Berlusconi remporte la confiance du Parlement

14/12/10 à 12:11 - Mise à jour à 12:11

Source: Le Vif

Le gouvernement italien de Silvio Berlusconi a obtenu comme prévu mardi la confiance au Sénat par 162 voix favorables sur 308, grâce à l'appui de son allié de la Ligue du nord, avant un vote bien plus incertain à la Chambre des députés, mais toutefois remporté sur le fil du rasoir, 314 voix contre 311.

Berlusconi remporte la confiance du Parlement

© EPA

Berlusconi l'insubmersible? La fin de l'homme politique italien ne commencera pas aujourd'hui. Son gouvernement a échappé au risque d'une chute mardi, avec le rejet d'une motion de censure à la Chambre des députés, à une infime majorité de trois voix. L'examen de la motion de censure n'a néanmoins pas été serein.
Le président de la Chambre des députés Gianfranco Fini a suspendu pendant quelques minutes le vote. Une dispute a en effet éclaté lorsque la députée Katia Polidori, membre du groupe parlementaire des partisans de Gianfranco Fini, a décidé de se prononcer en faveur de Silvio Berlusconi, contrairement aux consignes de vote du groupe Futur et Liberté pour l'Italie.

Selon son entourage cité par l'agence Ansa, Berlusconi se serait réjoui du choix de Mme Polidori et d'une autre députée ex-FLI, Maria Grazia Siliquini, en disant qu'il était sûr que le FLI se serait déchiré au moment du vote.

Les collègues de Mme Polidori se sont insurgés contre sa décision mais les partisans de Silvio Berlusconi l'ont défendue avec vigueur, entraînant l'intervention des huissiers de la Chambre qui ont dû les séparer avant que la dispute ne dégénère en bagarre.

Un vote sans surprise au Sénat

Le résultat au Sénat est sans surprise car le Cavaliere y dispose d'une confortable majorité avec l'appui de la Ligue du nord, parti populiste et anti-immigrés dont le fief se trouve dans le nord du pays.

"Que vous ayez une voix en plus ou en moins, vous n'êtes plus en mesure de garantir la stabilité du gouvernement", a estimé Pier Luigi Bersani, chef du PD, la principale force d'opposition de gauche.

Ces dernières semaines, le gouvernement a été mis en minorité à de nombreuses reprises sur des projets de loi, dont la réforme de l'université ou le fédéralisme fiscal. Et Berlusconi a d'autres projets en cours d'élaboration dont une réforme de la justice, controversée, à laquelle il est très attaché.

"Nous votons la défiance car là dehors il y a un pays qui veut changer, qui est fatigué", a ajouté M. Bersani, en allusion aux dizaines de milliers de jeunes qui manifestaient dans toute l'Italie contre le gouvernement.

Le vote du Parlement s'est déroulé dans une capitale quadrillée par la police qui a répliqué avec des gaz lacrymogènes aux lancers de pierres et d'oeufs des étudiants.

Pour les commentateurs, le vote du Parlement marquera de toute manière la fin d'un chapitre de l'histoire politique du pays. "Changement de saison", a titré l'éditorialiste du Corriere Massimo
Franco, pour qui "il est juste de dire qu'une certaine droite s'achève aujourd'hui, même s'il est beaucoup moins évident de dire que le berlusconisme peut désormais être archivé".

"La journée d'aujourd'hui marque le début de la fin de votre empire de carton-pâte. Vous êtes arrivé au terminus", a lancé Antonio Di Pietro, chef du Parti Italie des valeurs (IDV).

Manifestations étudiantes contre le gouvernement

Des dizaines de milliers d'étudiants manifestaient dans les grandes villes d'Italie contre le gouvernement et une réforme des universités.

A Palerme (Sicile), plus de 500 lycéens et étudiants ont brièvement bloqué l'aéroport en réussissant à occuper la piste d'atterrissage. Aucun départ ni arrivée n'était alors prévu, selon la société gérant l'aéroport. D'autres se sont installés sur les voies de la gare, paralysant le trafic ferroviaire, avant de se diriger vers le port.

A Milan, une cinquantaine d'étudiants ont brièvement fait irruption au siège de la Bourse. Refoulés hors de l'édifice, ils se sont postés devant et ont lancé des pétards et scandé des slogans contre la réforme.

A Rome, défilaient 100.000 manifestants, selon les organisateurs. Le centre de la capitale était quadrillé par les forces de l'ordre qui bloquaient tout accès au Sénat et à la Chambre des députés, où avaient respectivement lieu le vote d'une motion de confiance et de deux motions de défiance contre Berlusconi.

Des manifestations ont également provoqué des embouteillages dans de nombreuses autres villes comme Cagliari (Sardaigne).

La réforme de l'Université prévoit notamment la fusion des établissements les plus petits, l'entrée dans les conseils d'administration d'experts extérieurs au monde académique et réduit le mandat des recteurs. Ses détracteurs estiment qu'elle vise avant tout à faire deséconomies.

Le vote sur son immunité reporté


La Cour constitutionnelle italienne a annoncé le report à janvier de l'examen d'une loi qui permet à Silvio Berlusconi de ne pas se présenter devant les tribunaux tant qu'il est chef du gouvernement, pour éviter de le faire coïncider avec le vote de confiance mardi au parlement, a annoncé en audience publique, Ugo De Siervo, élu vendredi dernier président de la Cour constitutionnelle.

M. De Siervo avait déjà laissé préfigurer ce probable report lors de son élection vendredi en souhaitant que la Cour puisse "se prononcer dans un climat plus tranquille" et pour tenir compte de l'absence prévue des avocats de Silvio Berlusconi, Niccolo Ghedini et Piero Longo, tous deux parlementaires.

La législation dite d'"empêchement légitime", adoptée en mars au parlement, autorise le président du Conseil italien et ses ministres à éviter de comparaître en justice pendant une période de dix-huit mois au maximum.

Deux procès contre M. Berlusconi à Milan, l'un pour fraude fiscale (affaire Mediaset) et l'autre pour corruption de témoin, sont suspendus depuis le printemps dernier dans l'attente d'une décision de la Cour constitutionnelle sur la validité de la loi d'empêchement légitime.

En octobre 2009, la Cour avait rejeté la "loi Alfano" qui accordait une immunité totale aux quatre plus hautes fonctions de l'Etat. M. Berlusconi s'en était alors pris à ses membres, affirmant que "11 des 15 juges de la Cour sont de gauche".

Le Vif.be, avec L'Express.fr et Belga

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