14/11/15 à 11:53 - Mise à jour à 14:37

Attentats de Paris: "Le patriotisme, c'est aimer son pays"

Face à la détermination de martyrs en puissance, les services de renseignement et de police sont dépassés. Ils auront beau mettre sous écoute des milliers de djihadistes potentiels, filer des centaines d'extrémistes, repérer les foreign fighters à leur retour au pays, ils ne pourront pas mettre hors d'état de nuire des fanatiques qui connaissent bien le terrain et disposent de multiples sources d'information sur leurs "cible".

Attentats de Paris: "Le patriotisme, c'est aimer son pays"

© AFP

L'assaut réussi de Verviers contre une cellule de l'État islamique ne doit pas faire oublier les sanglants voyages de retour de Mohamed Merah et de Mehdi Nemmouche à Toulouse et à Bruxelles. Le carnage de Paris, dont on ne connaît pas encore les auteurs, apparaît comme un point culminant (à ce jour) de la campagne terroriste visant les pays qui s'opposent militairement à l'État islamique et qui, antérieurement, ont eu le front d'interdire le port du voile intégral dans leurs rues. Les pays européens ont le plus grand mal du monde à se laisser désigner comme "ennemis" par Al-Qaïda et, aujourd'hui, l'État islamique. Tel est pourtant leur statut.

Abou Moussab Al-Souri, 57 ans, ancien de la branche paramilitaire des frères musulmans syriens, passé par Al-Qaïda, livré par les Américains au régime de Bachar Al-assad, qui s'est empressé de le libérer au début du Printemps arabe. Dans son manuel du djihad, Appel à la résistance islamique mondiale, mis en ligne en 2004, il préconise "la création de cellules clandestines sans liens avec un commandement central pour ne pas se faire détecter". But : déclencher une guerre civile en créant des divisions entre les musulmans et les populations locales.

Dans un tel contexte, l'attitude de la population est cruciale, puisque c'est elle qui devra décider du sort des armes, selon le penseur de l'islamisme mondial. Créer du lien positif entre les citoyens est, donc, de première urgence.

Or deux identitarismes se font face : l'un, musulman, l'autre, d'origine belgo-belge. La victimisation est au coeur des deux processus. Depuis les attentats du 11-Septembre, une opinion s'est formée, consistant à présenter les musulmans comme les victimes systématiques d'amalgames et d'islamophobie, ce qui contraste avec leurs textes fondateurs qui les instituent "la meilleure des communautés". Ce discours sur les "damnés de la Terre" a été encouragé par une flopée de tendances et de mouvances, attisant un état de frustration et d'insatisfaction qui conduit au repli sur soi, le maximum autorisé étant une sorte de "patriotisme constitutionnel" à la Habermas. En résumant très fort, le philosophe allemand, marqué par le cauchemar nazi, pensait que le lien entre les citoyens n'était pas fondé sur l'appartenance à une communauté culturelle mais sur la pratique démocratique elle-même et sur les principes qui fondent cette pratique. Seule la dissociation de la citoyenneté et de l'identité nationale pouvait permettre la coexistence de cultures diverses tout en favorisant un sentiment commun d'appartenance.

Les limites du raisonnement apparaissent en cas de menace. Il faut plus qu'une adhésion "froide" aux principes formels de la démocratie et des droits de l'homme pour "faire société" et empêcher que ne surgissent, du fond de celle-ci, des assassins idéologiquement organisés. Les anges de la déradicalisation qui s'agitent sur le dossier en dénonçant les injustices, terreau de l'extrémisme, feraient bien de s'inspirer d'une maxime de Charles de Gaulle : "Le patriotisme, c'est aimer son pays. Le nationalisme, c'est détester celui des autres." Les Français, après l'horreur qui a frappé Paris, vont peut-être montrer le chemin.

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