Al-Assad calme le jeu en Syrie

29/03/11 à 15:12 - Mise à jour à 15:12

Source: Le Vif

Le gouvernement syrien dirigé par le Premier ministre Naji Otri a présenté aujourd'hui sa démission. Un haut responsable à Damas a affirmé, aujourd'hui, qu'un nouveau cabinet sera mis en place dans les 24 heures.

Al-Assad calme le jeu en Syrie

© Belga

C'est la première mesure significative qui est adoptée depuis le début des contestations populaires en Syrie, le 15 mars. Dans le but de contenir le mouvement de révolte, le président Bachar al-Assad devrait procéder à une série de reformes annoncées la semaine dernière. Au menu: la libération des prisonniers politiques, une augmentation immédiate des salaires du secteur public, l'octroi de primes, un plan de lutte contre le chômage et la corruption et notamment l'abolition de l'état d'urgence, qui prive les citoyens de la majorité des libertés publiques depuis 1963.

Les promesses vont-elles faire céder le peuple ?

Le scepticisme populaire à l'égard du jeune président, au pouvoir depuis 2000, reste pourtant de mise. Assad, qui se veut libéral et réformateur, n'a, en réalité, jamais tenu ses promesses: en 2005, il prônait une plus large ouverture au pluralisme politique qui n'a jamais eu lieu. L'empreinte conservatrice de son régime, qui a tenu le coup jusque maintenant, a assuré une continuité avec la gouvernance de son père Hafez. Cela fait donc près de cinq décennies que le pays voit sa situation politique stagner et le pouvoir avoir recours aux mêmes formules répressives. En 1982, Assad père avait envoyé l'armée à Hana, dans le centre du pays, pour réprimer une révolte populaire: les 20.000 victimes, ainsi que la destruction de la ville, sont restées gravées dans la mémoire des Syriens.

Le silence de la communauté internationale
Face à un régime violent comme celui du clan chiite des Assad, la communauté internationale ne semble pourtant pas pressée d'intervenir. Le secrétaire d'Etat Hillary Clinton a déclaré ce week-end qu'une intervention militaire internationale n'est pas envisagée en Syrie, où la crise politique n'a pas le même profil qu'en Libye : des éléments décisifs manquent, tels qu'une désapprobation unanime, l'appui de la Ligue arabe et une résolution des Nations Unies. De plus, une partie des représentants du Congrès des Etats-Unis sont convaincus que Bachar al-Assad est réellement un réformateur.

Le positionnement de certains pays arabes par rapport à la crise syrienne offre également une autre clé de lecture à la non-intervention en Syrie. Israël, l'Iran et le Liban y jouent un rôle important. Un édito du quotidien israélien Haaretz soulignait, il y a quelques jours, le silence d'Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah, par rapport à la situation en Syrie. Le Hezbollah, mouvement libanais chiite pro-iranien et pro-syrien, a - remarque le quotidien - d'abord soutenu les révolutions tunisienne et égyptienne et se tait maintenant sur la répression commandée par al-Assad. Pour rappel, Bachar al-Assad représente la minorité chiite au pouvoir en Syrie, où la majorité de la population est sunnite. Le régime chiite syrien est donc pour le Hezbollah libanais un point de repère, ainsi qu'un sponsor politique et un lien géographique avec l'Iran. D'un point de vue israélien, tant qu'Al-Assad est au pouvoir, il peut servir de filtre entre le Hezbollah et l'Iran, le grand ennemi d'Israël. En d'autres mots, pour Israël le pouvoir syrien actuel représente un facteur d'équilibre qui empêcherait le Hezbollah de renforcer ses liens avec Téhéran.

D'un autre côté, l'Iran a aussi de bonnes raisons pour ne pas envisager la chute du régime syrien. Si le pays tombait aux mains des sunnites, ce serait l'Arabie Saoudite, adversaire historique de l'Iran, qui en tirerait profit. Il ne faut pas oublier que l'Iran a toujours le regard tourné vers le Bahreïn, ou la révolte populaire - à majorité chiite - est en train d'être réprimée à l'aide des militaires saoudiens. Comme on le voit, le renversement du pouvoir syrien n'arrangerait personne.

Alice Siniscalchi

A Deraa, les manifestants ont déboulonné la statue d'Hafez al-Assad, père de l'actuel président Bachar al-Assad

Nos partenaires