Burundi: Putsch avorté, le retour de Nkurunziza et l'exil de 100.000 Burundais

15/05/15 à 16:56 - Mise à jour à 19:53

Source: Belga

Le président burundais Pierre Nkurunziza, sorti vendredi victorieux d'une tentative de coup d'Etat, a remercié les forces de défense et de sécurité pour leur "efficacité" et leur "rapidité" à "stopper" le putsch et annoncé la réouverture des frontières du pays.

Burundi: Putsch avorté, le retour de Nkurunziza et l'exil de 100.000 Burundais

© Reuters

Le président burundais Pierre Nkurunziza, sorti vendredi victorieux d'une tentative de coup d'Etat, a remercié les forces de défense et de sécurité pour leur "efficacité" et leur "rapidité" à "stopper" le putsch et annoncé la réouverture des frontières du pays. "A l'occasion de ce jour mémorable, nous voulons remercier du fond du coeur les corps de défenses et de sécurité pour l'efficacité et la rapidité dont ils ont fait preuve pour stopper le projet macabre de détruire les institutions démocratiquement élues", a-t-il dit dans un discours publié sur le site de la présidence en kirundi, la langue nationale, et qui devait aussi être diffusé sur la radio et télévision nationale. "Nous annonçons à la population et la communauté internationale que toutes les frontières du pays sont ouvertes et sont sous bonne garde et que la vie est redevenue normale", a-t-il ajouté.

Le chef de l'Etat a aussi établi un lien entre le groupe de putschistes et les "soulèvements en cours", une référence aux manifestations d'opposants à sa candidature à un troisième mandat présidentiel qui ont immédiatement repris après l'échec du putsch. "Il est évident que les soulèvements en cours sont liés au groupe qui voulait renverser les institutions", a-t-il poursuivi, demandant "avec force que le soulèvement soit arrêté immédiatement et que ceux qui ont des doléances à présenter passent par la voie du dialogue et de la concertation et non par la voie de la violence".

Pierre Nkurunziza

Pierre Nkurunziza © Reuters

La tentative de coup d'Etat lancée mercredi par le général Godefroid Niyombare s'est soldée vendredi par un échec, la reddition de certains des meneurs et la fuite d'autres. "Nous avons décidé de nous rendre. J'espère qu'ils ne vont pas nous tuer", a eu le temps de glisser par téléphone à un journaliste de l'AFP le chef des putschistes, le général Godefroid Niyombare, alors que des soldats pro-Nkurunziza l'approchaient. Le chef des putschistes est cependant parvenu à prendre la fuite, selon un officier supérieur de la police. "Nos forces sont en train de le rechercher pour l'arrêter", a assuré cet officier, en confirmant les arrestations de trois autres responsables de la tentative de coup d'Etat de mercredi, dont le porte-parole des putschistes, le commissaire de police Zénon Ndabaneze, et le numéro deux du mouvement, le général Cyrille Ndayirukiye, qui avait annoncé dès jeudi soir l'échec du coup d'Etat. Alors que les forces restées fidèles au président Nkurunziza traquaient les putschistes à Bujumbura, l'officier a garanti qu'il n'y aurait "pas de bavure": "nous n'allons pas les tuer, nous voulons les arrêter pour qu'ils soient jugés".

Dès vendredi matin, les manifestations d'opposition à un troisième mandat du président Nkurunziza, qui avaient été interrompues au lancement de la tentative de putsch mais dont Bujumbura avait été presque quotidiennement le théâtre depuis la désignation du chef de l'Etat comme le candidat du parti au pouvoir Cndd-FDD au scrutin du 26 juin, avaient repris dans la capitale.

100.000 exilés

Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) s'est inquiété vendredi de la fuite massive des Burundais, plus de 100.000 étant arrivés dans les pays voisins depuis le début des troubles pré-électoraux. En une semaine, ce chiffre a plus que doublé, puisque vendredi dernier le HCR avait comptabilisé plus de 50.000 réfugiés depuis début avril. Au total, près de 70.200 réfugiés ont fui en Tanzanie, alors qu'ils n'étaient encore que quelque 17.700 il y a une semaine.

Par ailleurs, environ 26.300 personnes sont entrées au Rwanda et près de 9.200 dans la province du Sud-Kivu en République démocratique du Congo (RDC), a indiqué le HCR. "En Tanzanie, le nombre de nouvelles arrivées a fortement augmenté au cours des derniers jours", a déclaré une porte-parole du HCR, Karin de Gruijl, lors d'un point de presse à Genève. Plus de 50.000 Burundais réfugiés dans ce pays se trouvent à Kagunga, sur les bords du lac Tanganyika (lac qui baigne le Burundi et la Tanzanie), a-t-elle poursuivi, citant des chiffres donnés par les autorités tanzaniennes. "Il y a des rapports indiquant qu'au moins 10.000 personnes attendent de traverser la frontière pour la Tanzanie", a-t-elle ajouté.

La porte-parole a expliqué que les conditions de vie des réfugiés à Kagunga sont devenues très dures, en raison notamment d'un manque d'eau potable, de latrines et d'abris. Les services de santé sont par ailleurs submergés. Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme de l'ONU, Zeid Ra'ad Al Hussein, a indiqué pour sa part vendredi que les Nations Unies étaient "profondément préoccupées par la situation extrêmement tendue au Burundi", et mis en garde contre le risque réel que le pays s'enfonce encore dans le chaos. "Nous recevons des messages alarmants de défenseurs des droits de l'homme et de journalistes qui craignent pour leur sécurité", a-t-il dit, exhortant les autorités à "garantir qu'il n'y aura pas de représailles illégales" après ce coup d'Etat avorté.

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