Bulgarie: Malgré son inexpérience, Radev remporte la présidentielle, et provoque la démission du Premier ministre

13/11/16 à 21:02 - Mise à jour à 21:18

Source: Afp

Roumen Radev, 53 ans, facilement élu président de Bulgarie dimanche, s'est imposé malgré son inexpérience politique mais en plaidant pour un rapprochement avec la Russie, après une carrière au sommet des forces armées. Le Premier ministre bulgare Boïko Borissov a annoncé dimanche sa démission après l'échec de la candidate de la majorité conservatrice.

Roumen Radev

Roumen Radev © Reuters

Jusqu'à cet été, le futur président Radev était encore le général Radev, commandant de l'armée de l'air, quasi inconnu du grand public.

Il était crédité dimanche d'une large victoire avec près de 60% des suffrages, selon les décomptes effectués par deux instituts de sondage sur la quasi totalité des voix, contre un peu plus de 35% à son adversaire soutenue par le Premier ministre conservateur Boïko Borissov.

Le général Radev a débarqué en politique à l'occasion de la campagne présidentielle où les socialistes (PSB, ex-communiste) ont créé un comité pour lancer sa candidature, présentée comme indépendante, afin de battre la majorité.

Grand, impassible, le crâne dégarni, il a créé la surprise en devançant sa rivale Tsetska Tsatcheva dès le premier tour, après avoir notamment convaincu les Bulgares qu'il défendrait une "position active" et "pas docile" du pays au sein de l'UE et de l'Otan.

La Bulgarie étant une république parlementaire, c'est le gouvernement qui définit la politique étrangère, mais le président a des fonctions représentatives à l'international.

M. Radev a clairement pris position en faveur d'une levée des sanctions européennes contre la Russie.

A très court terme, sa première mission devrait être de mener le pays à des législatives anticipées quasi inévitables après la démission du Premier ministre conservateur Boïko Borissov démissionne.

Le général Radev s'est vu affublé par le parti de M. Borissov (Gerb - "Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie") du sobriquet de "général rouge", dont l'élection ouvrirait la voie à un retour au pouvoir du parti socialiste aux sympathies pro-russes.

"Pro bulgare"

La moitié des Bulgares croient qu'il sera un président "autonome", selon un sondage de l'institut Alpha Research.

"Je ne le classerais pas comme pro ou anti Russe. Il a dit très clairement qu'il défendrait la Bulgarie avant tout, faisons-lui confiance", a confié dimanche à l'AFP Svetla Boneva, 58 ans, une électrice de Sofia.

Un ex-ambassadeur bulgare à Moscou, Ilian Vassilev, connu pour ses critiques envers le Kremlin, affirme que le PSB a coordonné avec la Russie la candidature de M. Radev.

"L'appartenance de la Bulgarie à l'UE et à l'OTAN n'a pas d'alternative, ça ne signifie pas que nous devons nous déclarer ennemis de la Russie", a notamment affirmé le général Radev, qui dit encore que "la Crimée est ukrainienne en droit, mais de facto russe".

Pour faire taire les critiques sur ses supposées sympathies pro-russes, il rappelle sa formation au Maxwell College des forces aériennes des Etats-Unis et sa participation, en tant que commandant des forces aériennes, à la planification d'exercices de l'Otan. "Je ne suis ni pro russe, ni pro américain, mais pro bulgare", déclare cet ancien pilote de MiG, le chasseur soviétique.

En février dernier, il s'était opposé au parlement bulgare qui avait autorisé la participation d'avions de l'Otan à la protection de l'espace aérien national, faute d'équipements suffisamment modernes. Une "humiliation" pour le pays, selon le général Radev.

Sur la question migratoire, qui fut au centre de la campagne présidentielle, le général Radev plaide pour le maintien d'une ligne intransigeante à l'égard des migrants.

"Nous sommes obligés d'aider les réfugiés, mais les migrants d'Afghanistan et du Pakistan doivent être renvoyés. Sauf si nous voulons suivre l'exemple de la France, de la Belgique et de l'Allemagne pour avoir leurs problèmes d'intégration", a-t-il déclaré..

Divorcé et récemment remarié, il a deux enfants de son premier mariage.

Boïko Borissov

Boïko Borissov © Reuters

"Demain ou après demain, au premier jour ouvrable du parlement, je déposerai ma démission", a déclaré à la presse le chef du gouvernement au pouvoir depuis octobre 2014 et dont le mandat allait jusqu'en 2018. "Les résultats montrent clairement que la coalition au pouvoir n'a pas de majorité", a-t-il ajouté.

Boïko Borissov, 57 ans, seul chef de gouvernement de la Bulgarie post-communiste à avoir accompli deux mandats, avait fait de ce scrutin un test et mis son mandat en jeu.

"Nous avons déployé d'énormes efforts mais dans cette situation, il est difficile de gouverner, a-t-il constaté dimanche, jugeant impossible "de mener des réformes, faire passer le budget".

L'opposant socialiste Rouman Radev a largement remporté la présidentielle avec près de 60% des suffrages, selon les décomptes effectués par deux instituts de sondage sur la quasi totalité des voix, contre un peu plus de 35% à la candidate du Premier ministre Tsetska Tsatcheva.

Son départ devrait entraîner des législatives anticipées, dans le cas, probable, où la majorité ne parvienne pas mettre sur pied un nouvel exécutif.

C'est la deuxième fois que Boïko Borissov termine son mandat sur une démission. En février, alors au pouvoir depuis 2009, il avait jeté l'éponge devant une vague de manifestations contre la corruption et la pauvreté.

Il avait ensuite été réélu fin 2014.

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