'Benefits street', la télé-réalité qui flingue l'Etat-providence (vidéo)

14/01/14 à 15:11 - Mise à jour à 15:11

Source: Le Vif

Une émission de la chaine britannique Channel 4 dresse un portrait ravageur des habitants d'un quartier de Birmingham bénéficiaires des aides sociales.

'Benefits street', la télé-réalité qui flingue l'Etat-providence (vidéo)

© Capture d'écran YouTube

La "rue des allocs" à Birmingham est au coeur d'un reality show britannique à l'origine d'une polémique dans le pays. L'émission Benefits Street, produite par la chaîne privée Channel 4, dresse un portrait accablant des bénéficiaires de l'État-providence.

L'émission suit la vie des vrais habitants d'une rue de Birmingham, la rue Turner rebaptisée pour l'occasion "Benefits Street", deuxième ville du Royaume-Uni où le taux de chômage culmine à 16,5%, soit deux fois plus que le taux national.

Dans le premier épisode, qui a fait un carton le 8 janvier avec sept millions de téléspectateurs, un voleur explique comment voler des vêtements dans des magasins. Un couple confesse, en riant, avoir été pris en flagrant délit de frauder le système des allocations sociales. Des gens vont et viennent avec des canettes de bière dans la rue. Les habitants de Turner Street qui travaillent n'apparaissent pas eux dans l'émission.

Le programme a suscité des commentaires d'une violence inouïe sur la Toile. "Voir cette racaille dans Benefits Street me rend dingue. Allez bosser, bande de chiens", lance @sasharabella sur Twitter.

"Quelle pourriture de voyous. Une balle coûte environ 30 pence, donc avec un billet de 20 livres (NDLR, 24 euros), on pourrait se débarrasser de la rue et avoir encore de la monnaie en poche", se déchaîne @garryturner4 sur le même réseau social.

Haro contre les aides sociales

A l'inverse, plus de 20.000 personnes écoeurées par l'émission ont signé une pétition exigeant son interruption. Des protagonistes du reality show se disent pour leur part trahis par Channel 4. "Ils nous ont dit qu'ils voulaient saisir l'état d'esprit de la rue Turner et montrer le positif, mais la seule chose qu'ils ont faite est montré le négatif", s'insurge sur la BBC Dean Oakes, qui apparaît dans le premier épisode.

La chaîne se défend en estimant qu'"aucune émission sur le sujet ne satisfera tout le monde". "Le tollé qu'elle a suscité me conforte dans l'idée de la nécessité absolue de proposer des programmes sur le sujet. Eviter la réalité quotidienne ou l'édulcorer serait un manquement à notre devoir", a jugé le patron des documentaires à Channel 4, Nick Mirsky, dans une tribune au journal The Guardian.

Le moment choisi pour diffuser cette émission n'est pas anodin: le Premier ministre conservateur David Cameron a engagé une vaste réforme de l'État providence, et des tabloïds jettent régulièrement en pâture les noms de fraudeurs présumés.

En début d'année, le ministre des Finances, George Osborne, a annoncé une nouvelle baisse colossale des aides sociales: 12 milliards de livres (14,5 milliards d'euros) entre 2015 et 2017. "Où est la justice pour le travailleur qui s'en va au travail tôt le matin alors qu'il fait encore nuit et voit les rideaux fermés de son voisin qui se la coule douce grâce aux allocations?", avait-il lancé en octobre.

L'État britannique a dépensé 7641 euros par habitant sous forme de prestations sociales en 2011, selon les dernières statistiques comparatives d'Eurostat. Soit à peine plus que la moyenne européenne, qui se situe à 7290 euros, et loin du Luxembourg, le pays le plus généreux avec 18.136 euros, ou encore du Danemark (14.785 euros) ou de la France (10.300 euros).

La présidente de la commission parlementaire chargée du travail, Anne Begg, membre de l'opposition travailliste, a accusé Channel 4 de se focaliser sur "des cas extrêmes", à partir desquels "les gens extrapolent". "Il n'y avait pas un seul bénéficiaire classique dans l'émission", a-t-elle dénoncé.

John Bird, fondateur du journal Big Issue vendu par les sans-abri, estime lui que l'émission reflète la réalité. "Dépendre des aides sociales est abrutissant", explique-t-il dans le Daily Mail, accusant le système d'encourager de façon perverse à la paresse."

Le trailer de Benefits street:

L'épisode 1 au complet:

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