Attentat en France: le difficile travail du renseignement, une nouvelle fois impuissant

27/06/15 à 13:45 - Mise à jour à 13:45

Source: Belga

Comme les frères Kouachi, auteurs de la tuerie de Charlie Hebdo, l'auteur présumé de l'attentat de la région de Lyon a été à plusieurs reprises dans les radars des services de renseignement français, pointant la complexité du travail de ces policiers, débordés depuis des mois.

Attentat en France: le difficile travail du renseignement, une nouvelle fois impuissant

À Saint-Quentin-Fallavier, près de Lyon. © AFP/Philomène Bouillon

"J'espère que pour une fois on n'évoquera pas une faille des services des renseignements français", tente un commissaire parisien, ex du renseignement. Rien n'est moins sûr.

Dès 2006, l'auteur présumé de l'attentat de Saint-Quentin-Fallavier (centre-est), Yassin Salhi, soupçonné d'avoir décapité son employeur, avait fait l'objet d'une fiche S (pour sûreté de l'Etat), en raison de sa "radicalisation" et de ses "liens avec la mouvance salafiste", abandonnée en 2008, a expliqué le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.

Mais comme l'a précisé le procureur de Paris François Molins, ce n'est pas la seule période pendant laquelle les lumières du renseignement se sont allumées. Après 2008, il a attiré "ponctuellement" l'attention des services entre 2011 et 2014 pour ses liens "avec la mouvance salafiste lyonnaise".

Son profil radicalisé n'avait donc pas échappé aux autorités, et ce pendant des années. "Ca veut d'abord dire aussi que les services bossent, et plutôt bien. Après, une fois qu'on a une lumière qui s'allume, on travaille dessus mais s'il n'y a plus rien, il est logique à un moment de l'abandonner", explique un haut fonctionnaire.

Seulement si l'on énumère les derniers auteurs d'attentats en France, Sid Ahmed Ghlam (accusé d'avoir projeté l'attaque d'une église en banlieue de Paris), Mohamed Merah (qui a tué plusieurs personnes dont trois enfants juifs dans le sud-ouest de la France en 2012), les frères Kouachi, Amédy Coulibaly (auteur de la sanglante prise d'otage dans un supermarché casher en janvier) et maintenant Yassin Salhi: tous avaient été repérés un jour par le renseignement et sont passés à l'acte.

"Des profils dormants presque impossible à déceler"

"Chaque fois, aucun élément n'avait permis de prédire un tel passage à l'acte", rappelle une source policière proche des services de renseignement. C'est bien là la difficulté du travail de ces policiers, qui doivent décider un jour de débrancher, d'abandonner le suivi d'un homme qui peut potentiellement passer à l'action des années plus tard. "La vraie problématique ce sont ces profils dormants, il est presque impossible de les déceler. Quand on estime que certains ne méritent pas un suivi, on ne le fait pas au hasard", défend cette source. "Nous n'avons pas les moyens humains de suivre tout le monde, nous le disons depuis des lustres", s'énerve un commissaire parisien. Cela n'empêche pas les services d'obtenir des résultats: cinq attentats déjoués en France depuis le début de l'année, avait affirmé le Premier ministre Manuel Valls en avril.

La loi controversée sur le renseignement, adoptée mercredi par le Parlement français, est censée aider ces services, débordés depuis des mois, en leur offrant un cadre plus souple et de nouveaux moyens d'actions (balises, écoutes, boîtes noires pour surveiller internet).

La France, avec 1.500 ressortissants présents dans les zones tenues par l'EI en Irak et en Syrie, constitue aussi le premier contingent européen de djihadistes "dont certains reviennent, et qu'il faut absolument suivre", rappelle une source policière.

Mais "comme le montre cette nouvelle affaire, il n'y a pas qu'eux qu'il faut suivre. Le suspect ne revenait pas d'Irak" a priori, pointe un haut fonctionnaire sous couvert d'anonymat. Les renforts humains annoncés par le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve pour la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) en octobre 2014 ne sont pas encore tous formésn ni même arrivés.

"De toute façon, le renseignement ne peut pas empêcher une telle action. Même en mettant quatre flics derrière tous ceux qu'on peut estimer capables de passer à l'acte", conclut, fataliste, ce commissaire parisien.

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