhaite "maintenir le siège inefficace, illégal et immoral de Gaza et ne pas laisser la 'flottille de la paix' aborder sur la côte? Il n'y a rien à expliquer, certainement pas à une communauté internationale qui n'est pas prête à avaler ce brouet fait de justifications, de mensonges et de tactiques dilatoires".

L'heure n'est en revanche pas aux excuses du côté du journal de droite Yediot Aharonot. Pour Yoaz Hendel, dans une tribune intitulée "Israël, arrête de t'excuser", "les Israéliens ne sont pas ceux qui devraient s'excuser pour ce qui s'est passé lundi. Nous avons agi comme n'importe quel pays aurait agi quand sa souveraineté est menacée. Les membres de ces organisations humanitaires auraient pu amener les vivres de différentes façons mais ils ont préféré salir l'image d'Israël. Les vies des citoyens israéliens sont plus importantes que la plus virulente des protestations diplomatiques. Et oui, protéger la vie a un prix. Je préfère simplement que ce soit l'autre côté qui le paie."

Le quotidien économique Globes voit dans l'opération un "piège" tendu au gouvernement israélien. "Le monde se rappellera simplement des scènes de David et Goliath. L'autre côté a gagné la victoire de la propagande. Il est inutile pour nos dirigeants de protester à propos de la situation désespérée de nos soldats puisque le monde entier se soucie de la situation des habitants de Gaza."

Bernard-Henri Lévy, qui était ce lundi 31 mai en conférence à l'ambassade de France en Israël, souligne cette gigantesque erreur de communication dans Ha'Aretz: "dans la guerre des images, le gouvernement perd la bataille des relations publiques. Il y avait d'autres façons d'empêcher la flottille d'entrer en terres israéliennes et de répondre à ce qui semble être une provocation".

La plupart des éditorialistes s'accordent en tout cas pour dire que les dommages seront durables pour l'Etat hébreu. A l'image du Jerusalem Post, qui conclut, amer: "la flottille est juste un autre chapitre dans une campagne internationale destinée à nier le droit d'Israël à se défendre".

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