Burundi: à nouveau de violents affrontements

05/05/15 à 07:32 - Mise à jour à 07:32

Source: Belga

La police burundaise a tiré à balles réelles lundi contre les manifestants opposés à un troisième mandat de Pierre Nkurunziza, faisant quatre morts, alors que Washington a dénoncé la candidature du chef de l'Etat à la présidentielle de juin. Par ailleurs, le vice-président de la Cour constitutionnelle du Burundi, appelée à se prononcer dans les jours qui viennent sur la légalité d'un nouveau mandat du président Nkurunziza, a fui le pays lundi pour ne pas céder aux "pressions" exercées sur la Cour afin qu'elle valide cette candidature.

Burundi: à nouveau de violents affrontements

© Reuters

Le Burundi est entré lundi au neuvième jour d'une virulente contestation contre la candidature, à la présidentielle du 26 juin du président Nkurunziza, élu en 2005 et réélu en 2010. Les opposants à cette candidature estiment qu'elle est contraire à la Constitution et à l'Accord d'Arusha de 2000 qui a ouvert la voie à la fin de la guerre civile burundaise (1993-2006) et a posé les bases des actuelles institutions.

La Constitution, comme l'Accord d'Arusha, limitent à deux le nombre de mandats présidentiels. Mais les partisans du chef de l'Etat estiment que le premier mandat de M. Nkurunziza, élu par le Parlement en 2005 comme premier président de l'après-transition, au titre d'un article transitoire de la Constitution, n'entre pas dans le champ de l'article 96 qui prévoit l'élection au suffrage direct et stipule que le mandat présidentiel n'est renouvelable qu'une fois.

Burundi: un juge de la Cour constitutionnelle fuit le pays après des "pressions"

M. Nimpagaritse a assuré qu'une majorité des sept juges de la Cour estimaient inconstitutionnelle la candidature de M. Nkurunziza, mais que ceux-ci avaient subi "d'énormes pressions et même des menaces de mort" pour changer d'avis. Le vice-président de la Cour constitutionnelle du Burundi, appelée à se prononcer dans les jours qui viennent sur la légalité d'un nouveau mandat du président Pierre Nkurunziza, a fui le Burundi lundi pour ne pas céder aux "pressions" exercées sur la Cour afin qu'elle valide cette candidature. Lors d'un entretien qui s'est déroulé au Burundi, avant qu'il ne quitte le pays, Sylvère Nimpagaritse a assuré que les juges de la Cour s'étaient vu pressés, par de hauts responsables qu'il a refusé de nommer, de signer un arrêt "imposé de l'extérieur", validant la candidature du président sortant. "En mon âme et conscience, j'ai décidé de ne pas apposer ma signature sur un arrêt, une décision qui carrément est à côté de la loi et qui a été imposée de l'extérieur, qui n'a rien de juridique", a expliqué à l'AFP M. Nimpagaritse, qui se trouve depuis lundi à l'étranger ont confirmé des proches.

Quatre manifestants tués, Washington hausse le ton contre Nkurunziza

La police burundaise a tiré à balles réelles lundi contre les manifestants opposés à un troisième mandat de Pierre Nkurunziza, faisant quatre morts, alors que Washington a dénoncé la candidature du chef de l'Etat à la présidentielle de juin.

Depuis Nairobi, où il effectue une visite officielle, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a jugé que cette candidature allait "à l'encontre de la Constitution" burundaise, et espéré que Pierre Nkurunziza pourrait encore renoncer d'ici au scrutin. Lundi, la Croix-Rouge burundaise a comptabilisé trois morts et 46 blessés. Mais "un quatrième manifestant a succombé à ses blessures", a déclaré une figure de la société civile en pointe dans le mouvement contestataire, le défenseur des droits de l'Homme Pierre Claver Mbonimpa. Depuis le début des manifestations le 26 avril, treize personnes ont été tuées: dix protestataires, deux policiers et un soldat.

Après deux jours de trêve, les manifestants sont de nouveau descendus lundi par groupes de plusieurs centaines de personnes dans les rues de quartiers périphériques de Bujumbura, où la police tente de les cantonner pour les empêcher de faire une démonstration de force au centre-ville. Plusieurs dizaines de manifestants, rapidement dispersés par la police, ont malgré tout réussi pour la première fois à gagner la place de l'Indépendance en plein centre. La police a lancé des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes mais aussi tireé à balles réelles, parfois sans sommation, contre les manifestants dans au moins deux quartiers de la capitale, Musaga. Des journalistes ont vu plusieurs manifestants blessés par balles, et également des policiers touchés par des jets de pierre. Les divisions sur le troisième mandat se retrouvent jusqu'au sein des forces de l'ordre, surtout l'armée, qui depuis le début des manifestations interdites par le gouvernement a joué la neutralité sur le terrain. Le ministre de la Défense, le général Pontien Gaciyubwenge, a demandé que cessent "les atteintes aux droits" constitutionnels des Burundais, une allusion semble-t-il à celui de manifester pacifiquement. Mais le chef d'état-major, le général Prime Niyongabo, proche de M. Nkurunziza, a garanti que les militaires resteraient loyaux aux autorités. L'armée, dont l'attitude reste la grande inconnue si la situation devait dégénérer, a, comme la police, été reconstituée au sortir de la guerre civile. Aux termes de l'accord d'Arusha, chacun des deux corps est censé respecter une parité ethnique dans ses rangs, dans un pays très majoritairement peuplé de Hutu. L'armée, qui passe pour mieux respecter cette contrainte, est considérée comme plus neutre et mieux respectée par la population qu'une police jugée aux ordres du pouvoir.

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