"Arrêtez de vous laisser tondre comme des moutons"

04/10/14 à 18:49 - Mise à jour à 18:49

Source: Le Vif/l'express

Marc Fiorentino, ancien patron de salle de marché, publie Faites sauter la banque ! (éd. Stock). Ce capitaliste furibond se déchaîne sur les banques qui vampirisent les particuliers, tout en regardant passer le train numérique à grande vitesse. Propos recueillis par Thierry Denoël

Le Vif/L'Express : Le titre de votre dernier livre Faites sauter la banque !, c'est une déclaration de guerre au monde bancaire ?

Non. C'est plutôt une exhortation aux clients des banques, pour les secouer, les réveiller, pour qu'ils se fassent enfin respecter. On ne peut plus passer son temps à pester sur les banquiers et continuer à se faire pigeonner par ceux-ci. Il faut arrêter de se laisser tondre comme des moutons. Cette apathie du client de banque est à la fois étonnante et énervante.

Une apathie que vous expliquez comment ?

Par la peur du banquier. Il y a là un aspect psychanalytique. Cette peur est vraiment logée dans les tripes de l'épargnant. C'est culturel aussi. On retrouve cette peur en France, en Belgique, en Espagne, en Italie... L'épargnant anglo-saxon, lui, ne réagit pas de la même façon. A Londres ou à New York, il a un rapport plus sain avec sa banque. Pour lui, il s'agit d'un commerce comme un autre. Donc, il veut être traité comme un vrai client. On change plus facilement d'enseigne dans ces pays. Mais on a moins besoin de le faire parce que la banque est réellement au service de ses clients.

Et chez nous ?

Chez nous, on a déjà l'impression que la banque nous rend un service en acceptant d'ouvrir un compte à notre nom. Pour le reste, il ne faut surtout pas trop la déranger. Ce qui est dingue, c'est que nous acceptons ça. Nous sommes d'une docilité incroyable. La situation des banques reste encore très confortable. Elles n'ont aucune raison de se remettre en question. Elles continuent à nous traiter de haut en nous pompant de l'argent, via des frais exorbitants, sans nous apporter de services en contrepartie. Elles ne se concurrencent même pas. Elles fonctionnent comme un cartel. Leur seule concurrence, ce sont les banques en ligne, mais elles les ont rachetées pour les étouffer.

Peut-on envisager que nos emprunts et nos placements soient un jour gérés par Apple, PayPal ou Google ?

Pas encore. Mais les mentalités sont néanmoins en train d'évoluer dans ces domaines-là aussi. Même en France : de plus en plus, les personnes désireuses d'emprunter passent d'abord par un courtier en ligne comme Meilleurtaux.com qui offre une simulation de votre crédit. Au bout du compte, ces personnes aboutissent dans une banque mais elles sont en position de force pour négocier. Par ailleurs, le crowfunding ou financement participatif, qui se développe de plus en plus, est révélateur d'une volonté manifeste de contourner les banques. Un secteur qui est en train d'exploser est celui du prêt de particulier à particulier, à l'instar de Lendingclub.com, qui envisage une entrée en Bourse et qui a été annoncé par le magazine américain Forbes comme l'une des cinq entreprises américaines les plus prometteuses. En matière de placements, la révolution en ligne a déjà commencé. Aux Etats-Unis, quasi tout se fait par Internet. Cela commence à se répandre chez nous aussi, notamment pour les assurances-vie.

Les géants numériques ne seront-ils pas pires que les banques dont ils vont prendre la place ?

Je ne pense pas que des acteurs globaux vont reprendre toutes les fonctions bancaires, mais plutôt que les fonctions bancaires vont éclater et qu'on va retrouver des acteurs différents pour chaque fonction. Il y aura une multitude d'opérateurs, avec davantage de concurrence entre eux.

L'intégralité de l'entretien dans Le Vif/L'Express de cette semaine

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