Avortement en Espagne : le gouvernement espère des retombées économiques

29/01/14 à 13:50 - Mise à jour à 13:50

Source: Le Vif

Dans un rapport, l'Etat espagnol mesure l'impact financier que pourrait avoir la forte limitation du droit à l'avortement.

Avortement en Espagne : le gouvernement espère des retombées économiques

© Thinkstock

Depuis 2010, les femmes espagnoles peuvent interrompre leur grossesse jusqu'à la quatorzième semaine de gestation. Cette liberté pourrait bien être contrainte si la réforme de loi demandée par le gouvernement de Mariano Rajoy entre en vigueur. Il serait alors question de recourir à l'avortement uniquement en cas de viol ou de danger pour la mère. Même la malformation du foetus ne serait plus une condition valable aux yeux de la justice, alors qu'elle l'était depuis 1985. Le pouvoir répond à cela que chacun a le droit de "naître différent".

Partout en Europe des voix s'élèvent contre ce retour en arrière. Une manifestation est d'ailleurs organisée en ce sens à Bruxelles ce mercredi.

Un impact économique positif

Avec cette politique conservatrice, Mariano Rajoy tenterait de diminuer le nombre d'avortements et donc d'augmenter la natalité. L'impact économique sur le pays serait positif, selon le rapport du gouvernement qui prend néanmoins des pincettes en précisant qu'il est très difficile de mesurer cet aspect.

Cependant, le Ministère des Services Sociaux, de Santé et de l'Egalité dément les chiffres avancés par le pouvoir en place. Selon le gouvernement, les interruptions volontaires de grossesse (IVG) sont en augmentation suite à l'élargissement de la loi de 2010. Mais les données utilisées seraient obsolètes : il y aurait véritablement eu bien moins d'avortements (-5%) depuis. La législation en place actuellement pourrait ainsi, si on suit la logique des dirigeants qui souhaite baisser les IVG, également engendrer de la croissance économique.

Le document se base aussi sur le grand enjeu idéologique de la réforme. Il prétend qu'en supprimant le risque psychologique par rapport à l'avortement, plus grande serait la liberté de décision de la femme. Elle serait ainsi libérée de cet obstacle mental.

Car l'IVG est un processus complexe à plusieurs étapes. Il faut non seulement pouvoir prendre la décision, mais c'est ensuite que des traumatismes post-IVG peuvent apparaître. La mère peut alors se trouver dans l'impossibilité de faire son deuil et culpabiliser "d'avoir tué son enfant".

Mais en réalité, l'interruption de grossesse sera tout simplement plus difficile à atteindre. Rendre quasi impossible ce droit aux femmes de maîtriser leur vie ne rime pas avec libre arbitre...

Le marasme économique de l'Espagne semble créer un amalgame profond des valeurs. Dans ces moments de faiblesse, l'église regagne très certainement du terrain dans l'esprit des citoyens. Le pays évolue vers un repli sur soi et l'Europe craint également un recul général de ce droit à l'avortement.

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