Attentat jihadiste en France: le plan Vigipirate porté au maximum

26/06/15 à 15:09 - Mise à jour à 21:24

Source: Belga

Près de six mois après les attentats sanglants de Paris, une personne est morte décapitée et deux autres ont été blessées vendredi dans un attentat jihadiste contre un site industriel français sensible près de Lyon, dont l'auteur présumé a été arrêté.

Attentat jihadiste en France: le plan Vigipirate porté au maximum

Saint-Quentin-Fallavier © Reuters

C'est la première fois en France qu'une décapitation a lieu lors d'une attaque terroriste, une pratique en revanche fréquemment utilisée en Syrie et en Irak par le groupe Etat islamique (EI). L'homme retrouvé mort est "une victime innocente qui a été assassinée et abjectement décapitée", a déclaré le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, qui s'est rendu à la mi-journée sur les lieux. Il a appelé à "la retenue et la dignité" après la découverte macabre de la tête du défunt, accrochée à un grillage près de drapeaux islamistes.

Les autorités françaises redoutaient de nouveaux attentats après les sanglantes attaques commises au nom de l'islam radical qui ont fait 17 morts début janvier à Paris. Elle a visé vers 08H00 GMT une usine de gaz industriels du groupe américain Air Products à Saint-Quentin Fallavier.

L'auteur présumé interpellé

Son auteur présumé, interpellé peu après, a été identifié par Cazeneuve comme étant Yassine Salhi, 35 ans, connu pour ses "liens avec la mouvance salafiste", qui regroupe les musulmans sunnites radicaux. Agé de 35 ans, il est marié et père de trois enfants, a-t-il ajouté. Il n'avait pas de casier judiciaire, mais avait été fiché pour sa radicalisation entre 2006 et 2008. Il avait encore attiré l'attention des autorités entre 2011 et 2014 pour son lien avec la mouvance salafiste lyonnaise.

Yassin S. était employé comme chauffeur depuis mars 2015 dans l'entreprise de la victime, retrouvée décapitée sur le site. Celle-ci était âgée de 54 ans, a expliqué le procureur de la République, qui ne déplore pas de blessés de l'attentat. Selon lui, il n'y a pas d'indice induisant que le suspect était accompagné d'un complice dans l'usine.

"Les témoignages récoltés font état d'une seule personne dans le véhicule" qui est entré sur le site de l'usine à gaz industriels, entraînant une explosion et un "souffle important". Une enquête est en cours. L'un des éléments à déterminer est le "moment de la décapitation". "S'est-elle produite ante mortem ou post mortem?", se demande le procureur. Un couteau a notamment été retrouvé près de la voiture. Les drapeaux retrouvés sur place, sur lesquels se trouvent des inscriptions, doivent encore être analysés.

Quatre personnes en garde à vue

Yassin Salhi, est en détention provisoire pour assassinat et tentatives d'assassinat en bande organisée, notamment. Son épouse, sa soeur ainsi qu'un autre individu, gardé pour le chef d'association de malfaiteurs, sont également en garde à vue.

L'épouse de Yassin Salhi interrogée par Europe 1, a affirmé ne pas comprendre ce qu'il se passait. "Nous sommes une famille normale", a-t-elle affirmé au téléphone.


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La victime est un chef d'entreprise locale

La victime décapitée était l'employeur du suspect, Yassin Salhi. Selon les premiers éléments de l'enquête fournis par une de ces sources, l'entreprise de transports de cet homme, qui serait âgé d'environ 45 ans, disposait d'une habilitation pour entrer sur le site de la société américaine Air Products, située à Saint-Quentin-Fallavier, non loin de l'aéroport de Lyon. L'auteur présumé de l'attentat, Yassin Salhi, 35 ans, a ensuite repris le volant de la camionnette et percuté des bouteilles de gaz, provoquant une explosion. Il est ensuite sorti du véhicule pour se rendre dans un bâtiment proche et manipuler d'autres bouteilles. Une équipe de pompiers, appelée en secours, a été accueillie par Salhi au cri de "Allahou Akbar" (Dieu est le plus grand), a poursuivi cette source proche du dossier. Les pompiers sont parvenus à le ceinturer et à le maîtriser en attendant l'arrivée des gendarmes.

Le plan Vigipirate porté au maximum en Rhône-Alpes pendant trois jours

Le niveau d'alerte a été relevé au maximum en Rhône-Alpes, pour trois jours, a indiqué le président français François Hollande vendredi, à l'Élysée. Une réunion s'y tenait pour faire le point sur l'enquête au sujet de l'attentat djihadiste perpétré vendredi matin.

"J'ai voulu que soient tirées des conclusions. Le plan Vigipirate sera porté à son maximum en Rhône-Alpes pour trois jours", a indiqué François Hollande. "Les Français doivent savoir qu'il y a des forces déployées partout sur le territoire dans le cadre de l'opération Sentinelle." "L'individu responsable a été interpellé par des pompiers particulièrement courageux et je veux leur rendre hommage", a également relevé le président français. "Le terrorisme est notre adversaire, notre ennemi. Il frappe partout comme aujourd'hui au Koweit également", a encore indiqué François Hollande.

Vigilance renforcée

Le Premier ministre Manuel Valls avait ordonné, un peu plus tôt dans la journée, une "vigilance renforcée" sur tous les sites sensibles de la région de Lyon, deuxième ville de France, qui abrite de nombreuses sites industriels. Les magistrats spécialisés du parquet antiterroriste de Paris se sont saisis de l'enquête.

La crainte de nouveaux actes de terrorisme s'était renforcée en France après l'arrestation en avril d'un étudiant algérien, Sid Ahmed Ghlam, soupçonné d'un projet d'attaque contre une église à Villejuif, près de Paris, au nom de l'islam radical.

Depuis les attentats de janvier, le gouvernement a mis en place un drastique plan de vigilance antiterroriste dans les lieux publics et le ministre de l'Intérieur a maintes fois répété que la menace en France restait "très élevée".

Du 7 au 9 janvier, trois jihadistes ont perpétré des attaques contre l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, une épicerie casher, et des policiers, provoquant une onde de choc en France et dans le monde entier.

Dans ce contexte, la France s'est dotée cette semaine d'un nouvel arsenal controversé renforçant les capacités légales d'écoute de ses services de renseignement.

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