Chypre: un accord serait proche

12/01/17 à 19:38 - Mise à jour à 19:38

Source: Belga

Un accord sur la réunification de Chypre, divisée depuis 42 ans, est "proche", mais il faut faire preuve de "patience", a déclaré jeudi à Genève le nouveau chef de l'Onu, Antonio Guterres, en ouvrant une conférence consacrée à l'une des plus vieilles crises au monde.

Chypre: un accord serait proche

© REUTERS

Les dirigeants des communautés chypriotes turque et grecque ont négocié âprement depuis lundi, sous l'égide de l'Onu, mais la solution consistant à créer un État fédéral semble encore loin.

L'île méditerranéenne est divisée depuis l'échec d'un coup d'État visant à rattacher Chypre à "la Grèce des colonels" en 1974 et l'invasion de l'armée turque au nord.

Pour son premier déplacement à l'étranger depuis qu'il a succédé le 1er janvier au Secrétaire général de l'Onu Ban Ki-Moon, M. Guterres a souhaité apporter son soutien aux pourparlers de paix engagés depuis mai 2015.

"Je veux rendre hommage au courage et à la détermination" du président chypriote grec Nicos Anastasiades et du dirigeant chypriote turc Mustafa Akinci, a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse au Palais des Nations, siège européen de l'Onu.

"Nous sommes très proches d'un règlement", a-t-il estimé, tout en appelant à la patience. "Vous ne pouvez pas attendre des miracles (...) Il va falloir être patient. Nous ne cherchons pas un bricolage rapide, nous cherchons une solution solide et durable pour Chypre", a-t-il dit.

La conférence, qualifiée d'"historique" car inédite dans son format multilatéral, est chargée de discuter uniquement des garanties de sécurité de la future fédération de Chypre, avec les "garants" actuels: Grèce, Turquie et Grande-Bretagne, ex-puissance coloniale.

Les ministres des Affaires étrangères grec Nikos Kotzias, turc Mevlut Cavusoglu, et britannique Boris Johnson sont venus y participer à Genève, ainsi que le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, et la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini, car la République de Chypre (partie sud) est membre de l'Union européenne depuis 2004. "Tous les Chypriotes méritent un meilleur avenir européen", a déclaré Jean-Claude Juncker.

Les Chypriotes turcs habitent eux dans la République turque de Chypre du Nord (RTCN), reconnue uniquement par Ankara.

Les "questions intérieures", telles que le découpage territorial entre les deux communautés, la restitution des propriétés spoliées ou le partage de la gouvernance, restent du ressort des négociations intrachypriotes organisées sous l'égide du médiateur de l'Onu, le Norvégien Espen Barth Eide.

"Il y a encore du chemin à parcourir, du travail à faire", a reconnu M. Guterres. Il a indiqué que les travaux de la Conférence allaient reprendre dans la soirée, mais n'a pas dit s'ils se poursuivraient vendredi.

Mercredi soir, le président chypriote grec Nicos Anastasiades et le dirigeant chypriote turc Mustafa Akinci ont pour la première fois échangé des cartes sur leur vision du futur État fédéré.

Bien que largement minoritaires, les Chypriotes turcs contrôlent actuellement 37% de l'île. Selon les médias chypriotes, la partie grecque serait disposée à leur accorder 28,2% du futur État, alors que la partie turque en réclamerait 29,2%.

Selon le porte-parole du gouvernement chypriote-grec, Nikos Christodoulides, la carte présentée par la partie turque respecte la limite des 29,2%. "Mais il y a des parties et des aspects qui ne nous satisfont pas, en d'autres termes, ce n'est pas satisfaisant en tant que résultat final", a-t-il dit.

Depuis la crise de 1974, des Casques bleus des Nations unies contrôlent la "ligne verte", une zone tampon démilitarisée séparant les deux communautés.

Dans la perspective d'un futur État fédéral, l'Onu et les pays garants doivent apporter des assurances en matière de sécurité.

Le président chypriote-grec, soutenu par Athènes, réclame le départ des quelque 30.000 soldats turcs stationnés dans la partie nord de l'île, mais le dirigeant chypriote-turc, appuyé par Ankara, souhaite leur maintien pour protéger sa communauté.

La Grande-Bretagne, ex-puissance coloniale, possède également des bases militaires dans la partie sud de l'île. Londres a offert de restituer 49% (117 km2) du territoire occupé par ses bases en cas de règlement de la crise.

Parlant à la presse, le ministre grec des Affaires étrangères a réaffirmé que la Grèce voulait la fin du régime des garanties et "le départ de l'armée" turque.

"Une équipe internationale sous la tutelle de l'Onu pourrait veiller à la mise en oeuvre" de ce départ, a dit M. Kotzias.

Il s'est par ailleurs félicité des "bonnes discussions dans un climat positif" et indiqué qu'une "équipe d'experts" allait être chargée de "préparer une réunion des ministres des Affaires étrangères le 23 janvier".

Tout accord devra être approuvé par les communautés grecque et turque à Chypre lors de deux référendums. Les négociateurs devront aboutir à un accord solide qui pourra être présenté aux populations car gagner "un référendum n'est pas un défi facile", a averti Antonio Guterres. En Colombie par exemple, le gouvernement et les rebelles avaient conclu un accord mettant fin à des décennies de conflit, rejeté par les citoyens en octobre lors d'un référendum.

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