Armes chimiques: l'ONU veut "faire la lumière" sur les accusations

22/08/13 à 06:34 - Mise à jour à 06:34

Source: Le Vif

Les membres du Conseil de sécurité veulent "faire la lumière" sur les accusations d'utilisation d'armes chimiques près de Damas et "saluent la détermination" de l'ONU à enquêter, a déclaré mercredi sa présidente.

Armes chimiques: l'ONU veut "faire la lumière" sur les accusations

. © Reuters

"Il faut faire la lumière sur ce qui s'est passé et suivre de près la situation", a souligné l'ambassadrice argentine Maria Cristina Perceval à l'issue de consultations au Conseil. "Les membres du Conseil saluent la détermination du secrétaire général (Ban Ki-moon) à mener une enquête approfondie, impartiale et prompte". Mme Perceval, dont le pays préside le Conseil en août, a rendu compte à la presse des consultations mais le Conseil n'a pas adopté de déclaration formelle.

Selon des diplomates, la Russie et la Chine, qui s'efforcent de protéger le régime de Bachar al-Assad depuis le début de la crise syrienne, se sont opposées à l'adoption d'une déclaration en bonne et due forme. Comme sur la crise égyptienne la semaine dernière, le Conseil a donc dû se contenter "d'éléments pour la presse" dans le jargon onusien. "Ces éléments représentent les points de consensus entre les 15 pays membres", a expliqué un diplomate.

Selon Mme Perceval, les pays membres ont exprimé "une vive inquiétude devant les allégations" portées par l'opposition syrienne. Celle-ci accuse les forces gouvernementales d'avoir mené une attaque à l'arme chimique faisant des centaines de morts. Toute utilisation d'armes chimiques serait "une violation des lois internationales", a réaffirmé Mme Perceval.

Les pays membres du Conseil, a-t-elle dit, ont également lancé "un appel pressant à un cessez-le-feu" en Syrie et souligné la nécessité de "porter assistance immédiatement aux victimes". L'ONU avait annoncé auparavant que le chef de son équipe d'experts actuellement en mission en Syrie, Ake Sellstroem avait entamé des négociations avec le gouvernement syrien en vue de pouvoir enquêter sur l'incident de mercredi. Le mandat des experts est de déterminer si des armes chimiques ont été utilisées dans le conflit syrien mais pas de désigner les responsables.

L'ONU "espère que le gouvernement syrien autorisera (les experts) à accéder au site (...) dès que possible", a déclaré à la presse le vice-secrétaire général Jan Eliasson, qui a rendu compte de la situation en Syrie aux 15 ambassadeurs lors des consultations. Il a expliqué que "pour le moment la situation de sécurité ne permet pas un tel accès" et il a réclamé "un cessez-le-feu dans cette zone en particulier, et de manière plus générale".

Même s'il n'y a "pas de confirmation" pour l'instant de l'utilisation d'armes chimiques dans la banlieue de Damas, a-t-il estimé, les bombardements qui ont eu lieu dans cette zone représentent une "grave escalade". Plusieurs membres du Conseil, dont la France, ont demandé que les experts onusiens aillent rapidement sur les lieux. Mais la Russie a évoqué la possibilité d'une "provocation" montée par l'opposition et le gouvernement syrien a catégoriquement rejeté les accusations.

Parallèlement à la réunion du Conseil, plusieurs pays dont la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne ont adressé par lettre à Ban Ki-moon une demande formelle d'enquête sur ces accusations. Cette lettre conjointe évoque des "informations crédibles sur l'utilisation d'armes chimiques".

Les pays signataires "demandent une enquête d'urgence sur ces accusations" et soulignent que les experts de l'ONU actuellement en Syrie doivent "avoir d'urgence accès à tous les sites" suspects. Selon un diplomate, mercredi soir cette lettre avait été co-signée par "près de 35 pays".

Le représentant auprès de l'ONU de Human Rights Watch Philippe Bolopion a déploré que "la Russie et la Chine aient choisi une nouvelle fois de protéger un gouvernement qui massacre sa population". "La déclaration alambiquée et officieuse du Conseil de sécurité est à côté de la plaque et ne rend pas justice aux victimes", a-t-il ajouté.

Washington ne veut plus parler de "ligne rouge"

Les Etats-Unis ont réclamé mercredi un "accès immédiat" de l'ONU au site d'une attaque chimique à grande échelle dénoncée par l'opposition en Syrie, mais ont refusé de parler d'une "ligne rouge" qui aurait été franchie par Damas. Les accusations sur ce massacre présumé, photos de cadavres de jeunes enfants à l'appui, ont été proférées un an et un jour après que le président américain Barack Obama eut prévenu que le recours par le régime de Bachar al-Assad à son stock d'armes chimiques constituerait une "ligne rouge".

"Je ne parle pas de lignes rouges. Je n'ai pas de débat ou de conversation sur des lignes rouges, je n'établis pas de lignes rouges. Ne parlons pas de rouge aujourd'hui", a lancé mercredi la porte-parole du département d'Etat Jennifer Psaki.

Le 20 août 2012, pourtant, M. Obama avait prévenu que l'utilisation d'armes chimiques en Syrie constituerait bien une "ligne rouge" pour les Etats-Unis et aurait des "conséquences énormes".

Ces dernières semaines, la question provoque le débat aux Etats-Unis,depuis que les allégations d'utilisation d'armes chimiques se sont multipliées. Après avoir temporisé, la Maison Blanche a reconnu le 13 juin dernier que le régime Assad avait bien eu recours à des armes chimiques et que la "ligne rouge" avait été franchie. Washington avait dans la foulée décidé d'offrir un "soutien militaire" aux rebelles, restant flou sur sa nature.

Dans le passé, M. Obama a exclu a priori d'envoyer des troupes sur le terrain et son équipe a souligné la difficulté de mettre en oeuvre une zone d'exclusion aérienne face à ce conflit qui a fait plus de 100.000 morts en deux ans et demi.

HWR et Amnesty réclament un accès aux sites pour l'ONU

Deux organisations de défense des droits de l'Homme ont réclamé que les experts de l'ONU se trouvant en Syrie puissent se rendre dans la banlieue de Damas pour enquêter sur les accusations de l'opposition concernant l'utilisation d'armes chimique par le régime. Human Right Watch (HRW) affirme que sept habitants et deux médecins lui ont assuré que "des centaines de personnes, dont beaucoup d'enfants, semblent avoir été asphyxiées par un attaque à l'aube du 21 août".

"Que des armes chimiques aient été utilisées ou pas, l'attaque a causé la mort d'un grand nombre de civils, et ceux qui ont commis cet acte doivent rendre des comptes", assure dans un communiqué cette organisation basée à New York.

"Le gouvernement syrien doit autoriser l'accès immédiat aux inspecteurs de l'ONU arrivés récemment à Damas", ajoute-t-elle.

Pour HRW, le gouvernement syrien "doit aussi donner accès et coopérer pleinement avec la commission d'enquête de l'ONU sur la Syrie conduite par Paolo Pinheiro, pour déterminer les auteurs de cette attaque".

Amnesty International va dans le même sens. "Les allégations sur l'utilisation d'armes chimiques contre des civils, qu'Amnesty ne peut vérifier de manière indépendante, souligne la besoin urgent de donner à l'équipe de l'ONU se trouvant en Syrie, mandat et total accès à tous les lieux pour enquêter sur les incidents où les armes chimiques ont été prétendument utilisées".

"Si ces allégations sont corroborées, les attaques doivent être considérées comme des crimes de guerre. La seule manière de traiter les violations continues en Syrie est que le Conseil de sécurité de l'ONU transfère le dossier à la Cour pénale internationale, comme Amnesty le réclame depuis 2011", souligne la directrice adjointe pour le Moyen-Orient et l'Afrique du nord de cette organisation, Hassiba Hadj Sahraoui.

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