Alep: l'UE durcit le ton contre Moscou

20/10/16 à 17:28 - Mise à jour à 17:27

Source: Afp

Les dirigeants des 28 pays de l'Union européenne ont durci le ton jeudi pour dénoncer le rôle de Moscou dans le siège et les bombardements meurtriers sur Alep (Syrie), soulignant que "toutes les options" étaient envisagées y compris des sanctions.

Alep: l'UE durcit le ton contre Moscou

Alep, Syrie. © AFP

"L'UE devrait garder ouvertes toutes les options, y compris des sanctions, si les crimes se poursuivent", a lancé Donald Tusk, président du Conseil européen, en évoquant la Russie à son arrivée à un sommet des 28 chefs d'Etat et de gouvernement.

Dès mercredi soir, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande ont brandi la menace de sanctions contre Moscou, à l'issue d'une réunion à Berlin avec le président russe Vladimir Poutine.

A son arrivée à Bruxelles, Mme Merkel a souligné que ce qui se passait à Alep "avec le soutien de la Russie" était "inhumain à l'égard de la population qui vit sur place", appelant à oeuvrer pour un cessez-le-feu "de longue durée".

Quelques minutes plus tard François Hollande réitérait que "toute les options (étaient) ouvertes" en l'absence d'une trêve durable.

La ville d'Alep, la deuxième de Syrie, est devenue un des enjeux majeurs de la guerre qui a fait plus de 300.000 morts dans ce pays depuis mars 2011. Les quartiers de la ville tenus par les rebelles sont bombardés intensément depuis le 22 septembre par le régime syrien et son allié russe.

Lundi à Luxembourg, les 28 ministres des Affaires étrangères de l'UE avaient dénoncé cette "escalade catastrophique" et évoqué l'éventualité de nouvelles sanctions contre "des Syriens" soutenant le régime du président Bachar al-Assad.

Cette précision de nationalité ne figure plus dans le nouveau projet d'accord - provisoire - du sommet européen de jeudi, que l'AFP a pu consulter, ce qui de fait n'exclut pas l'amorce de sanctions contre des Russes.

"L'Union européenne est en train d'envisager toutes les options, y compris des mesures restrictives supplémentaires ciblant des individus et entités soutenant le régime, si les atrocités actuelles devaient se poursuivre", peut-on lire dans ce texte.

- La Russie dans le collimateur -

La Russie est déjà dans le collimateur de l'UE depuis le conflit ukrainien et l'annexion de la Crimée en mars 2014. Des mesures restrictives (interdictions de séjour, gels d'avoirs dans l'UE) frappant près de 200 personnes ou organisations sont déjà en vigueur, sans parler des lourdes sanctions économiques contre Moscou.

Le dernier projet de conclusions de fin de sommet confirme que les 28 veulent "condamner fermement" les attaques contre des civils à Alep menées "par le régime syrien et ses alliés, particulièrement la Russie", et appeler à "une cessation immédiate des hostilités", afin notamment de permettre l'accès des secours aux victimes "sans entrave".

Ils avertissent que ceux qui se rendent coupables de violations du droit international "devront rendre des comptes".

"Ce langage prouve que le sujet russe devient le sujet proéminent du sommet européen", a commenté un diplomate européen sous couvert d'anonymat, notant un changement "assez considérable".

Ce durcissement de ton intervient alors que la Russie s'efforce de faire preuve de bonne volonté en vantant la mise en place à Alep de couloirs humanitaires pour permettre l'évacuation de civils blessés ou de rebelles armés.

Mais malgré cette "pause humanitaire" entamée jeudi matin, presqu'aucun habitant des quartiers rebelles n'avait emprunté ces couloirs par crainte des tirs d'artillerie et d'armes automatiques.

"Ce qui se passe à Alep est inacceptable, je le condamne de la façon la plus ferme, mais est-ce que la sanction est la bonne discussion aujourd'hui? C'est condamnable, il faut voir de quelle manière", a souligné le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel, laissant percer les divergences qui pourraient s'exprimer jeudi soir lors du débat à 28.

Les sanctions sont "une option", qui ne rencontre pas d'unité au sein de l'Union pour l'instant, a observé son homologue suédois Stefan Löfven.

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