Affaire Leonarda: Hollande veut contenter tout le monde, mais ne satisfait personne

19/10/13 à 16:25 - Mise à jour à 16:25

Source: Le Vif

François Hollande a tenté de satisfaire tout le monde dans l'épineuse affaire Leonarda ce samedi. Sans toutefois y parvenir, au vu des réactions majoritairement négatives qui pleuvent après son intervention médiatique très attendue.

Affaire Leonarda: Hollande veut contenter tout le monde, mais ne satisfait personne

© AFP

En proposant à Leonarda Dibrani, expulsée vers le Kosovo avec sa famille, de rentrer "seule" en France pour poursuivre sa scolarité "si elle en fait la demande", François Hollande a voulu "tenir compte d'une situation humaine" tout en soulignant "que la loi avait parfaitement été respectée". Mais le président de la République, en cherchant à satisfaire tout le monde, ne semble pas y être parvenu, ce samedi, au vu des réactions majoritairement négatives.

Le président de la République a d'abord évité de braquer Manuel Valls, mis en cause jusque dans les rangs socialistes. En reconnaissant que "la loi avait été parfaitement respectée" dans le cas de cette collégienne rom, expulsée vers le Kosovo avec sa famille, le président de la République a suivi les conclusions du rapport du ministère de l'Intérieur selon lequel "aucune règle de droit n'a été enfreinte". Il a suivi aussi le sens de l'opinion publique, majoritairement opposée à un retour de la famille Dibrani en France, et qui soutient globalement le ministre de l'Intérieur dans cette affaire.

Mais François Hollande a aussi voulu montrer qu'il avait entendu "l'émotion légitime de la jeunesse", après des jours de mobilisation lycéenne pour demander le retour de la jeune fille de 15 ans en France.

Excluant toute "faute", il a reconnu un "manque de discernement de l'opération" et de l'interpellation de Leonarda alors qu'elle effectuait un voyage scolaire. Un léger coup de griffe à l'égard des forces de l'ordre et du préfet du Doubs, sur lequel s'étaient concentrées de nombreuses critiques. François Hollande s'est donc dit prêt à faire une exception pour Leonarda, afin qu'elle rentre en France "seule", pour poursuivre sa scolarité "si elle en fait la demande". Il a aussi ouvert la voie à une sanctuarisation de l'école et du temps scolaire. Une demande également portée cette semaine par le ministre de l'Education Vincent Peillon.

Leonarda dit "non" à un retour "seule", le PS aussi

Résultat? Personne n'est satisfait. Leonarda Dibrani, d'abord, a refusé son offre. "Sans ma famille, c'est mort. C'est hors de question. J'ai peur de partir seule. Je veux rentrer avec ma famille. François Hollande n'a pas de coeur, pas de pitié, il n'a pas compris ma situation ", a réagi la jeune fille de 15 ans, entourée de ses proches à Mitrovica, où de nombreux médias ont recueilli sa réaction à chaud.

François Hollande ne semble pas non plus avoir convaincu les voix critiques de sa majorité. Même Vincent Peillon ne semble pas entièrement satisfait de la décision du président de la République: "La sanctuarisation de l'école ne doit souffrir aucune exception." Harlem Désir ne se range pas non plus derrière le président, réclamant que "tous les enfants de la famille Dibrani puissent finir leurs études en France, accompagnés de leur mère". Et pas Leonarda "seule". Le cas du père, dont le profil est controversé, serait ainsi le seul à rester au Kosovo, selon le souhait du leader du PS.

L'extrême-gauche y voit une victoire de Manuel Valls

Le Parti communiste a estimé dans un communiqué que "la ligne Valls, dans la continuité du sarkozysme, est confortée alors qu'il faut changer la loi et mettre fin sans délai à toutes les expulsions de jeunes étrangers scolarisées." Le Parti de Gauche a aussi fustigé la "cruauté abjecte" du choix demandé à Leonarda, qui doit choisir entre sa famille et le retour en France où elle était scolarisée dans le Doubs.

Le choix demandé à Leonarda est d'une cruauté abjecte

Parmi ses représentants, Raquel Garrido s'est insurgée contre une "synthèse molle à la sauce Hollande". "Honteux. Hollande se vante d'appliquer la loi Sarkozy et somme Leonarda de choisir entre sa famille et la France!!!", a notamment tweeté Danielle Simonnet, candidate PG à la mairie de Paris aux élections municipales de 2014. "La position de Hollande est folle" et "indigne", a renchéri Alexis Corbière, secrétaire national du PG. "Les droits internationaux des enfants interdisent de séparer un enfant de sa famille. Honte à Hollande!!", a-t-il ajouté.

Le milieu associatif semble partagé...

Le milieu associatif, lui non plus, n'approuve pas. "François Hollande a choisi une solution grotesque, la pire de toutes, alors qu'il pouvait soit refuser tout retour, soit accepter le retour de la famille", a jugé Fabrice Riceputi, responsable de Resf dans le Doubs. L'offre du président de la République est "hypocrite" et revient à une "double peine" pour la jeune fille de 15 ans. L'association La voix des Roms juge elle aussi que ce choix est "inhumain, indécent et illégal".

Tout le monde a perdu le sens des responsabilités

France Terre d'Asile condamne moins fortement l'offre de François Hollande et estime le retour de Leonarda seule "possible". L'organisation regrette toutefois que le président se soit adressé directement à elle, comme son directeur général Pierre Henry l'explique au Monde: "Depuis le début, tout le monde a perdu le sens des responsabilités, cette gamine a été 'parentifiée', ses parents se réfugient derrière elle, le président de la République n'a pas à s'adresser à elle directement, c'est une erreur. Il aurait dû s'adresser à ses parents".

La droite fustige les hésitations de François Hollande

A droite non plus, on n'approuve guère la décision de François Hollande. François Fillon, député UMP de Paris, a "regretté cette indécision caricaturale du président de la république qui, à force de chercher des synthèses, apparaît ambigu face à l'immigration irrégulière et lâche par rapport à une adolescente, condamnée à choisir entre la France et sa famille", dans un communiqué envoyé à la presse. "François Hollande ménage la chèvre et le chou. Soit il y a eu faute. Soit il n'y a pas eu faute", a également réagi Geoffroy Didier, secrétaire général adjoint de l'UMP sur BFMTV. Fustigeant une décision "absurde", il a ajouté: "Nous avons une politique migratoire faible et laxiste. Il n'y a aucun courage au sommet de l'Etat. François Hollande est prisonnier des querelles de sa majorité."

Il n'y a aucun courage au sommet de l'Etat

D'autres voix de l'UMP soulignent le caractère "hésitant" de François Hollande. Gérald Darmanin, député du Nord, par exemple, écrit sur Twitter: "Mais qu'est que c'est que ce Président! Moi Président, ma politique sera l'hésitation permanente! Incroyable." Pour Christian Estrosi, maire de Nice, c'est même une "prime à la triche" que le président de la République vient de dégainer, a-t-il déclaré sur iTélé.

A l'UDI aussi, le "manque de discernement du chef de l'Etat" semble "affligeant" à Yves Jégo, député de Seine-et-Marne, pour qui "il n'y a plus de pilote dans l'avion". "Si c'est cela les valeurs de la République, c'est gravissime!", a tweeté Hervé Morin, pour le Nouveau Centre. Enfin, par cette décision qui tranche sans trancher, Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la République, estime que "François Hollande vient de signer l'arrêt de mort de son quinquennat!"

Par Marie Simon

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