Burkina Faso: un groupe d'officiers annonce un "nouvel organe de transition"

31/10/14 à 14:25 - Mise à jour à 21:55

Source: Belga

Un groupe d'officiers burkinabè a annoncé vendredi la mise en place prochaine "d'un nouvel organe de transition" pour un retour le plus rapide possible à l'ordre constitutionnel, demandant le soutien de la communauté internationale.

Burkina Faso: un groupe d'officiers annonce un "nouvel organe de transition"

Blaise Compaore © Belga

Cette déclaration intervient quelques heures après et contredit l'annonce par le chef d'état-major de l'armée, le général Nabéré Honoré Traoré, qu'il assumait les fonctions de "chef de l'Etat" à la suite de la démission du président Blaise Compaoré. "Nous, forces vives de la Nation, (...) à la demande du peuple burkinabè, avons décidé que la Constitution du 2 juin 1991 est suspendue", affirme le texte signé du lieutenant-colonel Isaac Yacouba Zida, n°2 de la garde présidentielle.

"Un organe de transition sera mis en place en accord avec toutes les forces vives de la Nation en vue d'organiser une transition encadrée pour un retour à une vie constitutionnelle normale", expliquent ces officiers dans un communiqué. "La composition de cet organe consensuel de transition, ainsi que sa durée que nous souhaitons la plus brève possible, seront déterminées (...) dans les plus brefs délais possibles", ajoute le texte.

Les mêmes officiers "sollicitent l'accompagnement de la communauté internationale pour un retour rapide" à l'ordre constitutionnel, et assurent que les "engagements" pris par l'Etat burkinabè seront "respectés". "Nous appelons l'ensemble des forces vives à rester calmes, à nous faire confiance", souligne le texte, qui appelle également les "Forces de défense et de sécurité à prendre toutes les dispositions pour assurer la sécurité des biens et des personnes", alors que les scènes de pillages se multiplient.

Un autre communiqué, également signé par le lieutenant-colonel Zida, fait état de "la fermeture des frontières aériennes et terrestres" du pays.

Le général Traoré "assumera" la fonction présidentielle ?

Le chef d'état-major de l'armée burkinabè, le général Nabéré Honoré Traoré, avait annoncé dans un communiqué qu'il "assumera" les "responsabilités de chef de l'Etat", après le départ du pouvoir du président Blaise Compaoré.

L'officier supérieur affirme agir "conformément aux dispositions constitutionnelles". "L'engagement est pris de procéder sans délai à des consultations avec toutes les forces vives de la nation en vue du processus devant aboutir au retour à une vie constitutionnelle normale", a-t-il annoncé, ajoutant "prendre acte de la démission" du président Compaoré.

"Les forces de défense et de sécurité prendront toutes les dispositions nécessaires qui s'imposent pour assurer la sécurité des personnes et des biens sur toute l'étendue du territoire national", a également prévenu le général Traoré.

"Honoré Traoré démission"

Cette annonce va à l'encontre de la volonté de dizaines de milliers de manifestants, qui alors qu'ils manifestaient vendredi matin devant l'état-major pour réclamer l'aide de l'armée contre Blaise Compaoré, s'étaient formellement prononcés contre le général Traoré, considéré comme trop proche du chef de l'Etat sortant.

Le slogan "Honoré Traoré démission" alternait ainsi avec celui de "Blaise dégage" et surtout "Kouamé Lougué au pouvoir", du nom d'un général en retraite, ancien ministre de la Défense et chef d'état-major des armées, qui bénéficie d'un fort capital de sympathie au sein de la population.

"Nous ne souhaitons pas que le général Traoré soit aux affaires. Il faut quelqu'un de valable. Traoré est l'homme de main de Blaise Compaoré", avait accusé Monou Tapsoaba, un militant du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP - opposition).

A l'inverse, le général Lougué, dont le nom avait déjà été scandé par une foule importante jeudi, est "un homme intègre", "qui ne mâche pas ses mots", un "homme exemplaire au plan militaire", avait estimé M. Tapsoaba. Kouamé Lougué, qui a rencontré jeudi les plus hauts gradés de l'armée, aurait été écarté par ces derniers, ont indiqué des sources militaires.

Compaoré a quitté le pouvoir

Après 27 ans à la tête du pays, le président du Burkina Blaise Compaoré a annoncé vendredi qu'il quittait le pouvoir, dans un communiqué lu sur une télévision locale.

"Dans le souci de préserver les acquis démocratiques, ainsi que la paix sociale (...), je déclare la vacance du pouvoir en vue de permettre la mise en place d'une transition devant aboutir à des élections libres et transparentes dans un délai maximal de 90 jours", selon le texte du communiqué, lu par une journaliste à l'antenne de la télévision BF1.

"A partir de ce jour, Blaise Compaoré n'est plus au pouvoir", avait d'abord lancé peu avant 12h30 locales (13h30 heure belge) le colonel Boureima Farta, hissé sur les épaules de militaires. L'officier était venu, à pied et sous escorte, depuis l'état-major des armées, tout proche de la place de la Nation, où les manifestants ont afflué dans la matinée.

Pillages dans le quartier des ministères

Par ailleurs, des pillages étaient en cours vendredi dans le quartier des ministères à Ouagadougou, quelques heures après la démission du président Blaise Compaoré.

De nombreux hommes, poussant des charrettes à bras, étaient visibles avenue de l'Indépendance, l'un des principaux axes de la capitale, que bordent l'Assemblée nationale, incendiée jeudi, et de nombreux ministères ou directions administratives. Fenêtres arrachées aux bâtiments, portes, tables, chaises, climatiseurs... tout a été méthodiquement raflé et circule à présent dans les rues.

"Nous ne sommes pas des voleurs. Nous ne faisons que récupérer ce que le clan Compaoré nous a volé", s'est justifié un pillard.

Les forces de l'ordre interviennent rarement. "Il y a des pillages depuis (vendredi) matin, a confirmé un gendarme. On fait des patrouilles pour vérifier. Parfois, nous demandons aux gens de tout laisser, et ils le font". Aucune instruction n'a pour l'instant été communiquée aux gendarmes pour stopper ces vols à grande envergure, a-t-il révélé.

Jeudi, des domiciles de plusieurs personnalités du régime Compaoré avaient été saccagés ou brûlés dans la capitale ou à Bobo Dioulasso, la seconde ville du pays.

Des commerçants proches du président déchu ou de son frère François ont été particulièrement visés. Plus rien ne restait jeudi soir dans un magasin d'électroménager dont le propriétaire était connu pour ses liens avec la famille de l'ex-chef de l'Etat.

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