Acculé en Irak et en Syrie, l'EI tente de résister en Egypte

25/11/16 à 15:41 - Mise à jour à 15:41

Source: Afp

Confronté à d'importantes pertes de territoires en Irak et en Syrie, le groupe Etat islamique (EI) est également à la peine en Egypte, où l'armée tente de chasser les jihadistes implantés dans le Sinaï.

Acculé en Irak et en Syrie, l'EI tente de résister en Egypte

© Reuters

Depuis 2013, le groupe qui est devenu aujourd'hui la branche égyptienne de l'EI mène une insurrection violente dans le nord de la péninsule.

"Province du Sinaï" a ainsi tué des centaines de policiers et de soldats, dont huit jeudi dans une attaque à la voiture piégée à un point de contrôle. Il a aussi revendiqué l'attentat contre un vol charter russe qui a coûté la vie à 224 personnes en octobre 2015, un coup fatal pour le secteur touristique égyptien.

Mais les jihadistes du Sinaï ont échoué à s'emparer de territoires habités: en juillet 2015, un assaut lancé pour occuper la petite ville de Cheikh Zouweid avait été repoussé par l'armée.

Et même si le groupe tente de maintenir la pression à travers une guerre d'usure, il est maintenant de plus en plus acculé.

Les militaires rasent ainsi les habitations à la frontière avec la bande de Gaza pour créer une zone-tampon et détruire les tunnels clandestins tandis que des points de contrôle parsèment les routes reliant la péninsule au reste de l'Egypte.

-'Court terme'-

Selon Jantzen Garnett, expert chez Navanti Group Analytics, "le plus grand succès de l'armée est d'avoir réussi, de manière générale, à limiter l'insurrection dans le nord du Sinaï", lancée en 2013 après la destitution du président Mohamed Morsi et le début d'une sanglante répression contre les islamistes.

"L'armée a effectué des progrès à court terme mais le groupe jihadiste continue de s'adapter et ces progrès ne doivent pas être considérés comme une réussite sur le long terme", met toutefois en garde M. Garnett.

Depuis leur échec à prendre Cheikh Zouweid, les jihadistes se sont rabattus sur d'autres types d'opérations, explique Mokhtar Awad, chercheur à l'université de George Washington aux Etats-Unis.

"Ils se concentrent sur les attaques terroristes, enterrent des engins explosifs, conduisent plus d'attaques par des tireurs embusqués", dit-il.

Les combattants ont recours aux assassinats et aux enlèvements d'officiers et à l'exécution d'indicateurs, parfois en public comme à deux reprises dans les rues d'Al-Arich, chef-lieu du Nord-Sinaï.

L'armée n'annonce qu'occasionnellement la mort de soldats tués dans des attaques et les pertes qu'elles communiquent sont difficiles à vérifier de manière indépendante.

En novembre, les médias égyptiens ont couvert les funérailles d'au moins dix soldats et officiers, organisées au lendemain de leur mort dans des attaques qui n'avaient pas été rapportées.

L'armée affirme par ailleurs avoir tué des centaines de jihadistes, qui ne communiquent jamais sur leurs pertes.

- Hiérarchie mystérieuse -

La hiérarchie de la branche de l'EI dans le Sinaï reste un mystère.

En août, l'armée avait annoncé avoir tué son chef, Abou Douaa al-Ansari, sans plus de détails.

Son surnom "Ansari", utilisé par les jihadistes pour désigner les membres originaires de la péninsule, laisse à penser qu'il s'agissait d'un bédouin du Sinaï.

Mais un jihadiste arrêté par les autorités a affirmé durant son interrogatoire que l'identité du chef local de l'EI était inconnue et qu'il communiquait ses instructions à travers un subordonné.

Sous le chef, les responsabilités sont partagées entre des combattants qui commandent différentes sections: sécurité, affaires militaires, fabrication de bombe ou médias.

Le responsable médias n'est autre que Chadi al-Meneï, célèbre jihadiste bédouin, selon un rapport du parquet consulté par l'AFP.

M. Meneï était déjà un chef important du groupe Ansar Beït al-Maqdess, rebaptisé Province du Sinaï après son allégeance à l'EI en 2014.

Ansar Beit al-Maqdess était composé de combattants appartenant au Conseil de la Choura des moujahidine, qui a mené des attaques contre Israël après la chute de Hosni Moubarak en février 2011, après une révolte populaire.

Ce groupuscule réunissait des jihadistes palestiniens de Gaza et des combattants bédouins ayant mené des attaques à la bombe contre des stations touristiques entre 2004 et 2006.

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