Australie: vote sanction contre le Premier ministre Julia Gilliard

23/08/10 à 10:46 - Mise à jour à 10:46

Source: Le Vif

L'Australie va se retrouver avec un Parlement sans majorité et dans une période d'instabilité à l'issue d'élections législatives très serrées qui placent coude à coude les conservateurs et les travaillistes du Premier ministre Julia Gillard ainsi sanctionnée.

Australie: vote sanction contre le Premier ministre Julia Gilliard

© Reuters

Devenue en juin la première femme Premier ministre d'Australie après avoir évincé Kevin Rudd de la tête du parti travailliste, Mme Gillard avait aussitôt convoqué des élections anticipées, espérant asseoir sa majorité grâce à une cote de popularité élevée.

Mais selon les résultats encore partiels de la chaîne publique ABC, les travaillistes ne récoltent que 70 sièges, contre 72 aux conservateurs de Tony Abbott.

L'ancienne vice-Premier ministre du gouvernement Rudd a elle-même reconnu que les travaillistes n'obtiendraient pas les 76 sièges, synonymes de majorité au Parlement.

Les projections d'ABC donneraient au final 73 sièges aux conservateurs, 72 aux travaillistes, 4 aux députés indépendants et un siège aux Verts.

"Les électeurs se sont exprimés, mais il va falloir un peu de temps pour déterminer exactement ce qu'ils ont dit", a-t-elle déclaré devant ses supporteurs à Melbourne.

"Ce qui est clair ce soir, c'est que les travaillistes ont définitivement perdu la majorité", a lancé M. Abbott. "Nous sommes prêts à gouverner", a-t-il ajouté.

C'est la première fois depuis 1940 qu'aucune majorité ne se dégage au Parlement. "Il est possible que nous n'ayons pas de gouvernement avant deux semaines", a estimé Norman Abjorensen, chercheur à l'Université australienne. En attendant, Mme Gillard a assuré qu'elle allait continuer à gouverner.

Les deux camps vont entamer de grandes manoeuvres pour gagner le soutien des indépendants ou des Verts. Mais la coalition qui en sortira risque d'avoir du mal à gouverner, selon les analystes. "C'est la recette pour beaucoup d'instabilité et d'incertitude", selon M. Abjorensen.

L'issue du scrutin constitue un sérieux revers pour Mme Gillard dont la cote n'a cessé de reculer dans les sondages durant les sept semaines de campagne.

Pour son adversaire M. Abbott, ce vote représente "un référendum contre l'exécution politique du Premier ministre (Kevin Rudd, nldr)" par le parti travailliste.

Mme Gillard semble en effet payer la façon brusque et inattendue dont elle a écarté M. Rudd de la tête du parti au pouvoir, alors que celui-ci connaissait une baisse de sa popularité.

Selon les analystes, elle a également fait les frais de déclarations impopulaires sur une taxe sur les super-profits miniers et d'un recul dans ses propositions pour lutter contre le réchauffement climatique.

"Nous ne devrions pas être sur la corde raide ce soir et nous ne devrions pas perdre des sièges à travers tout le pays", a déploré Maxine McKew, députée travailliste battue à Sydney.

"On ne peut débarquer un chef travailliste et Premier ministre et deux mois plus tard avoir un tel résultat aux élections", a-t-elle ajouté.

Quelque 14 millions d'Australiens étaient appelés aux urnes samedi, dans un des rares pays où le vote est obligatoire. Les électeurs devaient renouveler les 150 députés de la Chambre basse et la moitié des 76 sénateurs.

Vice-Premier ministre du gouvernement Rudd depuis 2007, Mme Gillard, femme à la crinière rousse, d'origine galloise, s'est révélée être l'un des ministres les plus efficaces.

Durant la campagne, elle avait mis en avant la réussite économique du gouvernement travailliste, l'Australie ayant été la seule économie développée à éviter la récession durant la crise.

Les conservateurs, conduits par Tony Abbott, 52 ans, fervent catholique, ex-journaliste et ancien ministre dans le dernier gouvernement conservateur de John Howard, se sont engagés de leur côté à couper dans les dépenses publiques et à "stopper les bateaux" de demandeurs d'asile afghans ou srilankais.

"La campagne a été magnifique, c'est un résultat remarquable", a commenté John Howard, l'ancien Premier ministre conservateur battu en 2007.

Le Vif.be, avec Belga

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