Chine : une assemblée nationale du Parti communiste sur fond de tensions

07/03/16 à 12:30 - Mise à jour à 12:29

Source: Le Soir

Entre baisse de la croissance et tensions internes, le Parti communiste chinois s'est réuni ce weekend à Pékin pour évoquer ses grands défis de demain. Li Keqiang, Premier ministre, y a dévoilé son programme économique tout en critiquant la politique du Président Xi Jinping. Un bras de fer qui pourrait faire des dégâts.

Chine : une assemblée nationale du Parti communiste sur fond de tensions

Dans son discours devant l'Assemblée, Li Keqiang, Premier ministre, a promis de compléter pour 2020 l'introduction de la TVA universelle en Chine. © Belga

Avant même de débuter, les discussions au programme des 3 000 édiles du Parti s'annonçaient pour le moins tendues, en regard du contexte social qui sévit dans l'Empire du Milieu. Depuis plusieurs semaines, le Parti donne d'évidents signes de nervosité, partagé entre les grèves ouvrières qui se multiplient dans le pays (en réponse à des faillites récentes ou à des coupes abruptes dans les enveloppes de fin de mois) et une série de drames et scandales ayant émaillé l'actualité.

Des tensions qui, ce samedi, ont trouvé écho jusqu'aux plus hautes sphères de l'Etat, avec une surprise de taille. Dès l'ouverture des débats, le Premier ministre Li Keqiang, qui s'exprimait pour présenter les grandes lignes de son programme économique, s'est montré frileux sur les positions politiques défendues par son leader Xi Jinping. A propos de sujets comme la politique anti-corruption, menée depuis quatre ans par le Parti, ou l'obligation de fidélité des cadres envers le chef suprême, Li ne s'est guère attardé, préférant glisser de discrets appels à plus de démocratie. "Notre gouvernance devrait toujours être guidée par les voeux du peuple", a-t-il déclaré. Un pied de nez à l'attention de Jinping dont la conception du pouvoir est depuis longtemps d'inspiration maoïste, comme en témoigne sa récente campagne d'asservissement de la presse "au service de la propagande".

Une situation qu'a également dénoncé Wan Qishan, le patron de la police du parti, en publiant sur son site internet un article où il prend ses distances avec le président sans toutefois le nommer ; "la longévité des dynasties dépend de leur capacité à recevoir la critique", écrit-il.

Plus qu'une anecdote, ces deux interventions ont pris la forme de véritables incidents, qui, après des années d'une politique autoritaire et liberticide, symbolisent un fossé de plus en plus large entre les ambitions du leader chinois et plusieurs de ses cadres influents. Cette situation pourrait ne pas être sans conséquence puisque des rumeurs insistantes chuchoteraient en coulisse l'éviction prochaine de Li Keqiang en tant que Premier ministre, un poste qu'il est sensé occuper jusqu'en 2022.

Entre essoufflement et relance

Au chapitre économique, largement évoqué samedi par le chef de l'Exécutif, figure l'essoufflement inévitable de la croissance, qui devrait perdre "entre 6.5 et 7%" en 2016. Sur l'année écoulée, l'exercice s'est toutefois montré plus satisfaisant avec une hausse des investissements proche des 7% voulus par le Parti. L'objectif dorénavant pour la Chine est de poursuivre son vaste programme d'équipement et de travaux qui devrait s'étendre jusqu'en 2020. Budget prévu : 300 milliards d'euros dans la confection de nombreuses infrastructures comme des lignes de TGV, autoroutes, centrales nucléaires, barrages, etc.

Le Premier ministre a également fait part de son intention de miser sur la recherche, qui d'ici cinq ans recevra 5% du PIB, et l'environnement, avec des projets de reforestation et d'économie d'échelle sur les ressources naturelles.

Enfin, Li Keqiang souhaite relancer la consommation de la population, en supprimant notamment pour 70 milliards d'euros de taxes et en relocalisant 300 millions de personnes d'ici 2020, et ce de trois manières différentes. Soit dans les grandes villes, où ils bénéficieront d'un accès favorisé aux soins de santé et à l'éducation, soit dans leur village d'origine, avec de nouvelles installations, soit dans de nouvelles villes construites au centre et à l'ouest du pays.

Autant de promesses qui illustrent la volonté du parti communiste de reconquérir la confiance d'une population en proie au doute. Pour ce faire, les médias sont devenus depuis plusieurs semaines les relayeurs d'une campagne destinée à redorer l'image de Xi Jinping et de sa politique. Parmi les messages de soutien diffusés dans la presse, toujours plus muselée, sont même apparus des slogans populistes datant d'un autre âge comme "garder d'une main le fusil, de l'autre la plume".

Guillaume Alvarez

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