Brusque accès de tension entre Israël et Iran sur le théâtre syrien

10/05/18 à 09:08 - Mise à jour à 09:07

Source: Afp

Les tensions entre Israël et l'Iran autour du théâtre syrien ont connu un brusque accès jeudi matin avec, pour la première fois, des tirs de roquettes directement attribués à l'Iran vers des positions israéliennes, provoquant une vigoureuse riposte de l'Etat hébreu en Syrie.

Brusque accès de tension entre Israël et Iran sur le théâtre syrien

Image d'illustration. © REUTERS

Après des semaines de crispations grandissantes, les premières lignes militaires sur la partie du Golan occupé par Israël ont essuyé un barrage d'une vingtaine de projectiles et roquettes déclenché selon l'armée israélienne par les forces iraniennes de l'autre côté de la ligne de démarcation en Syrie.

Les tirs n'ont pas fait de victimes et ont causé des dégâts limités selon l'armée israélienne, mais l'armée a déclenché "une action contre des objectifs iraniens en Syrie", a dit un de ses porte-parole, Avichae Adrae, sur Twitter.

"Toute intervention syrienne pour contrer cette action sera sévèrement réprimée", a-t-il prévenu.

Un correspondant de l'AFP a rapporté de fortes détonations à Damas. La télévision a retransmis en direct des images de la capitale syrienne montrant des projectiles lumineux dans le ciel et plusieurs missiles détruits selon elle par les systèmes anti-aériens syriens.

Des échanges nourris de projectiles, qui auraient commencé dès mercredi soir, ont été rapportés de part et d'autre de la ligne de démarcation.

Certains missiles israéliens ont touché des bases militaires ainsi qu'un dépôt d'armes et un radar militaire, a rapporté l'agence officielle syrienne Sana sans préciser leurs emplacements. Les batteries anti-aériennes syriennes ont abattu des dizaines de missiles israéliens, a-t-elle affirmé.

Accès de fièvre ou escalade ?

Rien ne permettait de dire si ces évènements constituaient simplement un accès de fièvre plus fort que les autres, ou s'ils marquaient le début d'une escalade redoutée depuis des semaines, dans un contexte d'animosité à la suite de plusieurs opérations attribuées à l'armée israélienne contre des intérêts iraniens en Syrie.

Ces tensions ont encore été avivées par les incertitudes autour de l'accord nucléaire conclu en 2015 par les grandes puissances avec l'Iran et dénoncé mardi soir par le président américain Donald Trump.

Israël se tenait prêt depuis des semaines à de possibles représailles iraniennes venues de Syrie, et attendues sous la forme probable de tirs de missiles.

C'est la première fois depuis le début de la guerre en 2011 et de l'engagement iranien en Syrie qu'Israël impute de telles frappes à l'Iran. Israël reste officiellement en état de guerre avec la Syrie. Le régime de Bachar al-Assad est par ailleurs soutenu militairement par deux des bêtes noires d'Israël, l'Iran et le Hezbollah libanais.

Les projectiles iraniens ont été tirés de la partie syrienne du Golan peu après minuit (mercredi 21h00 GMT) par les hommes de la brigade iranienne al-Qods, a dit à des journalistes le porte-parole de l'armée, le lieutenant-colonel Jonathan Conricus.

La brigade al-Qods est chargée des opérations extérieures des Gardiens de la révolution, l'armée d'élite du régime iranien.

Certains des projectiles ont été interceptés par les systèmes de défense antimissiles israéliens, a-t-il dit.

"L'armée israélienne considère cette attaque iranienne contre Israël avec une très grande sévérité", a-t-il dit.

Consignes à la population

"Il est demandé à la population de rester attentive aux instructions délivrées" par le commandement, a indiqué l'armée dans un communiqué séparé, précisant qu'aucune instruction particulière n'avait été donnée en dehors de celles diffusées mardi soir.

L'armée avait alors demandé aux autorités de rouvrir et de préparer les abris.

Israël était sur le qui-vive depuis des semaines face à de possibles représailles iraniennes.

Mardi soir, un dépôt d'armes iranien près de Damas avait été la cible d'une frappe qui a tué 15 combattants pro-régime étrangers, dont huit Iraniens, selon une ONG, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). L'opération, la troisième du genre en un mois, a de nouveau été imputée à Israël par le régime syrien.

Avant cette opération et au moment où M. Trump se préparait à annoncer le retrait des Etats-Unis de l'accord nucléaire, l'armée israélienne annonçait avoir repéré des activités iraniennes "inhabituelles" en Syrie et avoir placé ses forces en état d'alerte dans le Golan.

Israël s'alarme de l'expansion iranienne dans la région et ne cesse de proclamer qu'il ne permettra pas à la République islamique de se servir de la Syrie comme tête de pont contre lui.

Israël se considère aussi comme la cible désignée d'un Iran qui serait doté de l'arme nucléaire, et a mené de front ces dernières années les opérations militaires en Syrie et une campagne de tous les instants contre l'accord nucléaire.

Israël a annexé en 1981 la partie du Golan (1.200 kilomètres carrés) qu'il occupait depuis 1967 et la guerre des Six Jours. Cette annexion n'est pas reconnue par la communauté internationale, qui considère toujours le territoire comme syrien. Environ 510 kilomètres carrés restent sous contrôle syrien.

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