Burkina Faso: "Pour la première fois depuis 50 ans, il y a une incertitude électorale"

29/11/15 à 09:49 - Mise à jour à 13:30

Source: Belga

Cinq millions d'électeurs doivent voter dimanche lors de la première présidentielle depuis la chute il y a un an du régime de Blaise Compaoré, resté 27 ans à la tête du Burkina Faso, à l'histoire marquée par les coups d'Etat.

Burkina Faso: "Pour la première fois depuis 50 ans, il y a une incertitude électorale"

Blaise Compaore © Belga

Ce scrutin, couplé à des législatives, doit tourner la page de la transition politique mise en place après l'insurrection populaire qui a chassé fin 2014 Blaise Compaoré, qui tentait de modifier la Constitution pour pouvoir briguer un nouveau mandat.

"Pour la première fois depuis 50 ans, il y a une incertitude électorale, on ne connaît pas le vainqueur à l'avance", analyse Abdoulaye Soma, président de la Société burkinabè de droit constitutionnel, qui pronostique un taux de participation supérieur aux scores habituels lors des élections de l'ère Compaoré (autour de 50%).

Les bureaux de vote ouvrent à 06H00 (locale et GMT) et ferment à 18H00. Les résultats provisoires devraient être annoncés lundi soir, selon la Commission électorale.

Prévues le 11 octobre, ces élections avaient été reportées au 29 novembre en raison du coup d'Etat manqué du 17 septembre, mené par un ancien bras droit de l'ex-président Compaoré, le général Gilbert Diendéré, qui a depuis été arrêté.

La mobilisation populaire a mis le putsch en échec et l'attente est désormais grande dans ce pays pauvre d'Afrique de l'Ouest d'un peu moins de 20 millions d'habitants, qui espère voir ces élections ouvrir une longue ère démocratique. Quatorze candidats sont en lice pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois.

Aucun membre de la transition politique - président et ministres - qui a succédé au régime Compaoré n'est autorisé à participer à cette élection.

C'est la première fois depuis le début des années 1980 que M. Compaoré sera physiquement absent d'une élection à enjeu national. Son mouvement, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), qui fonctionnait jadis comme un parti-Etat remportant tous les scrutins, ne sera pas non plus représenté à la présidentielle, en vertu d'une loi interdisant aux pro-Compaoré ayant soutenu le projet de révision constitutionnelle de briguer des mandats électoraux.

Le CDP présente toutefois des candidats aux législatives et pourrait réaliser un beau score. L'ombre du "Beau Blaise", exilé en Côte d'Ivoire voisine, planera donc sur cette campagne.

Sept des 14 candidats à la présidentielle ont été plus ou moins des compagnons et des barons du régime déchu.

Roch Marc Christian Kaboré et Zéphirin Diabré, considérés comme les deux favoris, sont d'anciens ministres.

Le premier est resté avec M. Compaoré pendant 26 ans, occupant les prestigieux postes de Premier ministre et de président de l'Assemblée nationale. Il a aussi été patron du CDP avant de tomber en disgrâce, quittant le parti 10 mois avant la chute du régime.

Quant à M. Diabré, même s'il a quitté le pays pendant de nombreuses années pour travailler dans le privé, il doit une grande partie de sa carrière à l'ex-président. "J'ai quitté les affaires de l'Etat en 1997. Je suis passé par le sas de décontamination!", a-t-il dit, soulignant qu'il a été le chef de file de l'opposition jusqu'à la chute du régime.

La plupart des candidats, dont deux femmes, se posent en représentants du "changement".

Environ 25.000 membres des forces de l'ordre ont été déployés pour sécuriser l'élection dans ce pays à majorité musulmane, qui a été touché pour la première fois de son histoire par le djihadisme en 2015. Plusieurs attaques, dont la plus spectaculaire a coûté la vie à trois gendarmes et un civil en octobre, se sont produites près de la frontière avec le Mali, ébranlé le 20 novembre par l'attaque sanglante d'un grand hôtel à Bamako (21 morts).

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