Alep, épicentre des batailles syriennes

01/08/12 à 09:48 - Mise à jour à 09:48

Source: Le Vif

Les rebelles et les forces loyales à Bachar el-Assad se sont rendu coups pour coups à Alep, plus grande ville syrienne devenue son principal champ de bataille. Les opposants ont lancé plusieurs offensives tandis que l'armée régulière pilonne leur bastion de Salaheddine.

Alep, épicentre des batailles syriennes

© AFP

Les combats de ce qui est désormais devenu la bataille d'Alep ont gagné en intensité ce mardi. Dans la nuit de lundi à mardi, les rebelles ont attaqué le siège du Tribunal militaire de la ville. Des combats ont également éclaté à proximité du siège des puissants services de renseignements aériens.

Au moins 61 personnes ont été tuées dans les violences à travers le pays, dont 40 policiers lors des assauts menés par des "centaines de rebelles" contre plusieurs commissariats à Alep, d'après l'Observatoire syrien des droits de l'Homme.
Les rebelles de l'Armée syrienne libre ont attaqué plusieurs symboles du régime, dont un tribunal militaire au lance-roquettes RPG, et pris trois commissariats. Selon Ziad Majed, spécialiste de la Syrie, cette prise leur permet de faire la jonction entre les différents quartiers de la ville sous leur contrôle.

Ajoutée à la prise, lundi, d'une base militaire au nord d'Alep, cette opération permet aux rebelles d'avoir un axe stratégique vers la Turquie et ainsi sécuriser l'approvisionnement en armes et en hommes. Si les rebelles ont prétendu ce mardi contrôler 60% de la plus grande ville syrienne, l'information est impossible à vérifier. Les médias proches du régime ont pour leur part affirmé que les troupes régulières avaient avancé dans Alep, "causant de lourdes pertes aux terroristes", selon la terminologie officielle.

D'importants renforts, tant rebelles que loyalistes, ont afflué vers Alep mardi, ce qui laisse présager une bataille qui peut durer "des semaines", comme l'a indiqué une source sécuritaire à Damas.
Défection au sein du régime, division au sein de l'opposition
Le consul de Syrie en Arménie, Mohammad Houssam Hafez, a démissionné en signe de protestation contre la répression et s'est envolé pour Dubaï, portant un nouveau coup au régime.
Cette démission survient après la défection du chargé d'affaires à Londres, des ambassadeurs à Bagdad et aux Emirats arabes unis, de la chargée d'affaires à Chypre et de l'attaché de sécurité de l'ambassade de Syrie à Oman.

Au Caire, l'opposant Haytham al-Maleh, 81 ans, a annoncé avoir été chargé par une coalition de Syriens "indépendants" de former un gouvernement en exil qui sera basé au Caire. Cependant cette décision a été critiquée par le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition.

"La formation d'un gouvernement en exil est une décision hâtive et nous aurions souhaité qu'elle n'ait pas lieu. Elle affaiblit l'opposition syrienne", a sèchement rétorqué le président du CNS, Abdel Basset Sayda.

L'interminable guerre des mots

Sur le plan diplomatique, le président américain Barack Obama et le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan se sont entretenus par téléphone lundi "pour coordonner leurs efforts afin d'accélérer la transition politique en Syrie, avec un départ de Bachar el-Assad et en répondant aux aspirations légitimes des Syriens", a indiqué la Maison-Blanche ce mardi. 44 000 Syriens sont actuellement réfugiés en Turquie.

En Europe, la perspective de nouveaux massacres inquiète les observateurs. La Commission européenne a réclamé des "trêves" dans les combats en Syrie, où se déroule "une tragédie humanitaire", afin de permettre l'évacuatation des blessés et des civils. "La Syrie est en train de basculer dans une tragédie humanitaire qui rappelle les drames de sinistre mémoire de l'ex-Yougoslavie", a déploré la commissaire en charge de l'aide humanitaire et de la gestion des crises, Kristalina Georgieva, dans un communiqué.

L'Iran, principal allié régional de la Syrie, qui, selon le quotidien proche de Bachar el-Assad El Watan, avait menacé la Turquie de "dures représailles" en cas d'intervention en Syrie, a de nouveau haussé le ton. Téhéran "ne permettra pas à l'ennemi d'avancer" en Syrie mais ne voit pas la nécessité d'intervenir pour le moment, a ainsi déclaré le général Massoud Jazayeri, adjoint du chef de l'état-major des forces armées iraniennes. Cette mise en garde vise les Etats-Unis, les pays occidentaux, mais aussi l'Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie, accusés par Téhéran de soutenir financièrement et militairement les rebelles syriens.

Par ailleurs, la prolongation des combats fait craindre l'afflux de combattants djihadistes dans le pays. "S'ils [les combats] ne se terminent pas rapidement, si les propositions de cessez-le-feu pour instaurer une transition ne sont pas appliquées rapidement en Syrie, alors plus de combattants étrangers rejoindront la bataille. Nous en avons des preuves irréfutables", a déclaré ce mardi le Foreign Office. La présence de combattants se réclamant d'Al-Qaïda, notamment à Deir ez-Zor (Est), ville bombardée dans l'indifférence depuis plus d'un mois, est confirmée par plusieurs témoignages.

Des militants ont récemment diffusé des vidéos montrant des images insoutenables de corps sanguinolents et déchiquetés, dont ceux de femmes et d'enfants, et des visages horriblement mutilés à Deir Ez-zor. On y voit également les images de corps d'enfants carbonisés.

LeVif.be avec L'Express

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