Bain de sang à Gaza pour l'inauguration de l'ambassade US à Jérusalem

15/05/18 à 06:25 - Mise à jour à 07:14

Source: Afp

Les soldats israéliens ont tué 55 Palestiniens lundi à la frontière de la bande de Gaza lors de heurts et de manifestations contre l'inauguration de l'ambassade américaine à Jérusalem, concrétisation de l'une des promesses les plus controversées du président Donald Trump. Il s'agit de la journée la plus meurtrière du conflit israélo-palestinien depuis la guerre de l'été 2014 dans la bande de Gaza.

Bain de sang à Gaza pour l'inauguration de l'ambassade US à Jérusalem

À la frontière entre Israël et la bande de Gaza. © AFP/Mohammed Abed

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir mardi au lendemain de violences meurtrières à la frontière de la bande de Gaza, où les soldats israéliens ont tué 55 Palestiniens, lors de heurts et de manifestations contre l'inauguration de l'ambassade américaine à Jérusalem.

Organisée à l'initiative du Koweït, la réunion est programmée à 14H00 GMT, selon des sources diplomatiques.

La journée de lundi a été la plus meurtrière du conflit israélo-palestinien depuis la guerre de l'été 2014 dans la bande de Gaza.

La direction palestinienne a crié au "massacre" alors que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a justifié l'usage de la force par le droit d'Israël à défendre ses frontières contre les agissements "terroristes" du mouvement islamiste Hamas, qui gouverne Gaza et auquel Israël a livré trois guerres depuis 2008.

Ces évènements ont suscité une vive inquiétude internationale.

La Turquie et l'Afrique du Sud ont décidé de rappeler leur ambassadeur en Israël.

Les adversaires d'Israël et des organisations de défense des droits de l'Homme ont de nouveau condamné l'Etat hébreu pour usage disproportionné de la force.

Ses tirs ont tué 109 Palestiniens depuis le début le 30 mars de la "Marche du retour", qui voit des milliers de Gazaouis se rassembler régulièrement le long de la barrière de sécurité entre Israël et l'enclave palestinienne.

Ce chiffre pourrait augmenter puisqu'une nouvelle mobilisation est prévue près de la frontière mardi, jour où les Palestiniens commémorent la "Nakba", la "catastrophe" qu'a constituée pour eux la création d'Israël en 1948 et qui a été synonyme d'exode pour des centaines de milliers d'entre eux.

Steve Mnuchin et Ivanka Trump inaugurent la nouvelle ambassade américaine à Jérusalem.

Steve Mnuchin et Ivanka Trump inaugurent la nouvelle ambassade américaine à Jérusalem. © AFP/Menahem Kahana

"Tous les moyens"

Tandis qu'à Jérusalem officiels américains et israéliens ont célébré un moment "historique" dans l'enceinte de la nouvelle ambassade, dans la bande de Gaza, dont la périphérie avait été déclarée zone militaire close, des dizaines de milliers de Palestiniens ont protesté toute la journée.

Les plus résolus ont affronté les tirs des soldats israéliens en allant lancer des pierres et en tentant de forcer la barrière.

Israël avait prévenu qu'il emploierait "tous les moyens" pour empêcher toute incursion en Israël de Palestiniens susceptibles de s'en prendre aux populations civiles riveraines.

Le Koweït a demandé une réunion en urgence mardi du Conseil de sécurité de l'ONU. Pour leur part, les Etats-Unis ont bloqué lundi l'adoption d'un communiqué du Conseil de sécurité qui entendait exprimer son "indignation et sa tristesse face à la mort de civils palestiniens exerçant leur droit à manifester pacifiquement".

Les ONG Amnesty International est allé jusqu'à évoquer des "crimes de guerre".

L'Union européenne et Londres ont appelé à la retenue, Paris a "condamné les violences".

L'Iran a dénoncé un "jour de grande honte".

La Turquie a accusé Israël de "terrorisme d'Etat" et de "génocide", estimant que les Etats-Unis partageaient la responsabilité du "massacre" à Gaza.

L'Etat hébreu réfute le caractère proclamé pacifiste de la mobilisation à Gaza et dit qu'elle sert de couverture aux tentatives du Hamas de s'infiltrer en Israël.

Selon l'armée israélienne, au moins trois équipes d'hommes en armes ont essayé de disposer des explosifs le long de la barrière et plusieurs membres du Hamas se sont déguisés en civil pour se fondre parmi les manifestants. Israël a bombardé lundi plusieurs positions du mouvement islamiste.

"Grand jour"

Dans l'enceinte de l'ambassade américaine, dont les alentours avaient été bouclés par des centaines de policiers, rien n'aurait permis de discerner ce qui se passait à Gaza.

Seul le conseiller et gendre de M. Trump, Jared Kushner, présent avec son épouse Ivanka -la fille du président américain- parmi des centaines d'invités, a paru faire une référence oblique aux évènements.

"Ceux qui provoquent les violences font partie du problème, pas de la solution", a-t-il dit.

M. Trump a de son côté salué le transfert à Jérusalem de l'ambassade des Etats-Unis comme "un grand jour pour Israël".

La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël par M. Trump, concrétisée par le transfert de l'ambassade de Tel Aviv à Jérusalem, constitue une rupture avec des décennies de diplomatie américaine et de consensus international.

La décision américaine comble les Israéliens qui y voient la reconnaissance d'une réalité de 3.000 ans pour le peuple juif. Elle coïncide avec le 70e anniversaire de la création de l'Etat d'Israël.

Le statut de Jérusalem est l'une des questions les plus épineuses de l'insoluble conflit israélo-palestinien.

Israël, qui s'est emparé de Jérusalem-Est en 1967 et l'a annexée, considère tout Jérusalemcomme sa capitale "éternelle" et "indivisible". Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est la capitale de l'Etat auquel ils aspirent.

Pour la communauté internationale, Jérusalem-Est reste un territoire occupé et les ambassades ne doivent pas s'installer dans la ville tant que le statut n'en a pas été réglé par la négociation.

Vives réactions diplomatiques, les Etats-Unis fustigent le Hamas

La mort de plus de cinquante manifestants tués par l'armée israélienne à la frontière de la bande de Gaza a suscité lundi de vives réactions diplomatiques, notamment en Turquie et en Afrique du Sud qui ont rappelé leur ambassadeur en Israël, les Etats-Unis fustigeant quant à eux le mouvement palestinien Hamas.

"La responsabilité de ces morts tragiques repose entièrement sur le Hamas", qui a provoqué "intentionnellement et cyniquement cette réponse" d'Israël, a déclaré Raj Shah, le porte-parole adjoint de la présidence américaine.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui aussi dénoncé cette "organisation terroriste" et martelé que "tout pays a l'obligation de défendre son territoire".

Le président palestinien Mahmoud Abbas a de son côté déploré un "massacre".

L'Afrique du Sud a été jusqu'à rappeler son ambassadeur en Israël, et ce "jusqu'à nouvel ordre", en raison des violences contre les Palestiniens. La Turquie, qui a dénoncé un "génocide", a fait de même, pour consultations, avec les chefs de ses représentations diplomatiques à Tel Aviv et à Washington.

De nombreux pays, dont la Grande-Bretagne, la France et la Russie, ont pour leur part réprouvé l'ouverture de l'ambassade américaine à Jérusalem, dont le transfert avait été désavoué par 128 des 193 pays membres de l'ONU.

L'inauguration lundi a provoqué une manifestation de dizaines de milliers de personnes dans la bande de Gaza. Plus de cinquante ont été tuées par les soldats israéliens à la frontière.

"Les responsables de ces violations flagrantes des droits de l'Homme doivent rendre des comptes", a commenté le Haut-Commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU Zeid Ra'ad Al Hussein. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s'est dit "particulièrement inquiet" de la situation.

Pour Amnesty International, ce sont des "crimes de guerre", Human Rights Watch (HRW) évoquant "un bain de sang que n'importe qui aurait pu voir venir".

- France:

Le président Emmanuel Macron a "condamné les violences des forces armées israéliennes contre les manifestants" dans des entretiens téléphoniques avec Mahmoud Abbas et le roi de Jordanie Abdallah II. Il a réaffirmé "la désapprobation de la France à l'encontre de la décision américaine d'ouvrir une ambassade à Jérusalem" et souligné que le statut de cette ville ne pourrait "être déterminé qu'entre les parties, dans un cadre négocié sous l'égide de la communauté internationale".

- Turquie:

"Israël sème le terrorisme d'Etat. Israël est un Etat terroriste", a accusé le président turc Recep Tayyip Erdogan, avant d'ajouter: "ce qu'Israël a fait est un génocide. Je condamne ce drame humanitaire, ce génocide, d'où qu'il vienne, d'Israël ou d'Amérique".

La Turquie, où M. Erdogan a décrété trois jours de deuil national, a dans le même temps rappelé pour consultations ses ambassadeurs à Tel Aviv et à Washington.

Le vice-Premier ministre Bekir Bozdag a affirmé que le gouvernement américain était "autant responsable qu'Israël de ce massacre".

- Afrique du Sud:

"En raison du caractère grave et aveugle de la dernière attaque israélienne", l'Afrique du Sud a décidé de rappeler "jusqu'à nouvel ordre" son ambassadeur en Israël.

- Koweït:

"Nous condamnons ce qui s'est passé", a réagi l'ambassadeur du Koweït à l'ONU, Mansour al-Otaibi, dont le pays a appelé à une réunion mardi du Conseil de sécurité des Nations unies.

- Grande-Bretagne:

"Nous appelons au calme et à la retenue pour éviter des actions destructrices pour les efforts de paix", a dit un porte-parole de la Première ministre Theresa May.

- Russie:

Interrogé pour savoir si le transfert de l'ambassade américaine faisait redouter à la Russie une aggravation de la situation dans la région, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov a répondu : "Oui, nous avons de telles craintes, nous l'avons déjà dit".

"Le sort de Jérusalem doit être décidé par un dialogue direct avec les Palestiniens", a martelé le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

- Union européenne:

"Nous demandons à toutes les parties d'agir avec la plus grande retenue", a déclaré Federica Mogherini, qui dirige la diplomatie européenne.

- Canada:

"C'est inexcusable que des civils, des journalistes et des enfants aient été des victimes", a réagi la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

- Egypte:

Le ministère des Affaires étrangères a qualifié les personnes tuées de "martyrs" et mis en garde contre une "escalade".

Le grand mufti Shawki Allam a dénoncé, avec l'ouverture de l'ambassade américaine, "un affront direct et clair aux sentiments de plus d'un milliard et demi de musulmans sur terre", qui "ouvre la porte à davantage de conflits et de guerres dans la région".

- Arabie Saoudite:

"L'Arabie saoudite condamne avec force les tirs des forces d'occupation israéliennes contre des civils palestiniens désarmés", a dit son ministère des Affaires étrangères, sans évoquer l'inauguration de l'ambassade américaine à Jérusalem.

- Iran:

"Le régime israélien massacre de sang-froid d'innombrables Palestiniens qui manifestent dans la plus grande prison à ciel ouvert du monde", a affirmé le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif, avant de proclamer que c'est "un jour de grande honte".

- Syrie:

"La Syrie condamne (...) le massacre" de "civils palestiniens non armés", selon une source au ministère des Affaires étrangères.

- Belgique:

"J'appelle à éviter tout usage disproportionné de la force", a écrit le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders.

- Norvège:

Pour la ministre des Affaires étrangères, Ine Eriksen Søreide, "il est inacceptable de tirer à balles réelles sur des manifestants".

- Brésil:

"Le Brésil lance un appel à la modération, à la paix", a réagi son président Michel Temer qui a déploré "les terribles violences".

- Organisation de de la coopération islamique (OCI):

L'OCI, formée de 57 membres, a qualifié d'"illégale" la décision américaine.

- Maroc:

Le roi Mohammed VI a dénoncé une "décision unilatérale".

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