Ce qu'il faut retenir du discours de Juncker

13/09/17 à 14:54 - Mise à jour à 15:50

Source: Afp

Super-ministre européen des finances, politique commerciale conquérante, fermeté face à la Turquie: le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a livré mercredi ses priorités d'actions, à deux ans de la fin de son mandat.

Ce qu'il faut retenir du discours de Juncker

© Reuters

Voici les principaux points de son intervention "sur l'état de l'Union européenne" devant les eurodéputés à Strasbourg, parsemée de métaphores maritimes sur les "vents favorables" dont doit profiter l'Europe pour avancer.

- Super ministre -

M. Juncker s'est prononcé en faveur d'un super ministre européen des Finances et de l'Economie. Il s'agit d'une idée ancienne récemment reprise par le président français Emmanuel Macron.

Il a souhaité "que le commissaire (européen) chargé de l'Economie et des Finances devienne ce ministre" et qu'il soit aussi "le président de l'Eurogroupe (qui réunit les grands argentiers de la zone euro)". "Je n'ai pas de sympathie pour l'idée d'un Parlement spécifique de la zone euro", a-t-il en revanche précisé.

- Commerce international -

"Depuis l'an dernier, j'observe que nos partenaires du monde entier se pressent à notre porte pour conclure des accords commerciaux avec nous", s'est réjoui le président de l'exécutif européen, mais "il faudra que nous obtenions autant que ce que nous donnons".

M. Juncker veut ouvrir des négociations commerciales avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande qu'il souhaite conclure avant la fin de son mandat en 2019.

Après les polémiques qui ont entouré les précédentes tractations, la Commission publiera à l'avenir "l'intégralité des projets de mandat de négociation qu'elle présentera au Conseil".

- Investissements étrangers -

M. Juncker a aussi annoncé un "cadre" européen sur le contrôle des investissements étrangers dans l'UE pour protéger les secteurs stratégiques, qui répond principalement aux inquiétudes sur les acquisitions chinoises en Europe.

- Travailleurs détachés -

La Commission propose la création d'une "autorité commune" contrôlant la mise en oeuvre "partout" dans l'UE des dispositions encadrant le recours aux travailleurs détachés, aujourd'hui accusées de favoriser le dumping social.

"Il est absurde qu'il y ait une autorité bancaire qui veille à ce que les normes bancaires soient respectées (dans l'UE), mais qu'il n'y ait pas d'autorité commune du marché de l'emploi assurant la justice sur le marché intérieur. Nous la créerons".

- Cybersécurité et terrorisme-

"Les cyberattaques sont parfois plus dangereuses pour la stabilité des démocraties et des économies que les fusils et les chars", a mis en garde M. Juncker, qui propose la création d'une "Agence européenne de cybersécurité, pour mieux nous défendre contre ces attaques".

Pour renforcer la lutte anti-terroriste, la Commission suggère la création "d'une cellule européenne de renseignement chargée de veiller à ce que les données relatives aux terroristes et aux combattants étrangers soient automatiquement échangées entre les services de renseignement et la police".

M. Juncker veut par ailleurs que le futur parquet européen, spécialisé dans la lutte contre les fraudes au budget européen, soit aussi chargé "de poursuivre les auteurs d'infractions terroristes transfrontalières".

- Turquie -

"J'adresse aujourd'hui un appel aux responsables en Turquie, libérez nos journalistes et pas seulement les nôtres, cessez d'insulter nos Etats membres, nos chefs d'Etat et de gouvernement en les traitant de fascistes et de nazis", a asséné M. Juncker.

Il a exclu "une adhésion de la Turquie à l'UE dans un avenir proche", mais n'a toutefois pas plaidé pour une rupture des négociations d'adhésion, telle que demandée récemment par la chancelière allemande Angela Merkel.

- Migration -

M. Juncker a indiqué que la Commission présenterait "avant la fin du mois" des "propositions centrées sur les retours (les renvois de migrants irréguliers, ndlr), la solidarité avec l'Afrique et l'ouverture de voies de migration légales", notamment par des réinstallations de réfugiés depuis l'Afrique.

"Nous devons aussi et de toute urgence améliorer les conditions de vie des réfugiés en Libye", a prôné le chef de l'exécutif européen. "Je suis atterré par les conditions inhumaines qui prévalent dans les centres de rétention ou d'accueil", a-t-il ajouté, estimant que "l'Europe a une responsabilité collective" à ce sujet.

Le chef de l'exécutif a par ailleurs rendu un hommage appuyé à l'Italie "qui sauve l'honneur de l'Europe en Méditerranée".

- Espace Schengen -

"Si nous voulons renforcer la protection de nos frontières extérieures, nous devons laisser la Bulgarie et la Roumanie rejoindre immédiatement l'espace Schengen" de libre-circulation, a dit le président de la Commission, plaidant aussi pour que la Croatie en devienne "un membre à part entière, une fois qu'elle en remplira tous les critères".

- Super président -

Sur le plan institutionnel, M. Juncker a proposé de fusionner à l'avenir son poste avec celui de Donald Tusk, président du Conseil européen, dont le rôle est de regrouper les 28 chefs d'Etat de l'Union européenne.

- "Tragique" Brexit -

M. Juncker n'a que brièvement évoqué le Brexit, qualifié de "triste et tragique".

"Le 30 mars 2019, nous serons une Union à 27, je propose que nous nous y préparions bien", a-t-il rappelé, proposant d'organiser "un sommet spécial en Roumanie, le 30 mars 2019", afin "de prendre les décisions nécessaires à la construction d'une Europe plus unie, plus forte et plus démocratique".

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