Bachar al-Assad: "Nous sommes sur le chemin de la victoire"

08/01/17 à 14:41 - Mise à jour à 31/01/17 à 14:38

Source: Afp

Le président syrien Bachar al-Assad a estimé dimanche que la reconquête d'Alep constituait "un moment critique" dans le conflit débuté en 2011 et que son régime était "sur le chemin de la victoire", dans une rare interview accordée à trois médias français.

Bachar al-Assad: "Nous sommes sur le chemin de la victoire"

© Reuters

Après des années de combats acharnés, le régime syrien avait annoncé le 22 décembre avoir repris le contrôle total d'Alep, deuxième ville du pays, dont la partie orientale était un fief des rebelles.

"C'est un moment critique dans cette guerre, et nous sommes sur le chemin de la victoire", a déclaré M. Assad, dans cette première interview à des médias français depuis la reprise d'Alep, diffusée sur la radio RTL, la chaîne de télévision LCP, ainsi que sur les radio et télévision France info.

Mais "nous ne considérons pas cela comme une victoire car une victoire ce sera quand nous aurons éliminé tous les terroristes", a ajouté le président syrien, qui s'exprimait en anglais.

Interrogé sur les lourds bombardements qui ont ravagé la ville et fait de très nombreuses victimes, y compris civiles, M. Assad a estimé que c'était "le prix à payer parfois".

"Bien entendu c'est très douloureux pour nous, Syriens, de voir une partie de notre pays détruite, et de voir un bain de sang" mais "je n'ai jamais entendu parler, dans l'histoire, d'une bonne guerre (...) Toutes les guerres sont mauvaises", a souligné le chef de l'Etat syrien.

"La question c'est comment libérer les civils des terroristes", a-t-il poursuivi. Le régime qualifie de terroristes tous les groupes de l'opposition qui combattent son régime.

"Est-ce que c'est mieux de les laisser sous leur pouvoir, avec les décapitations, les exécutions ?(...) Non, il faut les libérer(...) et c'est le prix à payer parfois", a conclu Bachar al-Assad.

D'autres extraits de cette interview doivent être diffusés lundi matin.

Une trêve, globalement respectée, a été décrétée le 30 décembre en Syrie. Elle doit ouvrir la voie à des négociations de paix prévues fin janvier à Astana au Kazakhstan.

Les négociations devraient tenter de mettre fin à la guerre civile en Syrie, qui a fait plus de 310.000 morts et des millions de réfugiés depuis mars 2011.

"Optimiste" pour les négociations au Kazakhstan

Par ailleurs, Bachar al-Assad s'est déclaré ce dimanche "optimiste" sur les négociations prévues fin janvier au Kazakhstan, en affirmant être prêt à négocier avec une centaine de groupes rebelles, a indiqué à l'AFP un député français après l'avoir rencontré à Damas.

M. Assad s'est entretenu pendant plus d'un heure avec trois députés français, dont Thierry Mariani (droite), qui s'étaient rendus vendredi à Alep, la deuxième ville de Syrie.

Selon M. Mariani, le chef de l'État syrien leur a déclaré "compter beaucoup" sur la réunion d'Astana, la capitale du Kazakhstan, où doivent prochainement se tenir des pourparlers de paix parrainés par la Russie, alliée du régime, et la Turquie, soutien de la rébellion.

Il a précisé être "prêt à discuter" avec 91 groupes rebelles, en excluant le groupe jihadiste Etat Islamique (EI) et Fateh al-Cham, ancien branche syrienne d'Al-Qaïda.

"Je suis suis optimiste. Je suis prêt à une réconciliation avec eux à condition qu'ils déposent les armes", a dit M. Assad, cité par M. Mariani.

Erdogan reste un "islamiste"

Par ailleurs, le président syrien a estimé que la Turquie était un "pays fragilisé" à cause de la politique de son président Recep Tayyip Erdogan. Il l'a accusé d'avoir mis sous les verrous "plus de prisonniers politiques que tous les pays arabes réunis".

Selon M. Mariani, M. Assad a déclaré ne pas pouvoir faire confiance à M. Erdogan, qui reste un "islamiste".

Il a en outre accusé la France de mener une politique de l'autruche, en assurant qu'elle était moins en sécurité qu'auparavant et que les deux pays avaient les "mêmes ennemis", a précisé le député.

Interrogé sur les exactions commises par le régime, M. Assad a répondu qu'il n'y avait pas de guerre propre et reconnu qu'il y avait "des exactions de tous les côtés". "Il y a eu probablement des erreurs du côté gouvernemental. Je les regrette et je les condamne", a-t-il dit selon M. Mariani.

Concernant une possible remise en cause par la nouvelle administration américaine de l'accord international sur le nucléaire iranien conclu en 2015, M. Assad a déclaré "croire au pragmatisme" du président élu Donald Trump.

M. Mariani et deux autres députés, Nicolas Dhuicq et Jean Lassalle, s'étaient rendus vendredi à Alep, récemment reconquise par le régime où ils ont passé le Noël arménien "en solidarité avec les chrétiens d'Orient".

Nos partenaires