Cinq choses à savoir sur la crise au Sinaï

09/08/12 à 16:16 - Mise à jour à 16:16

Source: Le Vif

L'armée égyptienne a tué une vingtaine d'activistes mercredi dans le Sinaï, trois jours après la mort de 16 gardes-frontières dans une attaque attribuée à des islamistes extrémistes. Quels sont les enjeux de ces affrontements. Explications.

Cinq choses à savoir sur la crise au Sinaï

© Reuters

Les origines de la crise

Dimanche soir 8 août, peu avant l'Iftar, le repas de rupture du jeûne du ramadan, des hommes armés (35, selon un porte-parole militaire) vêtus comme des Bédouins du Sinaï arrivent à bord de 4x4 à Massoura, au sud du poste-frontière de Rafah.
Ils s'emparent de deux véhicules blindés et se dirigent vers le poste-frontière de Karm Abou Salem (Kerem Shalom, en hébreu). Ce point de passage frontalier à cheval entre l'Egypte, Israël et Gaza est utilisé par les ONG pour acheminer de l'aide humanitaire, sous supervision israélienne, précise l'éditorialiste égyptien Issandr el-Amrani sur son blog. Ils ouvrent alors le feu sur le poste-frontière. Seizesoldats et officiers des gardes-frontière sont tués, d'après le ministère de la Santé.

Les assaillants parviennent ensuite à pénétrer sur le territoire israélien avec l'un des blindés, avant d'être neutralisés. "Une explosion s'est produite dans un des véhicules avant qu'il n'atteigne le territoire israélien, tandis que le deuxième véhicule a été attaqué par l'armée de l'air israélienne", a indiqué un porte-parole de Tsahal. La télévision égyptienne a plus tard indiqué qu'un blindé avait été retrouvé près de Karm Abou Salem. Après cette attaque, le poste frontière de Rafah et les tunnels de contrebande ont été fermés.

Selon l'agence officielle égyptienne Mena, des éléments islamistes infiltrés depuis Gaza via les tunnels de contrebande se seraient joints à des djihadistes basés dans l'est du Sinaï. "Hamas n'a rien à voir avec les tensions frontalières, a très vite rétorqué l'un des dirigeants du Hamas, Mahmoud Al-Zahar. Au contraire, le Hamas est soucieux de la sécurité nationale égyptienne et n'utiliserait jamais d'armes contre l'armée égyptienne", a-t-il déclaré à Ahram Online.

Pourquoi le Sinaï est-il une zone d'instabilité?

La situation au Sinaï, une région désertique propice à de nombreux trafics, est délicate du fait de la faible présence de l'armée, en raison de la démilitarisation de ce secteur conformément aux accords de paix israélo-égyptiens de 1979. Depuis la chute de Moubarak et la désorganisation des services de sécurité, la région du Sinaï est devenue plus instable encore. "La zone était déjà sensible sous le raïs mais la situation s'est aggravée avec les trafics venus de Libye et la question des bédouins réislamisés qui apporteraient leur soutien à des mouvements radicaux palestiniens en rivalité avec le Hamas, expliquait Sophie Pommier, spécialiste de l'Egypte, à L'Express en avril dernier. "La vérité, c'est qu'on ne sait pas trop ce qui s'y passe", ajoutait-elle. De nombreux enlèvements se sont produit dans la région ces derniers mois, et le gazoduc qui alimente Israël et la Jordanie a fait l'objet d'une quinzaine d'attaques.

Par ailleurs, "des voix s'élèvent en Egypte pour faire remarquer que la solution au Sinaï ne peut se limiter à des mesures sécuritaires ", relève Ahram Online. En effet, les Bédouins qui peuplent en grande majorité cette région ont trop longtemps été marginalisés par les autorités égyptiennes.

Les répercussions sur la scène intérieure

Alors que le bras de fer se poursuit entre les forces armées égyptiennes qui contrôlent le pays et le nouveau président Mohamed Morsi, la crise du Sinaï "pose la question de qui décide quoi en Egypte en matière de sécurité et de politique extérieure". Le président, les services secrets, l'armée, le ministre des Affaires étrangères ou tous à la fois", s'interroge Issandr el-Amrani. Jusqu'à présent, sur le plan diplomatique en tout cas, l'Egypte a eu une politique étrangère bipolaire, l'une conduite par la présidence et l'autre par les militaires associés aux services secrets ", ajoute-t-il.
Cette crise a aussi mis en relief une certaine cacophonie entre le président Mohamed Morsi et le mouvement des Frères musulmans. Morsi est le premier président civil de l'Egypte depuis 1952, mais surtout le premier président issu de la confrérie. Dès dimanche, il a qualifié "cette attaque de "lâche" et déclaré qu'elle ne "resterait pas sans réponse (...) et que ceux qui ont commis ce crime le paieront cher". Le chef de l'état a également assuré avoir donné des "instructions claires" pour reprendre "le contrôle total du Sinaï".

De leur côté", les Frères musulmans ont évoqué une possible implication des services secrets israéliens dans l'attaque. Le président qui entendait améliorer les relations entre Le Caire et Gaza afin notamment de soulager le sort des Palestiniens de ce territoire soumis au blocus israélien, se trouve en porte à faux avec ses engagements, après la fermeture de la frontière et des tunnels.

Pourquoi l'armée égyptienne a-t-elle intérêt au maintien du calme à la frontière avec Israël


L'armée ne peut entrer en conflit avec Israël à la fois parce qu'elle n'en a pas les moyens militaires mais aussi parce qu'elle ne veut pas se mettre en porte à faux avec les Etats-Unis, soutien indéfectible de l'Etat hébreu. L'armée égyptienne est en effet totalement dépendante de Washington. Sur les 1,7 milliard de dollars que Le Caire reçoit comme aide américaine, 1,3 milliard sont destinés à l'armée.

Les répercussions de cette crise à Gaza

La fermeture du passage de Rafah, entre l'Egypte et la bande de Gaza, unique fenêtre extérieure de l'enclave palestinienne non contrôlée par Israël, est un coup dur pour la population palestinienne. D'autant que tous les accès aux tunnels ont aussi été bloqués, mettant fin aux fructueuses activités véhiculées par ce biais depuis le début du blocus imposé par Israël en 2006.
Selon des responsables des services de sécurité palestiniens, il existe des centaines de tunnels à Rafah. Omar Shaaban, un économiste qui dirige PALThink, un groupe de réflexion basé à Gaza, estime à un demi-milliard de dollars par an le montant du chiffre d'affaires des tunnels. Fermer ces tunnels peut avoir "un effet dévastateur pour les habitants de Gaza", estime-t-il.
Bien que quelques allégements soient intervenus dans le blocus, Israël maintient un contrôle strict sur ce qui peut être importé, y compris de nombreux matériaux de construction, dont une bonne partie passe ainsi par les tunnels. Leur fermeture prolongée provoquerait une paralysie du bâtiment et réduirait au chômage 15 000 ouvriers.

LeVif.be avec L'express

En savoir plus sur:

Nos partenaires