Birmanie : Total et consorts incriminés par une ONG

05/07/10 à 18:03 - Mise à jour à 18:03

Source: Le Vif

L'ONG américaine EarthRights International (ERI) a publié son rapport annuel. L'édition 2010, ré-insiste sur les violations récurrentes des droits de l'homme autour de l'exploitation du gazoduc Yadana. ERI va même plus loin. La compagnie pétrolière Total et d'autres auraient contribué au renforcement des moyens financiers de la junte birmane, elle-même avide de déploiement nucléaire.

Birmanie : Total et consorts incriminés par une ONG

© Belga

Yadana signifie "trésor" dans la langue locale. Ce gazoduc a un tel potentiel que dès 1992, de grandes compagnies d'hydrocarbures s'y implantent. Total, Chevron (Etats-Unis) et PTTEP (Thaïlande) passent donc un accord avec la compagnie locale Myanmar Oil and Gas Enterprise. Total et Chevron mises ensemble détiennent et exploitent 60% du champ gazier. La Thaïlande est leur plus gros client.

Seul bémol, la sécurité du site est assurée par les forces militaires reconnues pour leur caractère despotique. Travail forcé, expropriations non-dédommagées, exécutions sommaires rythment le quotidien des birmans de la région.

Total a déjà, par le passé, manifesté son opposition au travail forcé. En acceptant de coopérer avec l'Organisation Internationale du Travail (OIT), en 2009, Total avait marqué des points auprès de l'ONG. Le but était de faciliter la transmission et le traitement des plaintes des victimes autochtones.

Mais 12 mois plus tard, l'OIT birman, confie ne jamais avoir enregistré une seule plainte du genre. La raison ? Une pratique officieuse reste courante. Les compagnies dédommagent directement les travailleurs lésés. Un emplâtre sur une jambe de bois qui ne leur permet pas de jouir de leurs droits judiciaires.


Total renforce indirectement la junte

L'IRE fait aussi état de sommes d'argent importantes perçues par le régime militaire oppresseur provenant des compagnies exploitantes. "Entre 1998 et 2009, 4,599 milliards de dollars aurait été encaissés par la junte birmane dont 915 millions en nature sous forme de gaz naturel à usage local, le reste ayant été versé en liquide. Yadana est la principale source de revenus d'une dictature militaire notoirement répressive" acène l'ONG. Elle demande donc que les transactions financières de ces dernières années soient rendues publiques. Des appels répétés qui restent jusqu'à présents vains.

La junte serait par ce biais devenue solvable sur ces dix années écoulées. Peu de chance qu'elle laisse dormir ses deniers sous le matelas. L'IRE craint qu'elle ne se dote d'un arsenal nucléaire. Aucune preuve à ce propos n'est par contre avancée par l'association.

Eve Boidron

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