Attentat: carnage dans un hôtel en Tunisie, nouveau bilan de 37 morts

26/06/15 à 14:26 - Mise à jour à 21:22

Source: Belga

Trente-sept personnes ont été tuées vendredi lorsqu'un homme armé a ouvert le feu dans un hôtel d'une station balnéaire près de Sousse, a indiqué le ministre tunisien de la Santé Saeed al-Abadi sur Radio Mosaique. Trente-six personnes ont été blessées, dont quatre Belges. Il s'agit du pire attentat de l'histoire récente de la Tunisie.

Attentat: carnage dans un hôtel en Tunisie, nouveau bilan de 37 morts

© REUTERS

Le dernier bilan de l'attentat s'est alourdi en soirée à 37 morts. Des touristes figurent parmi les morts. Plusieurs médias, citant le ministère de la Santé tunisien, affirment que ces touristes sont Britanniques, Allemands et Belges.

Au moins cinq Britanniques ont été tués, a annoncé le ministre britannique des Affaires étrangères. Philip Hammond a souligné que ce bilan pourrait s'alourdir et qu'il s'attendait à un nombre "élevé" de victimes britanniques à cause de la popularité de la station balnéaire auprès des touristes du Royaume-Uni.

36 personnes, notamment de nationalité britannique, belge, allemande et norvégienne, ont aussi été blessées, a-t-il ajouté. Quatre Belges sont comptabilisés parmi les blessés, a indiqué le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders. Il s'agit de deux couples, originaires de Verviers et de Namur.

Les Affaires étrangères n'ont pas pu entrer en contact jusqu'à présent avec deux personnes. Selon les dernières informations disponibles, aucun Belge ne figure parmi les personnes qui ont perdu la vie.

51 Belges sur place

L'hôtel visé est le Marhaba, il se situe dans la zone touristique de Port el Kantaoui, aux abords de la ville de Sousse. Au moment de l'attentat, "il y avait 565 clients dans l'hôtel. Les clients sont majoritairement du Royaume Uni et d'Europe centrale", a indiqué le groupe RIU dans un communiqué où il précise qu'il cherche encore à confirmer les nationalités des victimes.

Selon la chaîne hôtelière espagnole RIU, propriétaire de cet établissement cinq étoiles, l'hôtel était essentiellement fréquenté par des touristes passant par des tours opérateurs venant du Royaume Uni et d'Europe centrale. L'établissement se trouve en front de mer, non loin de deux autres appartenant à la même chaîne. RIU gère 105 hôtels dans 19 pays, dont dix hôtels en Tunisie. L'hôtel touché par l'attentat fait partie du catalogue de tours-opérateurs belges. D'après ses données, 51 Belges se trouvaient dans les hôtels visés.

L'auteur est un étudiant tunisien inconnu de la police

L'auteur présumé de l'attentat est un étudiant tunisien inconnu de la police qui avait caché son arme dans un parasol, a indiqué vendredi le secrétaire d'Etat aux affaires sécuritaires, Rafik Chelly. "Il est Tunisien, originaire de la région de Kairouan" l'une des villes saintes de l'islam, située dans le centre de la Tunisie, a déclaré le responsable à la radio Mosaïque FM.

"C'est un étudiant. Cette personne n'était pas connue" de nos services, a-t-il ajouté. Selon M. Chelly "a priori, un seul élément" a mené l'attaque de vendredi. "Il est entré par la plage, habillé comme quelqu'un qui allait se baigner, et il avait un parasol avec dedans son arme. Puis arrivé à la plage, il a utilisé son arme", a ajouté M. Chelly.

Un touriste britannique témoigne

Un touriste britannique a indiqué à la télévision SkyNews que l'attaque s'était produite vers midi (11H00 GMT). "Mon fils de 22 ans venait de retourner se baigner (...) quand on a vu à une centaine de mètres à notre gauche ce qu'on pensait être des feux d'artifices", a raconté Gary Pine, venu de Bristol, dans le sud-ouest de l'Angleterre. "C'est seulement quand on a commencé à entendre des balles fuser qu'on a réalisé que c'était beaucoup plus grave que des feux d'artifice". "Il y a eu un exode massif de la plage (...) et il y a eu quelques blessés légers dans le choc ou la panique", a-t-il ajouté. "J'estime avoir entendu une vingtaine ou une trentaine de coups de feu, il y en avait pas mal". "Je suis maintenant à la réception avec environ 200 autres clients étrangers. Doit-on partir? Où aller? C'est d'un calme mortel maintenant", a-t-il encore dit.

L'ambassade de France à Tunis a appelé ses ressortissants par SMS à la vigilance et à "limiter les déplacements et à éviter les rassemblements".

Jetair et Thomas Cook annulent tous leurs vols vers la Tunisie

Jetair a pris la décision de rapatrier une large partie de ses clients présents dans le pays et annule ses prochains vols. "Les hôtels dont les médias parlent ne font pas partie de notre offre", indique de son côté le tour-opérateur Thomas Cook vendredi soir, qui annule ses prochains vols vers la Tunisie.

Le Service public fédéral (SFP) Affaires étrangères a ouvert deux lignes téléphoniques pour informer les familles des Belges qui se trouvent en Tunisie. Il s'agit du 02/501.40.01 (en français) et du 02/501.40.00 (en néerlandais). Il assistera Jetair dans le rapatriement des touristes belges qui se trouvent dans la région de Sousse et de Monastir.

L'ambassade et le consulat ont par ailleurs dépêché du personnel sur place pour aider les victimes et les familles. D'après les données du tour opérateur, 51 Belges se trouvaient dans les hôtels visés. Le département publiera sur son site internet un avis déconseillant les voyages vers la Tunisie pour le moment. Le niveau de la menace dans les sites touristiques tunisiens a été porté à 3. "Notre première préoccupation est d'être sur place et de tout faire pour aider les victimes, leurs familles et assister le rapatriement", a indiqué M. Reynders, actuellement en Chine où il accompagne le roi Philippe en visite d'Etat.

Des menaces sur les réseaux sociaux

La Tunisie disait craindre des attentats à l'approche de la saison touristique et avait annoncé des mesures sécuritaires accrues. Des menaces provenant de comptes sur les réseaux sociaux liés à la mouvance djihadiste avaient menacé de nouvelles attaques durant l'été.

Le secteur touristique fortement touché

Cette attaque frappe un pays qui voit monter la menace djihadiste depuis sa révolution en 2011 et survient près de trois mois après l'attaque sanglante contre le musée du Bardo à Tunis, qui avait déjà porté un coup dur au secteur vital du tourisme. Il intervient aussi le même jour que deux autres attaques liées à la mouvance djihadiste, l'une contre une mosquée chiite au Koweit, qui a fait au moins 25 morts et plus de 200 blessé et a été revendiquée par le groupe Etat islamique, et l'autre en France, où un homme est mort décapité.

En 2013 un kamikaze s'était fait exploser sur une plage de Sousse, mais sans faire de victimes. Cette nouvelle attaque survient un peu plus de trois mois après l'attentat sanglant contre le musée du Bardo à Tunis, revendiqué par l'EI. 21 touristes et un policier tunisien avaient péri dans cette attaque menée le 18 mars.

Après cet attentat, le secteur stratégique du tourisme a enregistré en avril de très mauvais résultats, avec un recul sur un an de 25,7% du nombre de touristes et de 26,3% des recettes en devises. Le tourisme, qui représente environ 7% du PIB de la Tunisie et près de 400.000 emplois directs et indirects, était déjà très affecté par les crises politiques à répétition et l'essor de la mouvance jihadiste qui ont suivi la révolution de janvier 2011.

La ministre du Tourisme, Salma Rekik avait annoncé en avril des "mesures exceptionnelles" pour renforcer la protection des sites et circuits ainsi que des contrôles dans les aéroports, les routes et tous les moyens de transport.

La Tunisie, pionnière du Printemps arabe, a malgré les turbulences achevé sa transition avec des élections fin 2014, mais sa stabilité pourrait être menacée par l'essor de la menace djihadiste.

Depuis la révolution de 2011, le pays fait face à l'essor d'une mouvance djihadiste, en particulier à la frontière avec l'Algérie où des heurts réguliers ont lieu entre hommes armés et militaires.

Des dizaines de soldats et policiers ont été tués ces quatre dernières années dans des affrontements et des embuscades, la majorité dans la région du mont Chaambi (centre-ouest) où se trouve le principal maquis djihadiste en Tunisie.

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