Bataille pour la liberté d'expression

13/04/10 à 09:17 - Mise à jour à 09:17

Source: Le Vif

A l'Onu, l'"islamophobie" est au cour d'une sourde lutte d'influence entre les Etats musulmans et occidentaux, dont la Belgique. Fin mars, l'Organisation de la conférence islamique a remporté une nouvelle victoire.

Bataille pour la liberté d'expression

© Belga

Depuis le 11-Septembre et l'affaire des caricatures de Mahomet, l'Organisation de la conférence islamique (OCI) met les bouchées doubles pour criminaliser la critique de l'islam, au titre d'incitation à la haine raciale. Le 25 mars, à Genève, elle a fait adopter par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU une résolution condamnant la diffamation des religions. Les pays de l'OCI et du groupe africain ont voté pour (20 voix) ; l'Union européenne, les Etats-Unis, le Canada et certains pays latino-américains ont voté contre (17 voix), et il y a eu 8 abstentions. Selon Julie Gromellon, de la Fédération internationale des Ligues des droits de l'homme, "c'est un bon vote". Non que la FIDH approuve ce texte liberticide. Mais parce que ses soutiens s'affaiblissent... Des pays latino-américains qui s'abstenaient jusqu'à alors ont voté "non" et certains pays africains qui votaient avec l'OCI (Cameroun et Ghana) se sont abstenus.

Maigre consolation. Car même si les résolutions du Conseil des droits de l'homme ne sont pas contraignantes, "ce concept contribue à donner une légitimité

à toutes sortes d'abus dans le monde arabe", a déclaré

à l'agence de presse InfoSud Hossam Bahgat, directeur exécutif de l'Initiative égyptienne pour les droits individuels. "En Egypte, poursuit-il, un article du code pénal criminalise les critiques, les caricatures et toute forme de dérision à l'encontre de la religion. Combiné avec la loi d'exception en vigueur depuis l'assassinat du président Sadate en octobre 1981, cet article permet de détenir toute personne considérée comme une menace pour la sécurité de l'Etat.

Prudence belge

Résultat : les musulmans se convertissant au christianisme, ainsi que les chiites, les bahaïs, les homosexuels et même les blogueurs se retrouvent derrière les barreaux." Le prétendu "respect des religions" est souvent à sens unique. Le Pakistan, auteur de la résolution controversée, est l'un des pays au monde où les minorités religieuses sont les plus réprimées.

Depuis Durban I (2001) et Durban II (2009), la diplomatie belge au sein du Conseil des droits de l'homme de l'ONU est active mais parfois ambiguë tant elle est soucieuse de maintenir le dialogue. En 2001, Louis Michel, alors ministre des Affaires étrangères (MR), avait "rattrapé" la conférence mondiale contre le racisme qui, dans les coulisses de Durban (Afrique du Sud), avait dégénéré en explosion de haine antioccidentale.

Lors de Durban II, à Genève, une mobilisation de la société civile avait forcé in extremis les Européens à mettre des "lignes rouges" pour empêcher que la diffamation des religions soit élevée au rang d'atteinte aux droits de l'homme. C'est la Belgique qui, actuellement, exerce la présidence du Conseil des droits de l'homme. Notre pays n'a pas pu faire grand-chose contre le rouleau compresseur musulman. "Sa position se retrouvait cependant dans la synthèse élaborée par la France au nom de l'Union européenne", relève un observateur de la diplomatie belge.

L'étape de septembre, devant la 65e Assemblée générale de l'ONU, sera cruciale. La résolution anti-blasphème y sera sans doute adoptée sous la forme d'un protocole international contraignant. Dès lors, l'assimilation de la critique de l'islam au racisme pourra justifier des guérillas juridiques devant les tribunaux, même si les Occidentaux ne sont pas prêts à renoncer à leur liberté d'expression. Un espoir a toutefois surgi avec l'arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche.

Du côté belge, l'on se réjouit que "les Etats-Unis, qui pratiquaient la politique de la chaise vide, cherchent aujourd'hui à convaincre les pays tiers que l'agenda de l'OCI n'est pas le leur et que la lutte contre le racisme peut et doit être améliorée, mais avec les outils juridiques existants".

MARIE-CECILE ROYEN

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