Bélarus : le pouvoir menace d'interdire les partis auteurs des "troubles"

21/12/10 à 11:25 - Mise à jour à 11:25

Source: Le Vif

Le ministre bélarusse de la Justice Viktor Golovanov a menacé mardi d'interdire les partis de l'opposition dont l'implication serait prouvée dans les "troubles" qui ont suivi l'élection présidentielle de dimanche. Dénonçant l'usage de la force contre les manifestants au Bélarus, le Haut Le Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navi Pillay, a demandé la libération immédiate des candidats de l'opposition et de leurs partisans. Par ailleurs, plusieurs journalistes arrêtés dans la nuit de protestation ont été condamnés à des peines allant jusqu'à 15 jours de prison.

Bélarus : le pouvoir menace d'interdire les partis auteurs des "troubles"

© EPA

"Nous allons soulever la question de la liquidation des partis et des mouvements dont les organes de pouvoir suprêmes ont pris la décision de participer à des actions non autorisées et à des troubles massifs", a déclaré M. Golovanov cité par l'agence Interfax.

Sept des neuf candidats de l'opposition à la présidentielle ont été interpellés dans la nuit de dimanche à lundi à Minsk, après la dispersion sans ménagement de milliers d'opposants qui dénonçaient des fraudes massives. Ils avaient tenté de forcer l'entrée du siège gouvernemental.

Près de 600 personnes arrêtées dimanche ont été condamnées à des peines dites "administratives" allant jusqu'à 15 jours de prison, et risquent jusqu'à 15 ans d'incarcération si leur participation à des "troubles massifs à l'ordre public" est prouvée, a annoncé mardi la police.

"Les décisions judiciaires ont été prises à l'encontre de plus de 580 personnes qui ont participé à l'action de l'opposition à Minsk. Dans l'ensemble ce sont des peines allant de 5 à 15 jours de prison", a-t-il dit.

"Plusieurs personnes ont été relâchées dont les mineurs et les parents de deux enfants au moins", a poursuivi le général Farmagueï. "Des citoyens étrangers dont des journalistes ont également été relâchés", a-t-il poursuivi.

L'autoritaire président de cette ex-république soviétique, Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 16 ans, a obtenu près de 80% des suffrages au premier tour de scrutin, selon les chiffres provisoires de la commission électorale.

la Haut Commissaire de l'ONU dénonce l'usage de la force

Navi Pillay, Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, s'est déclarée "très préoccupée" par la violence et la détention des opposants à la suite de l'élection présidentielle de dimanche. "Je suis très préoccupée par l'usage de la force contre des manifestants, la violence et l'enlèvement de candidats de l'opposition et de leurs partisans, la détention d'opposants et de défenseurs des droits de l'homme et les persécutions visant des ONG indépendantes", a-t-elle déclaré.

"En même temps que je condamne tout appel à la violence de la part de factions radicales dans l'opposition, je demande aux autorités de respecter pleinement les droits de leurs opposants politiques aux manifestations pacifiques et à la liberté d'expression", a affirmé la Haut Commissaire.

La Haut Commissaire a demandé la libération immédiate des opposants "qui n'ont pas été mêlés aux violences". Elle a appelé les autorités du Bélarus à ne pas harceler les défenseurs des droits de l'homme, les journalistes et les membres de la société civile.

Toutes les parties doivent éviter la violence et respecter les droits de l'homme, a-t-elle conclu.

Plusieurs journalistes condamnés à des peines de prison

L'Association des journalistes bélarusses a annoncé mardi que plusieurs des journalistes qui ont été arrêtés dimanche, ont été condamné à des peines allant jusqu'à quinze jours de prison.

Parmi eux figurent notamment Dmitri Galko, correspondant de la Radio Liberté (dix jours de prison), le journaliste bélarusse Ilia Kouznetsov (quinze jours de prison) et le photographe russe Alexandre Astafiev (dix jours de prison), selon un communiqué de l'Association.

Par ailleurs, Irina Khalip, journaliste du journal russe d'opposition Novaïa Gazeta, est détenue depuis dimanche dans un centre du KGB (services de sécurité nationale) bélarusse, selon la même source. Son mari, candidat de l'opposition à la présidentielle, Andreï Sannikov, interpellé dimanche, est également détenu au KGB.

M. Astafiev, photographe pour un hebdomadaire publié à Saint-Pétersbourg (nord-ouest de Russie) a entamé une grève de la faim en prison et exige une rencontre avec des diplomates russes, a rapporté la radio Echo de Saint-Pétersbourg. Il est accusé de participation à une manifestation non-autorisée et de refus d'obéir aux ordres de la police, des accusations qu'il rejette, selon la même source.

Vingt-cinq journalistes au total ont été interpellés à Minsk dimanche soir après la dispersion sans ménagement de milliers d'opposants qui dénonçaient des fraudes massives à l'élection présidentielle remportée par le président autoritaire Alexandre Loukachenko, selon l'Association des journalistes bélarusse.

Une vingtaine de journalistes ont également été battus par les forces de l'ordre, a indiqué l'organisation Reporters sans frontières (RSF).

Le Vif.be, avec Belga

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