Apologie du terrorisme: polémique sur le blocage du site Islamic-News.info

17/03/15 à 11:17 - Mise à jour à 15:35

Source: Belga

Le ministère de l'Intérieur français a ordonné le 15 mars dernier le blocage de cinq sites internet accusés de faire l'apologie du terrorisme. Il s'agit d'une première en France. Un des sites censurés, Islamic-News.info, fait polémique.

Apologie du terrorisme: polémique sur le blocage du site Islamic-News.info

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L'ordre de blocage des cinq sites accusés de propagande jihadiste a été émis en France par l'Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication. Les fournisseurs d'accès, auparavant identifiés par les services de renseignement, ont ensuite eu 24 heures pour appliquer la décision.

Parmi ces sites internet figure celui d'al Hayat Media Center, une branche du groupe Etat islamique chargée de sa communication. Au premier coup d'oeil, ce site ne laisse planer aucun doute, il présente toutes les caractéristiques du site de propagande, il est d'ailleurs le principal diffuseur des vidéos d'exécution du groupe Etat islamique. Quand un internaute essaie d'y accéder, il est maintenant redirigé vers une page du ministère de l'Intérieur, exhibant une grande main rouge.

Pourtant, le journaliste de RFI, David Thomson, auteur de l'ouvrage Les Français jihadistes, doute de la nature du site. Il écrit ce mardi sur Twitter "Contrairement à ce qu'écrit l'AFP, l'un des 5 sites bloqués n'est pas celui d'Al Hayat, la branche media de l'EI n'a jamais eu de site". Dans un second tweet, il avance qu' "il s'agit visiblement d'un simple blog de partisan, sans influence et non officiel".

Idem pour le site Islamic-News.info. Le blocage de ce dernier, défini comme un "site musulman d'actualité" fait aussi débat. "Observateur du djihad international, ce site d'information aura pour vocation de suivre les luttes que se livrent à travers le monde les combattants musulmans aux forces loyalistes [sic]", peut-on lire dans le cache de la page "à propos", qui est en quelque sorte la mémoire du navigateur.

David Thomson anime le débat sur Twitter : "Il s'agissait d'un site d'information défendant l'action des jihadistes en Syrie-Irak mais pas spécialement pro-EI ou pro-JAN." Le journaliste indique qu'Islamic-News.info ne se réclame pas ouvertement des jihadistes de l'Etat islamique ou de Jabhat Al-Nosra, il note aussi que le site est "assez peu influent".

Le site Numerama rappelle, de son côté, que lors des débats parlementaires, Bernard Cazeneuve, le ministre de l'Intérieur français, avait affirmé que les sites bloqués seraient des sites dont l'illégalité ne ferait aucun doute. Or l'illégalité de Islamic-News.info ne semble pas être si évidente, remarque le site spécialisé dans les nouvelles technologies. "Encore une fois, c'est le potentiel anti-démocratique du blocage qui pose question, la France ne faisant pas ici la démonstration d'un grand respect de la liberté d'expression et des droits de la défense", écrit encore Numerama.

Ne pas subir la lenteur judiciaire

Autre critique formulée : le site a été bloqué sur ordre de police plutôt que par un juge. Le Gouvernement désire en effet aller vite pour contrer la propagande sur Internet, sans subir la lenteur judiciaire. Or, dans ce contexte, un juge a un rôle primordial à jouer, en tranchant et décrétant que le site exerce son droit à la liberté d'expression, et ce, même s'il émet des opinions qui déplaisent au Gouvernement ou qui sont contraires à ses intérêts stratégiques.

Islamic-News.info se donne lui-même comme credo "de considérer qu'il est de son droit de dénoncer la manipulation, même lorsqu'elle concerne des organisations classées comme 'terroristes' à l'image d'Al-Qaeda, de l'Etat islamique ou des Frères musulmans." Cette mesure phare de la loi antiterroriste votée en novembre a aussi été critiquée par la commission consultative des droits de l'Homme, qui estime aussi l'intervention d'un juge nécessaire pour ordonner et contrôler le retrait d'un contenu illicite et le blocage d'un site internet.

La décision du gouvernement français a, en définitive, l'effet inverse escompté: donner plus de visibilité à un site jusqu'alors méconnu du grand public et que de nombreux internautes tentent maintenant de retrouver en ligne. Car "le dispositif est facilement contournable", souligne le site Nextinpact.com, spécialisé dans l'actualité numérique. Que ce soit via le cache de Google comme mentionné précédemment. On y découvre, par ce biais, la trace de plusieurs titres d'articles ("Centrafrique: les mosquées sont désormais détruites ou transformées en églises", "États unis : 3 étudiants musulmans abattus par un extrémiste chrétien", "Israël a détruit la plus ancienne mosquée de Palestine") ainsi que des contenus dédiés à plusieurs groupes armés comme le Hezbollah, le Hamas, le PKK, Boko Haram, etc. La page Facebook du média d'information est encore accessible, elle aussi. Autre moyen d'y accéder: utiliser le réseau parallèle Tor, afin d'échapper au contrôle des fournisseurs d'accès à internet. L'éditeur du site Islamic-News.info, a indiqué de son côté à Nextinpact.com "qu'il ne se laissera pas intimider". Un recours contre ce blocage est toujours envisageable.

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