A peine réélu à la tête de la FIFA, Blatter règle ses comptes

30/05/15 à 10:45 - Mise à jour à 13:47

Source: Belga

Accusations "choquantes" de la justice américaine alors que les Etats-Unis n'ont pas eu le Mondial-2022, "haine" venue de l'UEFA présidée par Michel Platini: Joseph Blatter, à peine réélu pour un 5e mandat à la présidence de la FIFA, règle ses comptes.

A peine réélu à la tête de la FIFA, Blatter règle ses comptes

Sepp Blatter © Reuters

USA, ces "signes qui ne trompent pas" Juste après sa réélection à 79 ans vendredi pour un mandat de quatre ans, Blatter a livré une interview à la RTS (télé suisse) où il dégaine à tout va. Le Suisse, président depuis 1998, se dit d'abord "choqué" par les accusations de Loretta Lynch, la ministre de la Justice des Etats-Unis, envers la FIFA, ébranlée cette semaine par une tempête judiciaire. Celui qui est entré à la FIFA il y a 40 ans ne digère pas le coup de filet dans un hôtel de luxe de Zurich (sept responsables de la FIFA arrêtés) à deux jours du Congrès électif de son instance. "Il y a des signes qui ne trompent pas: les Américains étaient candidats à la Coupe du monde de 2022 et ils ont perdu (...) Si les Américains ont à faire avec des délits d'argent ou de droit commun qui concernent des citoyens nord ou sud-américains, qu'ils les arrêtent là-bas, mais pas à Zurich alors qu'il y a un Congrès". Et de lancer: "N'oublions pas qu'ils (les Etats-Unis) sont le sponsor numéro un du Royaume hachémite, donc de mon adversaire (battu, le prince jordanien Ali bin Al Hussein, ndlr.), cette affaire ne sent pas bon".

En tout cas, la justice américaine n'entend pas s'arrêter là. "Je suis plutôt confiant dans le fait qu'il va y avoir une nouvelle vague d'inculpations", a confié au New York Times le patron de la cellule enquêtes criminelles du fisc américain, l'IRS, Richard Weber, selon qui "il y a d'autres personnes et d'autres sociétés impliquées dans des actes criminels". Enfin, Blatter n'oublie pas non plus l'attitude des médias anglais, avec des titres hostiles à son égard ("Tu as tué le football", par exemple), alors que "les Anglais étaient candidats à la Coupe du monde 2018 et (qu')ils ont perdu".

"Haine" venue de l'UEFA

"On ne m'enlèvera pas de l'idée que (ce n'est pas) une simple coïncidence cette attaque des Américains et la réaction de l'UEFA et de M. Platini", tonne le président réélu de la FIFA. Blatter dénonce ainsi une "haine, venue non pas seulement d'une personne à l'UEFA, mais d'une organisation, l'UEFA, qui n'a pas compris qu'en (1998) je suis devenu président". Interrogé sur Michel Platini, président de l'UEFA qui lui avait demandé en personne de démissionner jeudi, le patron du football mondial répond: "je pardonne à tout le monde, mais je n'oublie pas".

Concernant les relations futures avec l'UEFA, Blatter tempère toutefois: "Il faudra continuer avec Platini et l'UEFA. Nous ne pouvons pas vivre sans l'UEFA et l'UEFA ne peut pas vivre sans nous". L'ambiance risque d'être un peu fraîche au sein du comité exécutif, gouvernement du foot mondial, où se trouvent Blatter et Platini, qui se réunit samedi matin au siège de la FIFA pour répartir les places par Confédérations (peu ou prou les continents) pour les Mondiaux 2018 en Russie et 2022 au Qatar. .

"Pourquoi je démissionnerais ?"

Quand le journaliste souligne que, dans des grandes multinationales, le PDG démissionne lorsque des membres du conseil d'administration sont arrêtés dans une affaire de corruption, Blatter reste ferme. "Pourquoi je démissionnerais ? C'est accepter, c'est dire je suis fautif de tout ce qui arrive, moi je lutte depuis 2011 (précédente réélection) avec nos différentes commissions (au sein de la FIFA) contre toute corruption", se défend cet ancien attaquant de modeste niveau. "Si vous regardez la composition du comité exécutif de la FIFA en décembre 2010 et celle d'aujourd'hui, la moitié n'est plus là", donne-t-il comme preuve de son action.

Le 2 décembre 2010, le comité exécutif de la FIFA avait attribué les Mondiaux 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar. Depuis les accusations de corruption, complétées désormais par des actions judiciaires américaine et suisse, n'en finissent pas.

Blatter, "affecté" par le scandale

Blatter a toutefois estimé qu'il restait "l'homme de la situation" et a appelé à "l'unité et la solidarité" pour "aller de l'avant". "La tempête dure encore, elle n'a pas la valeur d'un ouragan" mais "les effets sont encore là", a estimé le Suisse.

Blatter s'est en outre étonné du fait que "trois journalistes américains étaient déjà là" mercredi au petit matin lors de la "descente de police" qui a mené à l'arrestation de sept élus de la Fifa dans leur luxueux hôtel zurichois.

Blatter a aussi annoncé que le nombre de pays qualifiés pour les Coupes du monde 2018 en Russie et 2022 au Qatar resterait à 32 avec la même répartition par continent, selon une décision du comité exécutif.

L'Europe garde ainsi ses 13 places pour le Mondial-2018 plus la Russie, pays organisateur, alors que l'UEFA avait exprimé ces derniers mois ses craintes de perdre une place.

Félicité par Poutine

Le président russe Vladimir Poutine a félicité Joseph Blatter et salué son "professionnalisme" au lendemain de sa réélection à la tête de la Fifa pour un cinquième mandat, en plein scandale planétaire de corruption.

"M. Poutine s'est dit certain que l'expérience, le professionnalisme et la grande autorité de M. Blatter vont lui permettre d'étendre davantage le rayonnement géographique et la popularité du football", a déclaré un porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, selon les agences de presse russes.

En outre, M. Poutine a "de nouveau souligné que la Russie était prête à coopérer avec la Fifa, en particulier concernant les préparatifs du Mondial-2018", que le pays doit organiser, a ajouté Peskov.

Dès jeudi, le président russe avait considéré que cette enquête était, de la part des Etats-Unis, une "tentative évidente d'empêcher la réélection de M. Blatter". "On se souvient des pressions exercées sur (Blatter) pour empêcher la tenue de la Coupe du monde en Russie en 2018", avait-il poursuivi.

La justice suisse, dans une procédure distincte, enquête elle sur les conditions d'attribution des Mondiaux 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar.

En savoir plus sur:

Nos partenaires