Après les émeutes, le ressentiment anti-Kabila rejaillit à Kinshasa

23/01/15 à 20:49 - Mise à jour à 20:49

Source: Belga

Ici, ca ne va pas! Kabila, il faut partir vraiment!, tempête Nzazi qui, comme d'autres habitants de Kinshasa, estime que le président congolais ne doit pas chercher à s'accrocher coûte que coûte au pouvoir.

Après les émeutes, le ressentiment anti-Kabila rejaillit à Kinshasa

© Reuters

"Il n'y a pas de boulot. Même pour manger du pain le matin, c'est tout un problème", poursuit ce chauffeur de 40 ans croisé dans un des quartiers du sud de la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), touchés par des émeutes meurtrières de lundi à mercredi. Les violences qui ont frappé Kinshasa ont commencé par des manifestations de l'opposition et d'étudiants destinées à bloquer un projet de révision de la loi électorale, avant que les choses ne tournent à l'émeute et aux pillages. Le texte contesté ouvre la possibilité d'un report de la présidentielle censée avoir lieu fin 2016, ce qui permettrait au président de se maintenir à son poste au-delà de la fin de son mandat. La Constitution interdit aujourd'hui à Joseph Kabila de se représenter. Agé de 43 ans, le "Raïs" comme l'appellent ses partisans, a hérité du pouvoir par "succession monarchique" il y a quatorze ans après l'assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila, chef rebelle arrivé à la tête de l'Etat par les armes. Elu président en 2006 à l'occasion des premières élections libres depuis l'indépendance du pays en 1960, il a rempilé pour un second mandat en 2011 à l'issue d'un scrutin marqué par des irrégularités massives. Kinshasa n'a globalement jamais aimé cet enfant du Katanga (est), vu ici comme un "étranger" et ne parlant que mal le linguala, la principale langue pratiquée à Kinhasa. Après sa "victoire volée" de 2011, ses velléités supposées de vouloir se maintenir à tout prix à la présidence, la coupe est pleine pour beaucoup dans la capitale. "Kabila dégage", peut-on lire sur un mur de l'université de Kinshasa, un slogan qu'ont chanté mercredi des dizaines d'étudiants et de jeunes pourchassés par les forces de l'ordre. Les violences de lundi à mercredi ont fait de 12 morts, selon le gouvernement, à 42, selon la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH). Malgré les violences des derniers jours, plusieurs habitants approuvent les manifestants, espérant surtout des lendemains meilleurs. Exemple avec Séverin, 24 ans, qui vend des unités téléphoniques et recharge des portables, car dans le quartier, comme bien d'autres à Kinshasa, très peu ont de l'électricité.

"Je ne peux pas aller à l'université faute de moyens. (...) Si ça marche bien, je gagne 30 dollars (par mois). C'est pas beaucoup, il y a des jours ou je ne mange pas...", dit-il résigné, sachant qu'un trimestre à l'université lui coûterait 300 dollars. Il sait qu'il n'est pas le seul à vivre la faim au ventre. Dans Kinshasa, ville d'environ 10 millions d'habitants, comme dans le reste du pays, la majeure partie de la population vit dans une pauvreté extrême. Vendredi, le Sénat a amendé une révision du projet de loi électorale imposant le respect des échéances électorales. Cependant, si députés et sénateurs ne parviennent pas à s'entendre, c'est le texte voté par les députés qui sera retenu. Le vote du Sénat a tout de même provoqué la liesse des étudiants dans le campus et les rues alentour. Ils ont chanté les louanges de Léon Kengo wa Dondo, président de la Chambre haute, qualifié de "messie". "On a chanté ensemble avec des policiers et des militaires! ", se réjouit Brice, un étudiant de 24 ans. Mais si le texte du Sénat était rejeté, il n'exclut pas de nouvelles manifestations: "En tout cas, on sera toujours dans la rue! [...] Nous voulons l'alternance". Aimé, 29 ans, infirmier au chômage, estime pour sa part que sous la présidence de M. Kabila, "il y a des choses qui vont mieux", comme la réfection de routes endommagées et le développement de transports en communs. Cependant, il juge que "son bilan est négatif". L'un de ses grands regrets: ne pas pouvoir exercer son métier, trop mal payé. Alors il rêve d'exil. "Je cherche par quel moyen quitter le pays. J'ai déjà l'argent pour mon transport: si l'opportunité se pointe..."

En savoir plus sur:

Nos partenaires