Berlusconi sur le point de démissionner ?

07/11/11 à 12:44 - Mise à jour à 12:44

Source: Le Vif

Lâché par plusieurs députés de sa majorité, Silvio Berlusconi pourrait démissionner dès lundi.

Berlusconi sur le point de démissionner ?

© Belga

Sa majorité prend l'eau, des dizaines de manifestants demandent sa démission, l'économie de son pays est surveillée de près par l'UE et le FMI, des votes cruciaux l'attendent cette semaine... Non, nous ne parlons pas du Premier ministre grec Georges Papandréou, dont la démission est attendue dans les heures ou les jours à venir. Il s'agit cette fois de son homologue italien, Silvio Berlusconi.

Des rumeurs courent sur une possible démission du Cavaliere, qui s'est empressé de les démentir via l'agence Ansa, ce lundi vers 13h. "Que Berlusconi soit sur le point de céder la place c'est désormais une chose claire, c'est une question d'heures voire de minutes", affirmait pourtant Giuliano Ferrara, directeur du journal Il Foglio, considéré comme un conseiller écouté de Berlusconi, un tout peu plus tôt.

Ces rumeurs ont entraîné un fort rebondissement de la Bourse de Milan, dans le rouge lundi matin. Et la Bourse de Franc est repassée dans le vert à la suite de ces informations non confirmées... Un revers et un comble pour Silvio Berlusconi, qui se présente depuis des mois comme le garant de la stabilité politique italienne, en pleine crise économique européenne. Stabilité supposée rassurer les marchés...

"Silvio va-t-en!"

Ce samedi soir encore, Berlusconi répétait déjà qu'il ne songeait pas une minute à démissionner, par sens de ses "responsabilités à l'égard des électeurs et du pays". "Je suis désolé de devoir décevoir les nostalgiques de la Première République quand les gouvernements duraient en moyenne 11 mois", a indiqué le président du Conseil italien, dont la popularité n'est plus que de 22%, samedi soir dans un communiqué.

Cette déclaration venait conclure une journée de manifestations. Le Parti démocrate, principale force d'opposition de gauche en Italie, a rassemblé des dizaines de milliers de personne à Rome. Massés devant un grand podium aux couleurs du drapeau tricolore italien (vert, blanc, rouge), beaucoup portaient des pancartes et banderoles réclamant son départ: "Silvio va-t-en!", "Silvio démissionne" ou encore "Honte, honte".

Brèches dans sa majorité

Silvio Berlusconi a consacré son week-end à colmater les brèches de sa propre majorité qui ne tient plus qu'à un fil. Une vague de défections sans précédent a directement touché la semaine passée le PDL. Plusieurs poids lourds du parti ont reconnu lundi des "difficultés": "Il n'y a pas de climat de désespoir politique mais nous affrontons une série de difficultés politiques", a par exemple admis le chef de file des députés du PDL Fabrizio Cicchitto.

Selon les médias, dès son retour du G20 de Cannes vendredi soir, il a appelé un par un les récalcitrants pour les raisonner, preuve de la fragilité de sa coaltion. Et ce dimanche, le Cavaliere assurait, en intervenant par téléphone dans un congrès de partisans du PDL, disposer "encore de la majorité au parlement". Mais selon les comptes réalisés par plusieurs journaux italien, sa coalition avec la Ligue du Nord ne disposerait plus que de 311 ou 312 soutiens sûrs à la Chambre des députés avec la majorité absolue à 316.
Pour le politologue du journal Sole 24 Ore, Stefano Folli, Berlusconi "tentera jusqu'au bout de rester en selle en s'efforçant de faire comprendre aux parlementaires qu'après (lui) le déluge", à savoir des élections anticipées où ils perdraient en masse leurs sièges. "La seule alternative" à une absence de majorité "est le vote anticipé" sur l'échéance de 2013, a en effet martelé Silvio Berlusconi dimanche.

Votes cruciaux dans la semaine

Le premier test pour le Cavaliere doit avoir lieu mardi avec un nouveau vote à la Chambre sur le préambule au bilan 2010 de l'Etat italien, dont le rejet surprise avait provoqué un vote de confiance le 14 octobre remporté par le Cavaliere. Mais les vraies épreuves seront les votes au Sénat et à la Chambre des députés sur les mesures promises à l'UE prévus respectivement autour du 15 novembre et d'ici à la fin du mois.

L'Italie se trouve depuis le sommet du G20 de Cannes sous la surveillance du FMI et de la Commission européenne qui vont vérifier si le gouvernement de Silvio Berlusconi tient ses engagements budgétaires et ses promesses de réformes économiques. Malgré l'adoption cet été de mesures d'austérité devant permettre au pays de parvenir à l'équilibre budgétaire en 2013 et de réduire sa dette colossale (120% du PIB), et des promesses de réformes, les marchés ne semblent plus croire à la capacité de Silvio Berlusconi de faire face à la crise.

Francesco Verderami, expert politique du Corriere della Sera, prête d'ailleurs une intention machiavélique à Berlusconi derrière sa "demande" au FMI d'une "certification" des engagements budgétaires et de réformes italiens, annoncée à Cannes. Pour cet éditorialiste, le Cavaliere va utiliser cette "surveillance" humiliante comme "bouclier de protection en vue de l'offensive de ses adversaires au Parlement".

En effet, Berlusconi appelle à voter les mesures du gouvernement "au nom de l'intérêt national". Un moyen de ressouder en interne et de mettre en difficulté ses adversaires pour qui le gouvernement a perdu toute "crédibilité". Fort, selon ses dires, du "soutien" de la France, de l'Allemagne et des Etats-Unis aux mesures annoncées, Berlusconi leur a répondu dimanche que "voter 'non' (aux réformes) reviendrait à se prononcer contre l'Italie". Il s'est fait menaçant envers les élus récalcitrants de son camp, soulignant que "quitter la majorité est un acte de trahison envers le pays".

Le Vif.be, avec L'Express.fr

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